Je vous le confirme : ce n'est pas encore le printemps!... Mais, à défaut de douceur angevine, voici une journée passée en compagnie de trois vignerons du Layon et de l'Aubance, du genre de ceux qui n'ont pas le verbe haut, mais qui savent où ils vont! Vous me direz, dans le coin, les exubérants speedés sont plutôt rares. Les rêveurs sans doute un peu moins... C'est aussi parce que, certains matins, le paysage s'y prête.

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Dans la région, comme ailleurs sans doute, la taille est récente. Les fagots de sarments traînent encore dans les rangs. Nous sommes dans le secteur du Mont, de Faye d'Anjou. A quelques encablures du hameau, un mamelon couvert de friches permet d'apprécier le coup d'oeil vers le sud-ouest. Depuis combien d'années désormais, cette croupe schisteuse est couverte d'ajoncs et de genêt?... Sur le sol, il semble que les traces parallèles de rang de vignes subsistent. Nous sommes peut-être là dans un des meilleurs crus du Layon... désormais abandonné. On se prend à rêver d'être à la tête pour quelques jours ou quelques heures, d'une armée de bons trolls, de lutins ou de korrigans cachés sous ces pierres moussues, que l'on chargerait de replanter gaiement cette partie du vignoble en chenin, délivrant ensuite quelque nectar doré...

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Les cris d'un couple de buses survolant le bois me tirent de ma rêverie. "Allons, tu as rendez-vous avec Olivier Van Ettinger, ne le fait pas trop attendre..."

~ Olivier Van Ettinger, Domaine de la Charmeresse ~

Lorsque l'on évoque une visite au domaine avec certains jeunes vignerons du cru, vous entendez cette question immédiate : "Olivier qui?..." Sans doute le plus discret des "facteurs de vins" du coin! Pourtant, à la bascule du nouveau millénaire, voilà à peine plus de dix ans, Olivier faisait indiscutablement partie du trio de révélations de la région. La nouvelle vague se composait alors également de Richard Leroy et de Stéphane Bernaudeau. Plus loin, en Quarts-de-Chaume, il y avait aussi Francis Poirel...

Olivier Van Ettinger connaît d'abord les affres de l'échec de ses études de droit, mais se passionne pour les vins et la dégustation. Au début des années 90, il travaille un peu dans la région de Bordeaux, puis deux ans dans le Beaujolais. Ses pas le mènent alors en Anjou, où il trouve un emploi au Domaine des Quarres. Il va ensuite rejoindre Mark Angeli et Patrick Baudouin. Le premier va vraiment l'inciter à s'installer et à tracer son chemin et son chenin!... C'est chose faite en 1999, année ou il acquiert cinq hectares.

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A cette époque là, les bios régionaux commencent à se fédérer, en partie autour d'un caviste influent des Pays de la Loire. Mais, Olivier ne s'y sent pas forcément très bien... Les pieds sur terre, pragmatique par nature et ne se laissant pas aller à un optimisme béat ou à la rêverie (une constante chez lui!), il devine très vite que se met aussi en place une concurrence entre voisins, qu'il soupçonne lui être peu favorable. Le problème est qu'il a mis le doigt dans l'engrenage, en se fiant à quelques contacts de salons, puis la main, en trouvant de nouvelles vignes et passant à neuf hectares en 2003-2004. Et là, le vigneron de Faye dit stop!... Avant d'être broyé (et soyez certains qu'il est très difficile, voire impossible de tenter de le convaincre qu'il ne l'aurait peut-être pas été!...) par cette machine, il fait marche arrière. Il cède alors les deux tiers de ses vignes à des jeunes vignerons du cru, tels Cyril Le Moing et, plus récemment, Stéphane Bernaudeau. A ce jour, il dispose donc de 3,30 ha de vignes : chenin, grolleau gris, cabernet sauvignon et sauvignon blanc, le tout sur quelques belles parcelles.

En premier lieu, le Clos des Oussigoins, dans le secteur de Montbenault, avec un potentiel "grand cru", sur un sol argilo-schisteux. A proximité, quelques arpents de vénérables sauvignons, sur des schistes du carbonifère, permettent de proposer un liquoreux hors normes.

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Dans le secteur du Ponge, on trouve les cépages rouges (grolleau gris et du cabernet franc âgé de 70 ans environ) sur des sols de sables et graviers, qui permettent de proposer un rosé moelleux, représentant pas loin de la moitié des ventes du domaine.

Autre partie importante du vignoble, aux environs immédiats du domicile du vigneron, les chenins du Vigneau et ceux dits du Clos Saint Martin. Il s'agit là d'une véritable mosaïque de terroirs, avec des zones tantôt de schistes pourpres, comme sur les hauts de Bonnezeaux, mais en plus précoce et tantôt de schistes bruns. Ces différences de sols, assez visibles du fait des labours, permettent également de rythmer les vendanges en tries successives. Le domaine est en agriculture biologique certifiée, tendance biodynamie, mais sans intégrer la complétude de la méthode. Depuis 2005, aucune des cuvées n'est soumise à l'agrément d'une quelconque AOC. C'est la mention Vin de France qui apparaît sur les étiquettes.

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La gamme du Domaine de la Charmeresse est composée de jolies cuvées, qui sont sans doute des réponses justes aux goûts de la clientèle d'Olivier et Emmanuelle, son épouse, associée et partenaire. Si j'osais une image musicale, c'est plus Mahler que Wagner!... Jusque dans le choix du nom du domaine, un mot de vieux français dont "l'acoustique" se devait d'être assez musicale. "Ce que nous avions en commun dans cette aventure, c'était l'envie de proposer des vins élégants, sans lourdeur, voire envoûtants pour certains. Des vins avec beaucoup de charme... et un petit supplément d'âme." Et sans doute, une expression fidèle et sincère des différents crus.

- Clos des Oussigoins 2010 :
Dans une gamme "sec tendre", avec les sept ou huit grammes de sucres résiduels, mais plutôt discrets, le tout porté par une expression pure et élégante. Aucune cuvée ne passe en barriques, ce qui semble conférer aux vins, une sorte d'authenticité, que l'on trouve notamment dans ce clos. Comme il y a quelques années, lors d'une dégustation proposée à Savennières, une bouteille qui se destine à une belle gastronomie.

- Clos Saint Martin 2009 :
Un demi-sec (20-25 gr de SR), issu de chenins de quarante ans, récolté à 15,5° nature. Beaucoup d'élégance là encore et de naturel. Certainement plus qu'un vin d'apéritif, avec une jolie persistance et un fondu séduisant.

- Cuvée Don Quichotte 2010 :
Un rosé moelleux, issu de 70% de grolleau gris et de cabernet, venant du secteur du Ponge. Un vin pur plaisir, fer de lance du domaine pour beaucoup, sur des arômes de petits fruits rouges et que l'on destine aux terrasses ombragées de notre été.

- Damoiselle 2010 :
La seule cuvée qui ne soit pas une sélection parcellaire, puisque issue de premières tries sur les différents secteurs de chenin. Ramassé à 17° nature. Un "Layon" aérien et droit. Une expression aromatique qui oscille entre fruits blancs et touche florale. Tout en dentelle!

- Le Pin Perdu 2009, puis 2010 :
Du cabernet sauvignon ramassé à maturité, mais avec des macérations courtes (7 jours pour 2009, à peine 4 pour 2010!). Un peu déroutant, tant nous avons coutume de goûter ce cépage, surtout si jeune, dans des phases souvent ingrates et propres aux élevages adoptés par les uns et les autres. La volonté d'une extraction très limitée est évidente. Un terroir plus profond, sans doute, également. Une cuvée sincère et ferme, que l'on peut mettre à table dès maintenant.

- Ode de vie 2010 :
Goûté sur fût. Un sauvignon liquoreux, récolté à 25° nature, issu d'un sol de schistes du carbonifère et d'une parcelle, sorte de balcon sur Rablay!... L'élevage va se prolonger entre 12 et 18 mois, dans des fûts d'un an. Magnifique expression et volume remarquable! Des arômes de fruits mûrs et, d'ores et déjà, une belle complexité, évoquant les senteurs de fleurs printanières, aussi bien que les fruits cuits. Excellent!

- Galante 2010 :
Même élevage pour ce chenin ramassé à plus de 25° nature! Un terroir de spilite et de schistes pourpres, conférant à la cuvée un caractère et une élégance hors du commun! De la tension et du volume. Mais, il faudra patienter jusqu'en 2012, pour en disposer en bouteilles!...

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Pour que le charme reste!... Emmanuelle et Olivier Van Ettinger ont inscrit leur démarche un peu à l'écart des modes. Ce qui comporte le risque, aux yeux de certains, de se laisser enfermer dans un style pas toujours "tendance 2000" (surmaturité, élevage parfois sophistiqué, minéralité démontrée comme un théorème...), mais dont l'un des avantages est, qu'il ne fait pas forcément de ses clients, des collectionneurs confiant leurs achats à un coffre-fort, pour l'éternité ou presque!... Olivier va d'ailleurs très souvent à la rencontre des amateurs passionnés par ces cuvées angevines. Des particuliers, presque exclusivement, qui le reçoivent à domicile, entourés de quelques amis et parfois, autour d'une bonne table!... Ça ne vous rappelle rien?... Ne faudrait-il pas, certains jours, revenir à ces fondamentaux?... Bien sûr, quelques professionnels lui reprochent de temps à autre, cette pratique du tarif unique (de 6,50 à 11 € TTC, départ domaine et 25€ pour les liquoreux), mais Olivier à goûter à l'éphémérité de certaines relations et il rechigne à y revenir.

Vous pouvez donc lui rendre visite et repartir avec quelques cuvées, lorsqu'elles sont disponibles. "Dites-moi, cela fait bien sept ans que vous n'étiez pas venu me voir! On se revoit donc en 2018?..." Puis, quelques jours plus tard, ouvrir une Ode de Vie, le temps d'un coucher du soleil derrière le bosquet, ou pour retrouver les senteurs du printemps, lorsque la campagne est parcourue d'effluves de fleurs d'acacias, d'aubépines ou de cerisiers sauvages... Ecoutez encore Tous les matins du monde, ou un peu de cette musique unique de Monsieur de Sainte Colombe...