Suite de cette journée angevine, certes hivernale, mais largement teintée de diversité, tant humaine que du point de vue des vins. Je n'ai, en fait, que quelques centaines de mètres à parcourir pour rejoindre le second vigneron de la journée. Il est occupé à quelques menus travaux, dans sa parcelle du Clos de la Biche, sorte de balcon sur le Layon, en face de Montbenault là encore, mais sur les hauteurs qui dominent la route menant de Beaulieu sur Layon à Thouarcé.

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~ Sébastien Fleuret, micro vigneron ~

Si vous cherchez un coach ès-remise en forme avant les beaux jours, ne cherchez plus!... Sébastien Fleuret est l'homme qu'il vous faut! Vous pouvez prendre rendez-vous avec lui, lors de sa prochaine semaine de congés (et vous de RTT), quelques options de travaux des champs et des vignes sont envisageables!... Excellent pour retrouver une stature très Alerte à Mal-y-bu pour l'été et des tablettes de chocolat, au niveau de l'abdomen!...

En fait, Sébastien est passé en quelques mois, du statut de nano-vigneron à celui de micro-vigneron. Ce qui n'est pas rien en soi et cela, avant même d'avoir mis sur le marché la moindre bouteille! Pour tout dire, il n'est qu'à moitié vigneron, mais résolu à franchir le pas progressivement, afin de trouver un autre équilibre. Une variante à sa vie de chercheur du CNRS, option géographie de la santé, qui risquait de lui donner pour longtemps, le teint blafard des paillasses de laboratoire. Si bien que, désormais, entre deux voyages au Sénégal ou au Cameroun pour aller chasser le moustique (et prendre quelques couleurs quand même!), il vient régulièrement travailler dans cette parcelle de 1,09 ha d'argiles sur schistes, plantée de cabernet franc (70 ares) et le reste de chenin.

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Le Clos de la Biche (surnommée Clos de Bibiche par amour!), c'est le nom que lui donnait l'ancien propriétaire, qui voyait souvent quelques animaux sortir du bois. Une parcelle assez isolée, adossée à un petit bois donc, bordée à l'ouest d'une friche d'une cinquantaine d'ares et, à l'est et au sud de chemins de randonnée pédestre, sur lesquels circulent souvent quelques randonneurs, étonnés de voir quelqu'un y travailler le dimanche!...

L'envie de rejoindre ses pairs à la vigne, Sébastien l'a ressentie lors d'une soirée quelque peu festive avec des amis vignerons. Il découvre alors Isidore, une cuvée de l'un d'eux : Didier Chaffardon. Ce dernier, face à l'enthousiasme du futur vigneron qui s'ignore encore, explique dans un style très personnel : "Je m'occupe de la vigne toute l'année, je choisis la date des vendanges et après, ça se fait tout seul!..."

Si vous craignez de devenir vigneron, de répondre un jour à l'appel de Bacchus, ne demandez pas l'avis de Didier Chaffardon, parce que tout va vous paraître tellement simple, tellement évident que, dès le lendemain, vous serez en quête de quelque parcelle!... Ce qui ne manqua pas d'arriver à Sébastien! Celui-ci habitant Savennières, ne tarda pas à dégotter une quinzaine d'ares qui, avec l'aide de Didier Chaffardon justement, va lui permettre de proposer sa première cuvée : La Petite Graine 2009, que nous pourrons découvrir le 12 mars prochain, à l'occasion d'Anges Vins, au Pied 2 Nez, à Nantes.

La boucle est quasiment bouclée! Pour le millésime 2010, Sébastien Fleuret (à la fin de l'envoi, il touche!) va aussi disposer de vingt ares de chenin sur argiles, à Rochefort sur Loire, une parcelle qui appartenait à Christophe Gallienne, résolu à réduire la toile. Un vigneron, qui pourrait donc bien faire partie de l'autre nouvelle vague angevine, avec Thomas Boutin par exemple et quelques autres, pour peu qu'ils arrivent à surfer le mascaret du Layon sans encombre!... En restant fidèles à leurs idées et à leurs envies!...

~ La Grange aux Belles, Marc Houtin et Julien Bresteau ~

Deux personnalités qui se complètent, forment ce duo d'angevins, version Aubance. On a l'impression de connaître Marc Houtin depuis longtemps dans le landerneau viticole régional. Pourtant, il n'est apparu qu'au début des années 2000. Mais, ce qui participe à le conforter dans son statut de vigneron désormais, c'est qu'il compte aujourd'hui plus de vécu en tant que tel, que dans celui qu'il connût au sortir de ses études, à savoir la recherche pétrolière.

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Sans doute, les énergies fossiles puisaient trop dans ses ressources. On a un peu le sentiment, parfois, que Marc se jette dans un projet, avance avec lui, puis éprouve le besoin de faire une pause, le temps d'une réflexion ou d'un bilan autant personnel que partiel. Il confesse d'ailleurs la nécessité de prendre, certains jours, une paire de bonnes chaussures et d'aller marcher seul, sur les hauteurs surplombant le Louet.

Et c'est donc, lors de l'une de ces sorties que, passant à proximité du monument commémoratif d'un évènement sanglant des Guerres de Vendée, à La Roche de Mûrs, il remarqua un large espace en friche, exposé sud-est, possédant tous les critères d'un grand terroir à vigne!... Les premiers contacts avec le Maire de Mûrs-Erignés datent de 2005. L'élu local fut sensible à la démarche du jeune vigneron, alors installé sur sa commune et confirma le passé viticole du lieu. Depuis, ces 3,5 ha de schistes ardoisiers remarquables sont devenus propriété communale et les vignerons de La Grange aux Belles sont aujourd'hui sur le point de signer les fermages avec la Mairie. La surface à préparer et à planter sera juste partagée avec le Domaine de Rochambeau, de Maurice Forest, vigneron historique en agriculture biologique, sur la commune de Soulaines sur Aubance lui aussi.

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En attendant d'avancer dans ce projet qui s'annonce passionnant, Marc Houtin et Julien Bresteau, désormais installés à L'Ecotière de Soulaines, dans des installations neuves et fonctionnelles (pas Bofill pour deux sous - private joke!), vont leur petit bonhomme de chemin.

Avant de rejoindre le... cuvier de dégustation, petit arrêt dans cette parcelle isolée de soixante ares, plantée de gamay quadragénaire, qui compose l'une des cuvées vedettes du domaine depuis le millésime 2007 : La Niña. Un îlot de vigne comme un symbole, bordé d'un chemin creux, au milieu d'hectares dédiés à l'élevage de bovins!... L'impression curieuse d'être là, comme en résistance, au milieu d'un nulle part, illustrant toutes les formes d'agriculture intensive de notre époque. Pourtant, à peine plus haut, sur cette sorte de coteau-plateau, deux autres parcelles subsistent aussi, comme d'autres îles dans un océan vert blé d'hiver... Mais, qu'en pensent ces patrouilles de Chouans, qui hantent entre chien et loup, les sentiers de la région, sous le couvert des buissons d'aubépine et de sureau?...

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Après avoir découvert, juste derrière le hangar couleur Bordeaux, la parcelle d'un demi-hectare ci-dessus, nouvellement plantée de pineau d'aunis - un autre projet passionnant! - et qui porte donc à 13,5 ha la superficie actuelle du domaine, place à un rapide tour d'horizon de quelques cuvées du millésime 2010.

Les chenins tout d'abord, avec Les Moyens du Bord, un vin de soif dont l'élevage en barriques usagées, va se prolonger jusqu'en avril ou mai prochain. Beaucoup de fraîcheur, pour ce vin issu d'un premier passage dans diverses parcelles.

Nous goûtons ensuite deux échantillons de Fragile 2010 : l'un issu de barriques neuves de 600 litres, qui montre une prise de bois assez soutenue à ce stade et l'autre d'un fût de 400 litres datant de 2007, plus démonstratif, sur le fruit. Deux jus à des stades différents, mais qui pourraient composer un ensemble très séduisant.

Deux échantillons de gamay ensuite, dont celui destiné à La Niña 2010, plein de force et d'une belle densité. La version 2009 de cette dernière se montrera serrée, dense et quelque peu hermétique, mais il faut souligner que la fermentation malolactique se prolonge encore, si bien qu'elle sera sans doute mise en bouteilles après sa cadette!... De son côté, le Vin de Jardin 2010 (100% grolleau), mis en bouteilles prochainement, s'annonce comme une belle cuvée de printemps et d'été. La Chaussée Rouge 2010(grolleau, plus 10% de cabernet franc cette année) est doté d'une personnalité plus pleine et très convaincante à ce stade.

Quelques mots également d'une cuvée pur plaisir encore, Pink Fluid 2010, composée pour deux tiers, d'un gamay de pressurage et d'un tiers de grolleau en macération carbonique, avec 16 gr de sucres résiduels. Enfin, saluons aussi les très jolies Merci 2010 (un très charmeur sauvignon moelleux, faut-il le rappeler?) puis Fragile 2009 et son expression aromatique plutôt originale.

En guise de conclusion, deux Anjou 2009, le 100% cabernet franc appelé 53, solide et élégant, ainsi que Princé 2009, puissant, taillé pour la garde, mais néanmoins, bigrement séducteur!...

Ce qui est intéressant avec ces jeunes vignerons, lancés depuis peu dans l'aventure, c'est leur capacité à innover, à chercher de nouvelles pistes, à développer une sorte de stratégie évolutive. On les imagine exsangues sous les charges et livides à l'appel du comptable (comme d'autres, certes!), mais ils répondent parfois en proposant une nouvelle cuvée ou en consultant un graphiste pour préparer de nouvelles étiquettes. Ce n'est pas qu'ils veulent prendre la place de quelques "référents" de leur région - d'ailleurs, personne ne le souhaite, notamment chez les amateurs - mais, simplement souligner certains jours que le soleil brille aussi pour eux et qu'ils sont prêts à partager leur ciré, ou leur parapluie, les jours de pluie!...

Humanisme, libre arbitre, éthique... Des mots qui ont un sens en Anjou!... A travers les générations!... Et c'est bien!...