Un superbe après-midi automnal (enfin presque!), pour prendre la température de l'Anjou vendangeur!... Où, pour l'instant, à quelques exceptions près, c'est plutôt le temps qui est... vengeur!... Après quelques millésimes que l'on peut être tenté de qualifier de confortables, ce qui n'évacue pas leurs particularités, qu'il fallait un tant soit peu gérer, 2011 arrive cul par-dessus tête!... "Un printemps chaud et sec, alors qu'on attendait de l'eau et de la pluie parfois conséquente lorsqu'il fallait du soleil!... Un millésime à l'envers!..." Paroles de vignerons!... En tout cas, 2011, millésime de vignerons!...

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Nous sommes à la mi-septembre et la précocité annoncée du millésime est toujours d'actualité mais, sur le fond, ce n'est donc plus l'avance au sens premier qu'il faut gérer mais, dans nombre de cas, il va s'agir de sauver ce qui peut l'être... Ou faire un pari sur une bascule météo qui mène nulle part!... Cette semaine, aussi loin qu'on se projette et si l'on en croit la météo, deux ou trois jours anticycloniques, avec faibles brises de nord ou de nord-est, devraient être suivis d'une instabilité récurrente. De toute façon, il reste cette humidité dans la terre et ces températures qui montent vite... Un cocktail qui pose problème!... C'est bien simple, nombre d'Angevins vont ramasser les premières tries pour les Layon, un signe qui ne trompe pas. Et encore, il ne faudra pas manquer de mettre le nez dans les grappes!...

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En premier lieu, passage chez Richard Leroy, à Rablay sur Layon. Une bonne adresse pour avoir quelques échos du cru. En fait, à cette date, Richard est dans les jus!... Pour ses deux cuvées, le Clos des Rouliers et les Noëls de Montbenault, du chenin, rien que du chenin. Et même du chenin de France, comme l'indiquent les cartons maison. Ici, le vigneron aime ramasser des raisins dorés et sains. Zéro botrytis!... La parcelle des Rouliers a été ramassée la veille et maintenant, il s'agit de passer le tout en barriques. Pour les Noëls, c'est déjà fait depuis plusieurs jours!... On goûte?... Allez!...

Les jus sont superbes de fruit et absolument nets. Les Rouliers sortent du pressoir, mais leur fraîcheur est remarquable. Les Noëls sont aussi en fûts, dont certains neufs et venant de Bourgogne. La fermentation avance et les jus sont toniques et droits, avec des degrés un peu inférieurs aux 2010 record.

Goûtons ces derniers, tiens, pendant qu'on y est. Le Clos des Rouliers est en bouteille depuis à peine plus de quelques jours (mais pas encore disponible). Grosse impression dès les premiers instants. Cela se confirme en bouche avec une structure façon cathédrale!... C'est du gothique angevin!... Croisée d'ogives, arcs-boutant, vitraux... "Je crois que c'est le meilleur que j'ai jamais fait!..." C'est dit!... "Mais bon, 2010, c'est un millésime exceptionnel!..." On passe aux Noëls de Montbenault, qui sont toujours en cuve!... Là, ça déménage!... En fait, il reste un peu de sucres résiduels, il va falloir patienter encore. La structure est énorme!... Ici, on construit façon granite ou rhyolite du fond des âges!... Vous voulez goûter du Leroy?... Inscrivez 2010 sur votre carnet!... D'ici la mise, vous pourrez très bientôt découvrir la suite de ses aventures, grâce à Etienne Davodeau!... A ne pas manquer!... On en reparle bientôt!...

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En quittant Richard Leroy, celui-ci me lance : "Tu devrais appeler Eric, il doit être en train de vendanger..." Sitôt dit, sitôt fait!... Éric Morgat est en pleine cueillette, en effet, sur sa parcelle des Moulins à vent, non loin du Breuil et de Pierre Bise, à proximité également des Treilles de la famille Pithon. Superbe parcelle, où le vigneron récolte pour sa cuvée Litus, du chenin sec sur spilite. Des vignes de huit ans qui se portent plutôt bien. Aujourd'hui, le vigneron est perplexe, notamment du fait des difficultés du millésime : un tri drastique s'impose, pas moins de 30% des raisins vont rester par terre!... Les grappes elles-mêmes sont partagées : une face aux raisins dorés et une face aux raisins verts. Pourtant, lorsqu'on goûte ces derniers, l'écart que laisse supposer la couleur des baies ne condamne pas les uns par rapport aux autres. Bizarre... Une des conséquences de cette situation impérieuse de tri : les vendanges s'étirent et on ne remplit qu'un pressoir par jour!... "Ça nous change des dernières années!..."

Du côté de Savennières, des résultats différents selon les parcelles. Il reste un peu de raisin sur celles qui composent L'Enclos, mais les 50 ares de Roche-aux-Moines étaient superbes. Par contre, du côté de Pierre Bécherelle, Éric a rencontré un peu les mêmes difficultés que du côté de Pierre Bise, avec une grosse proportion de pourri apparu très tôt. Un problème qui préoccupe d'ailleurs le vigneron, car il fait ce constat chaque année, sur ce "cru" qui a tout pour plaire de par sa morphologie, sa structure et la composition de son sol, mais dont l'approche culturale complique la donne. Faudra-t-il abandonner le travail du sol au profit d'un ré-enherbement, le temps que cette ancienne friche boisée ne brûle son humus et la proportion d'azote qui en découle?... C'est peut-être la clé, pour obtenir le rendement et la qualité de vendange attendus sur cette parcelle encore très jeune.

Éric Morgat évoque sa dix-septième vendange en Anjou, avec 2011. Une expérience qui se forge années après années, mais les difficultés d'un tel millésime ne manquent pas de l'interpeller... "Décidément, on a un drôle de métier..."

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Le troisième larron du jour n'a pas la même expérience que les deux précédents, loin s'en faut, en matière de vendanges et de vinifications. Il faut dire qu'il vient juste de mettre les doigts, voire la main tout entière dans le pressoir et l'engrenage du vin!... A ce jour, il est bien chercheur au CNRS, catégorie géographie de la santé, ce qui le transporte régulièrement aux quatre coins, si je puis dire, de la planète, mais arrive tant bien que mal, à travailler le sol de ses parcelles, à tailler, à vendanger et donc à vinifier pour la deuxième fois en vraie grandeur, mise à part une déjà célèbre Petite Graine, que les amateurs du web 2.0 ne peuvent ignorer.

Sébastien Fleuret, micro vigneron à la tête de 1,3 ha de vignes, met donc tout en oeuvre pour mettre sur la table des cuvées fidèles à ses goûts pour les vins dits naturels. Pour les vendanges, il compte bien évidemment sur les week-ends et la mobilisation de quelques copains les plus sensibles à ses suggestions d'accords vin-musique (une exclusivité maison!), mais la météo chaotique du millésime 2011 impose des interventions urgentes, comme en ce mercredi, pour un premier tri sur les chenins de Beaulieu, afin de proposer un blanc sec au long cours : Refaire le monde. Joli nom pour une cuvée, dont la version 2010 ne devrait être disponible qu'en mars 2012. Goûtée dans ses deux versions actuelles - cuve et fût - tout porte à croire que l'association des deux devrait séduire.

Notez que dès dimanche, si vous passez dans le coin, ce sera au tour des rouges, du cabernet franc, dont la version 2010 en rouge, Léon, connaît un franc succès (allez-y, il en reste un peu!), mais dont le vigneron a fait également un rosé pétillant, ou plutôt un "vin pétillant à peaux-rouges", Sitting Bulles, avec ses arômes de fraises des bois et sa fraîcheur, qui font courir (plus pour longtemps, il ne reste que quelques flacons!) ses plus fidèles supportrices angevino-parisiennes!... Suivez mon regard!...

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Cabernet, chenin, contre mauvaise fortune, bon coeur!... En Anjou, comme ailleurs, gardons notre bonne humeur lors de ces vendanges pas simples... et mangeons des crêpes au beurre!...