Pendant les trois prochains mois, nos flashes d'infos vont être rythmés de nouvelles en provenance du grand large. Une vingtaine de solitaires est en mer pour une circumnavigation d'environ un trimestre et vu la route plutôt pavée de mauvaises dépressions qu'ils doivent emprunter, cela risque d'atteindre les hommes et le matériel. Lorsqu'on est au bord du chenal menant (ou venant) au port des Sables d'Olonne, un jour de départ du Vendée Globe, on partage avec la foule une sorte d'empathie, qui vire rapidement à de l'admiration pour ces navigateurs (et une navigatrice!) qui partent sur leurs drôles de machines flottantes. Chacun sait que diverses fortunes de mer peuvent survenir comme des grains de sable dans une si belle mécanique, pouvant délivrer parfois, des sensations qu'aucun terrien ne peut vraiment connaître.

Quel marin, amateur de navigation à voile, n'a pas dans ses anecdotes, le souvenir d'une sympathique sortie en mer qui vire quasiment au cauchemar en quelques minutes. L'enchainement de circonstances, aidé par la méchanceté des choses, qui éprouve le sang froid des meilleurs chefs de bord ou qui instille des particules de doute, au plus profond des têtes. La nécessité soudaine de réduire la toile et cette vague traîtresse qui inonde le cockpit. La manivelle de winch posée malencontreusement sur le coffre, après la prise de ris et qui tombe à l'eau. L'urgence à se saisir de son double, bien rangée dans un équipet et cette arcade sourcilière qui éclate dans un choc, lors d'une ultime embardée du bateau... J'aime la mer!...

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En cette année 2012, les terriens, dans certaines régions, ont connu cette sorte de succession de cauchemars météorologiques qui éprouvent l'âme. Se souvient-on plus des mauvais rêves que des bons?... Un matin de printemps, on se réveille avec une sorte d'inquiétude. D'ailleurs, il est plus tôt que d'habitude. L'horloge biologique du vigneron a-t-elle détecté la température matinale qui, au petit jour, risque d'atteindre tel ou tel cépage précoce, plus qu'un autre?... Déjà, voilà quelques semaines, le Moscou-Paris a glacé l'atmosphère, au point d'atteindre quelques ceps au coeur. Janvier et février avaient durement inauguré l'an 2012. Dès les premières heures de ce printemps, les rendements sont revus à la baisse, certaines parcelles n'auront guère de fruits.

Puis, à l'heure de la fleur, les températures restent basses et l'air pour le moins humide. Les bonnes années voient la floraison passer en moins de cinq jours... et embaumer l'atmosphère de nos campagnes. Cette année, elle s'étire. Coulure et millerandage sont au rendez-vous. Dans cette ambiance, le travail du sol reste possible, lorsque les pluies ne sont pas trop importantes. Mais, dans certains secteurs, les tracteurs peinent. Pourtant, il faut multiplier les traitements et les passages. Comment répondre, pour agir au moment le plus opportun?... Bouillie bordelaise, soufre, parfois tisanes diverses, doivent être pulvérisés dès que l'averse est survenue. Certains ne connaissent aucun répit de mai à juillet, tant il faut assister la vigne dans son combat contre mildiou sur feuille et sur grappe, voire oïdium et ver de la grappe. Dans quelques secteurs, l'été reste plus sec qu'en d'autres contrées. La véraison chaotique conduit malgré tout à une maturité satisfaisante, pour les cépages blancs notamment.

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A ce stade, chacun se dit et espère que septembre et l'arrière-saison vont permettre de vendanger de beaux raisins, certes moins nombreux, mais garants de quelques jus délicats et frais. Il y a toujours une partie de l'année pour compenser l'autre... ou les autres! Vous verrez, les vendangeurs cueilleront en marcel, il y aura de la joie dans les parcelles!... Las! La pluie fait sont retour, de façon substantielle dès le dernier tiers de septembre. Il fallait pourtant attendre la bonne maturité des rouges et espérer encore pour les moelleux et liquoreux. Partout, l'alerte est lancée. Quelques blancs secs, déjà vendangés, redonnent du baume au coeur, mais la situation des cabernet notamment, inspire les plus grandes craintes.

A partir de là, certains sauveront ce qui peut l'être. Des rouges légers, couleur et alcool compris, des cuvées à apprécier sur le zinc, de sympathiques glou-glou parfois. Tous miseront sur chenin, sauvignon, menu pineau et romorantin pour garder la trace de 2012, millésime qui chante le blues. En remontant le cours de la Loire, on sait déjà que Muscadet et Anjou payent un lourd tribu à cette année mal née. Et que dire de la Touraine et du Centre Loire, jusqu'à l'Orléanais?... Comme avec les gens de mer évoquant leurs galères, vous croiserez rarement un vigneron (ou une vigneronne!) s'épanchant longuement sur ses journées grises et parler dans le détail de son infortune. Pourtant, parfois, les lendemains ne seront possibles qu'avec une large part de solidarité, peu connue des amateurs passionnés. Un trou dans la coque?... Les spécialistes aux doigts de fée se mobilisent pour que le bateau puisse reprendre la mer au plus vite! 

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Pour mesurer l'impact d'une telle année et pour apporter quelque peu notre soutien à ces vignerons, pourquoi ne pas leur rendre visite à l'occasion d'un salon comme celui qui se déroule à Blois, les 1er et 2 décembre prochains? Les Vins du Coin regroupent une belle brochette de talents de la Sarthe et du Loir et Cher. Parce qu'ils nous sont chers. Et parce que les plus récents millésimes sont encore là pour démontrer la qualité de tant de ces cuvées ligériennes. La Loire souffre mais reste debout!...