Septembre se termine et nous n'avons pas encore évoqué les vendanges de l'année!... Bien sur, nous avions à tenir compte du retard quasi général dans le vignoble, dû aux conditions climatiques de mai et juin notamment. Un mois de report le plus souvent et une météo estivale plutôt rassurante dans l'ensemble, sauf qu'au final, le temps perdu ne se rattrape pas forcément. De plus, l'espoir d'un bel été indien, avec tous les bienfaits d'un vent de nordet, est en train de s'envoler... Les messages reçus à ce jour (que tous les vignerons qui ont pris un peu de temps pour répondre à mon mail soient, au passage, vivement remerciés!) laissent entrevoir parfois, des particularités météo locales, procédant, semble-t-il,  dans la population vigneronne, de la volonté de positiver ou d'user de la méthode Coué!... Cette année, peut-être encore plus que d'autres, la production finale risque d'être très hétérogène. Quelques-uns passeront à travers les gouttes (ceux qui auront pu vendanger tôt), mais beaucoup diront sans doute, que ce millésime sera à oublier. Comme c'est ce que nombre de vignerons ont déjà exprimé à propos de 2012, tout cela a des relents très années 70 ou 80. On nous avait pourtant expliqué que c'était un vieille histoire... que le climat allait réclamer de mobiliser des troupes de vendangeurs, à l'heure où certains se prélassent sur le sable chaud. Pour 2013, c'est raté!... La veillée d'armes s'éternise. On croise les doigts pour que ce ne soit pas Waterl'eau!... Mais, on n'oublie pas que pour certains, tous ceux touchés par les malencontreux et parfois violents épisodes climatiques de l'année (gel printanier, grêle estivale...), la préoccupation n'est pas de trouver des bottes et des cirés, mais plutôt d'être confrontés à la peur du vide. Celui des cuves et des barriques, des pressoirs qui resteront silencieux, d'une fin d'année où il n'y aura pas de fermentation à surveiller, ni d'espoir de quelques jolies cuvées à entretenir. C'est surtout à ceux-là que nous devons penser, en prenant connaissance des retours venant du vignoble et en appréciant la parole des vignerons.

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Voilà une quinzaine de jours, les premières nouvelles sont remontées du Grand Sud. Jean-Paul Luc tout d'abord, de Villa Minna Vineyard, en Provence, n'a pas encore commencé le 16 septembre : "Avec grand plaisir, je vous ferai pas de nos "états d'âme" sur notre vendange 2013, qui parait à ce jour prometteuse. J'étais ce matin dans les vignes pour faire des prélèvements et cela s'annonce plutôt bien. Et puis, le chiffre 13 porte généralement chance..." Faut-il croire ce vigneron, ex-pilote de rallye de renom, lorsqu'on sait que ce numéro n'est en principe jamais attribué en course automobile?... De bonnes nouvelles nous arrivent également à la mi-septembre de l'extrème sud : "Les vendanges se passent bien, ici nous sommes plutôt sur la fin" précise Bruno Duchêne. "Petit volume comme d'habitude, du à une mauvaise floraison (coulure) sur le grenache. Sinon, j'ai inauguré ma nouvelle cave, dans notre nouveau lieu, à Banyuls." Tous au Cap Béar!... A St Rémy de Provence, Théophile Milan, du Domaine Milan, nous informe le 19 septembre, de l'ouverture des hostilités : "Nous avons commencé lundi par le chardonnay et le muscat petit grain. L'état sanitaire n'était pas top, mais on a sorti un beau jus titrant à 15,5°. On n'a pas encore fait de rouges, car les maturités sont très tardives cette année. A titre de comparaison, nous avons fini l'année dernière le... 19 septembre. Et au niveau rendements, ce ne sera pas énorme, car on a eu de la coulure sur les grenache noir."

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L'actualité vendangeuse des domaines, on peut aussi la suivre sur internet ou sur les réseaux sociaux, comme ici, ou encore . Parfois, c'est aussi au moyen de newsletters, comme avec le Domaine de Bablut, de Christophe Daviau, qui nous donne la première tendance angevine, le 20 septembre : "Les vendanges... ce sera quand?... Avant les fêtes, j'espère! Trève de plaisanterie... Oui, nous sommes en retard, mais les raisins sont beaux. Le retard, c'est celui que nous traînons depuis le printemps. Le bel été nous a permis de grappiller un peu de temps, mais il s'agit quand même d'une année tardive. Heureusement, nous avons été épargnés par les accidents climatiques de l'été, alors que d'autres vignobles ont été durement touchés. Les vignes peinaient quelque peu du fait de la longue période sèche. Nous espérions un peu d'eau et nous avons été exaucés. Depuis, la vigne "respire". Les prévisions sont au beau temps et à la remontée des températures... Le gel de printemps a laissé quelques séquelles. La quantité récoltée sera plus que modeste pour le chardonnay (Crémant de Loire), mais c'est surtout le chenin blanc du coteau de Grandpierre qui n'est pas très chargé en raisins. Nous donnerons les premiers coups de sécateurs début octobre. Nous sommes dans les starting-blocks... (à suivre)."

Quelques échos venant du Valais suisse, avec Pierre-Antoine Crettenand, à Saillon : "La maturité en nuits froides est un plus qualitatif. Ma parcelle grêlée a bien résisté, donc plutôt tout va bien qualitativement." Un autre Suisse nous donne de ses nouvelles, mais c'est Henri Bungener, du Clos de Caveau, à Vacqueyras : "Nos dates de vendanges sont en retard d'un mois, par rapport aux dix dernières années. En effet, un printemps frais a retardé le départ de végétation. Nous retrouvons donc des dates de vendanges dignes des années 70, 80 et 90! A l'époque, nous n'arrivions pas toujours à maturité et les vendanges étaient souvent plus difficiles, contrairement à ces dix dernières années où le danger était la sur-maturité. Le climat d'octobre est souvent moins clément que celui de septembre. A l'époque, nous avions une pièce où nous gardions des cirés et des bottes en caoutchouc pour les vendangeurs, dont nous nous sommes bien sur débarrassés, avec la chaleur de la dernière décennie!... Par ailleurs, un mauvais temps survenu précisément pendant la floraison des grenache a eu des résultats catastrophiques sur leur rendement. En plaine, les Bateliers, notre Côtes du Rhône, a également souffert de la grêle, ce qui a aussi diminué les rendements! Par contre, les baies restantes se sont cicatrisées sans pourrir. Vive l'air sec du mistral!..." Et de conclure avec optimisme : "Mais, il y a toujours un bon côté : quand il y a peu de raisins, les vignes se fatiguent moins et produisent des raisins délicieux... et sans doute l'an prochain aussi..."

EFFEUILLEBLANC

Premier passage à Bordeaux (le 23 septembre), avec Vincent Quirac, du Clos 19bis, à Pujols sur Ciron : "Les vendanges vont commencer dans quelques jours. Comme partout en France, le printemps bordelais fut glauque. Du froid, de l'eau. La vigne accumule un retard important. Trois semaines disent les anciens. Optimiste comme un vigneron, on ne s'inquiète pas trop, en rêvant d'un été magnifique. L'été fut magnifique. Mais, à ma grande surprise de débutant, le retard n'a pas été rattrapé, ou très peu. Optimiste comme un vigneron, on ne s'inquiète pas trop, en rêvant d'un automne magnifique. Il commence très mal. Beaucoup trop d'eau les premiers jours de septembre. Le raisin n'est pas mûr et commence à pourrir. Pour les vignerons "naturels" (qui ne rajoutent rien dans leur jus de raisin), c'est la pire des situations. Depuis deux jours, il fait chaud et sec... et comme le mois d'octobre va être magnifique..." Le même jour, quelques mots de Jean-Christian Mayordome, du Domaine du Pourra, à Séguret, nous ramènent dans le Rhône : "Ici, le temps est beau en journée et très frais la nuit. La perspective d'une récolte décalée, retardée, est évidente. Pour l'instant, c'est plutôt pas mal, avec comme d'habitude des rendements faibles, des grenaches qui ont tenu le coup, du fait d'une floraison tardive, par rapport à la plaine. Si la pluie ne vient pas tout détruire et compliquer la tâche, je serai très content d'élaborer ce millésime avec ce que j'ai. Priorité à la qualité, au diable le rendement et advienne que pourra!..."

Non loin de là, Olivier B, dans le Ventoux (le 24 septembre) est un peu dans les mêmes dispositions : "Ici, à l'extrême est du Ventoux, les contrôles effectués par les pros (ODG, ICV...) donnent un retard qui se maintient à dix, quinze jours. On termine d'effeuiller les blancs (photo ci-dessus), alors que les années passées, on les ramassait. La charge est conséquente et les roussannes, habituellement autour de 15° potentiel sont à 10,8°! Autant dire que je ne me presse pas pour les rouges. Côté coulure du grenache annoncée en Vallée du Rhône, ici c'est hétérogène et notre situation tardive semble avoir vu la fleur se dérouler de meilleure façon qu'à l'ouest. Quelques grappes touchées par la grêle et on avisera au moment voulu pour décider ou non du tri. Quatrième année sans cuivre et pas plus de soucis que les voisins!... Du mildiou mosaïque plus ou moins présent, mais pas plus, pas moins que ceux qui ont mis la dose. Cela réduit le feuillage pour la maturation, mais les végétations importantes dues au printemps et juillet pluvieux, devraient suffire pour aller au bout, si la météo le permet, car pour moi, il reste encore un mois et tout peut arriver... In cha allah... yalla, je te tiens au courant pour la suite..."

Pour un peu, j'oubliais Le Petit Domaine, de Julie Brosselin et Aurélien Petit, à Montpeyroux, qui ce même 24 septembre, font une pause : "Un point sur cette année : le printemps a été un peu chaotique, beaucoup de pluie, mais finalement, même si elle a été plutôt gênante pour l"homme, elle a été très bénéfique pour la vigne, qui n'avait pas eu trop d'eau pendant l'hiver. La vigne a vite pris quinze jours de retard sur son développement "normal". L'été a été ensoleillé (jusque là c'est normal!), mais il a fallu attendre fin juillet, voire début août avant d'avoir des températures vraiment élevées. Tout cela a abouti sur des vendanges qui ont commencé plutôt tardivement. Les "mémoires du village" disent qu'ils n'ont pas vu ça depuis plusieurs décennies... Cela a permis aux raisins de murir lentement, au potentiel aromatique de bien se développer. L'état sanitaire est bon, voire très bon, en tout cas chez nous!... Non, ce n'est pas du chauvinisme!... En ce qui nous concerne, après avoir rentré les raisins les plus précoces, nous faisons une pause, qui aura bien duré dix jours, en attendant les petits derniers, carignan et mourvèdre. On reprend ce jeudi (le 26). Niveau quantitatif, nous ne sommes pas encore des références... En 2012, notre premier millésime, les rendements étaient tellement bas que nous ne pouvions que les améliorer : reprise de vieilles parcelles mal entretenues, voire à l'abandon. Avec des soins et du temps, la vigne nous le rend bien et nous en sommes presque étonnés. En résumé : belle maturité, bonnes acidités, beau potentiel aromatique. Seul hic, GROSSE attaque de vers de la grappe (là encore, les "mémoires du village" n'en reviennent pas, ou plutôt les vignerons cette fois-ci!). Les vers sont allés plus loin que leurs foyers habituels et bien connus, ce qui se traduit par de la pourriture et un tri important à la vigne (pour ceux qui trient!)".

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Retour à Bordeaux. André Chatenoud, du Château de Bellevue, à Lussac, semble être quelque peu partagé, le 24 également : "Heureusement, je n'ai pas été grêlé cet été, mais la coulure sur le merlot, fin juin, a été dévastatrice. La récolte en rouge sera donc faible... En ce qui concerne les sauvignon gris, ils sont magnifiques. Nous commençons à les vendanger demain et j'espère finir avant les pluies annoncées pour le week-end (28 et 29)." Les craintes exprimées par le vigneron de Lussac semblent malheureusement se confirmer en ce samedi 28. En effet, la façade atlantique et notamment Bordeaux, a été copieusement arrosée par places, avec même quelques grêlons en ville. Cette semaine, quelques grands crus, comme le Domaine de Chevalier, ont lancé la cueillette dès mercredi. Objectif : ramasser les blancs avant la pluie. De belles matières, mais des raisins somme toute fragiles. Certains sémillon étant déjà bruns. Avec, bien sur, l'inquiétude qui grandit pour les merlot... L'année a nécessité une mobilisation de tous et la crainte des conséquences d'une mauvaise arrière-saison est forcément dans les esprits.

Du côté de Saumur-Champigny, Antoine Sanzay observe et constate sereinement : "Après une floraison tardive, un été assez exceptionnel et plutôt un beau début de septembre ensoleillé, la plante est en forme. Peu de stress sur le feuillage et des raisins qui mûrissent tranquillement. Le chenin sur les Salles Martin évolue doucement et commence à dorer. Les cabernet du domaine sont plus hétérogènes, à cause du gel du 29 avril dernier, mais l'état sanitaire et bon. Allez, il nous faut tous maintenant un automne sec et frais et 2013 sera un grand et beau millésime!!!..."

Le 25 septembre, des nouvelles de la Coulée de Serrant, grâce à Virginie Joly, qui nous permet de mesurer à quel point, chacun devra s'armer de patience : "Les vendanges au domaine ne commençant pas avant le 7 octobre, j'ai bien le temps de vous donner quelques infos!... Nous avons eu beaucoup de chance sur le secteur de Savennières, car pas de gel, ni de grêle, comparé avec de nombreux collègues de Loire et d'ailleurs!... Au domaine, la vigne a fleuri principalement la deuxième semaine de juillet, mais heureusement en quelque sorte, car jusqu'à la fin juin, la pluie était tellement présente que nous n'aurions pas eu beaucoup de récolte. La charge est correcte cette année, un peu de coulure par endroit quand même et un peu de millerandage, ce que je n'avais jusqu'à présent jamais constaté ici...). Les 26 mm d'eau de la semaine dernière ont fait un bien fou à la vigne et aux raisins, depuis, nous bénéficions d'une météo plutôt idéale, de belles journées à 25°, des nuits à 10/12°. Les conditions sont à mon avis parfaites pour le chenin. L'état sanitaire des grappes est lui aussi parfait. Le gros de la vendange se fera sans doute surtout la troisième d'octobre, ce qui parait tard, mais qui est en fait une époque de vendange qui était tout à fait normale il n'y a pas si longtemps! Je pense, avec ma jeune expérience, que nous avons là (si les conditions restent en l'état) une très belle année pour le chenin de Savennières. Les raisins des jeunes vignes commencent à bien s'exprimer, actuellement les degrés tournent autour de 11° sur les jeunes et 9,5 à 10 sur les plus vieilles. Des acidités encore élevées bien sur, mais prometteuses."

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Cap sur l'Alsace ensuite, avec Olivier Humbrecht, du Domaine Zind-Humbrecht. "Il fait beau, belles acidités, bon état sanitaire, petite récolte car un peu de millerandage/coulure, donc tout va bien et nous commençons demain matin (26 septembre), ce qui est beaucoup plus tôt que ce que nous avions anticipé à la fleur. Seul point noir : les parcelles touchées par la grêle du 6 août (30% de récolte en moins, en moyenne et petit retard physiologique, ainsi que des impacts sur des raisins, qui ne sont pas beaux à voir! Heureusement, ce sont nos parcelles "entrée de gamme" qui ont été touchées. Les Crus sont OK."

Nous faisons l'essuie-glace est-ouest. Jean-François Vaillant, du Domaine Les Grandes Vignes, à Thouarcé, tend à confirmer la donne en Anjou-Layon : "Effectivement, le bel été qui se prolonge, qui par chance nous a épargné des aléas climatiques tel que la grêle, ne doit pas faire oublier l'hiver et le printemps très pluvieux que nous avons connu, printemps qui fut également assez froid et qui a provoqué ce retard, qui finalement se retrouve jusqu'à ce que nous commencions les vendanges, soit vers le 7, 8 ou 10 octobre pour les chenin secs. Ce qui est un peu rassurant, c'est la couleur des pépins qui ont aoûté et présente une couleur brune pour la plupart des cépages, mais les peaux restent encore assez fermes et végétales. La météo prévoit des précipitations orageuses qui vont de 10 à 25 mm pour la fin de semaine, selon les prévisionnistes, avec ensuite, un retour du beau temps pour la première partie de semaine. Donc tout espoir est permis pour la suite!..." Dans la foulée, Aymeric Hilaire, du Domaine Mélaric, aux Verchers sur Layon, nous donne la tendance en Puy-Notre-Dame : "On pense commencer vers le 7. Ca semble joli, voir très joli pour les chenin. De très belles acidités, des aromatiques intéressantes, avec de la concentration. Une bonne récolte, 30-35 hl/ha... à voir dans quinze jours!... Une météo pas trop mal, plus même, bien..."

En Pays Nantais, Frédéric Niger Van Herck, du Domaine de l'Ecu, nous fait part d'une belle entrée en matière : "On a commencé ce matin (25 septembre), avec les... pinot noir! Ramassé en cagettes à près de 13° nature!... Le ban des vendanges en Muscadet était fixé au 23. Dans le secteur, les machines sont sorties dès lundi!... La météo n'est pas simple : on a eu de la pluie (30/40 mm) et hier, il faisait 41° en plein soleil!... Jusqu'à maintenant, on a constaté un peu de pourri noble. On prévoit deux semaines de vendanges, pas plus, grâce aux vingt-cinq vendangeurs présents. On commence aussi sur les granites, dans le secteur du Grand Clos, avec des degrés à 12°. La dolia sur Facebook?... C'est... mais tu n'en parles pas, hein?..." Affaire à suivre, donc!... Et rendez-vous au Landreau!...

pinottime

En Champagne, c'est aussi bientôt le pinot time!... Benoît Tarlant stresse des jours à venir, "mais on n'est pas encore tout à fait dedans (le 27). Mon point de vue, à J-4 : comme partout en France, nous avons vécu un démarrage poussif et un printemps "automnal". On a craint des gelées jusqu'au 23 mai, où les brins de pieds ont frisé la gelée blanche. Ensuite, nous avons connu un démarrage poussif, une fleur longue et chaotique, donnant du millerandage, de la coulure ou du filage sur les vignes "hâtives". Le premier orage du 19 juin a frappé fort, avec de la grêle destructrice dans le village voisin de Mareuil. Puis, les orages incessants du dernier week-end de juillet ont fini de nous épuiser de cette saison. Au final, on a connu un peu de tout : du mildiou, des cochylis, pas mal d'oidium (même sur cépages noirs). Le seul "réconfort" est venu de la plante, avec une superbe sortie de grappes. Par rapport à l'année passée, où il fallait les chercher dans le pied, cet été, on voyait pendre joliment les raisins sur la vigne. Nous pensions qu'une vendange de mois d'octobre aurait pu permettre de prendre son temps, grâce à des températures plus fraîches, mais l'explosion des baies fragiles mi-septembre, la pénétration du botrytis avec des brumes languissantes et des températures pas si fraîches (pour des Champenois!) ne vont pas aider à la sérénité lors de cette récolte. A quelques jours du début des vendanges, les maturités grimpent doucement et les acidités restent belles, mais la fréquence du botrytis s'intensifie. C'est encore une fois la pertinence vigneronne, la capacité d'agir rapidement et soigneusement qui nous donnera de jolis jus 2013. On verra cela dans quelques jours..."

Samedi 28 septembre, 0h41, Denis Godelu, des Trois Petiotes, en Côtes-de-Bourg, se confie, en pleine veillée d'armes : "Il est minuit trente. Dans six heures, ce sera "1, 2, 3, prêt feu go partez!" comme disent les enfants. 2013 aura été plus dur, plus compliqué, plus long que 2012 et encore, nous sommes passés au travers de ce qu'ont connu certains, avec des pertes totales de récolte à cause de la grêle. Le beau temps qui s'était installé depuis quinze jours nous a redonné espoir, vite douché par l'épisode pluvieux des derniers jours, permettant au botrytis de faire son apparition sur des raisins rares et gorgés d'eau, mais pleins de saveurs et d'arômes. Du coup, on démarre demain par la cueillette des malbec, un peu en urgence, un peu contraints, sur des raisins pas tout à fait mûrs, c'est sur... Mais, c'est ça ou le risque de perdre un peu plus... Les vinifications, Valérie en parlera, c'est sa partie, mais on peut déjà dire qu'il ne va pas falloir trop extraire..."

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Dernières nouvelles du week-end et du mois, celles données par Cyril le Moing, le plus tokyoïte des angevins du Layon!... Pas de vendanges virtuelles cependant, à Martigné-Briand, où, selon le vigneron, le recul de l'expérience n'est pas de trop cette année : "Amis vineux, bien le bonjour! Quelques nouvelles du front : sauvignon, chardonnay et gamay sont désormais en cave. Pas de gros degrés (12,5%), mais de beaux équilibres alcool-acidité. Peu de volume malheureusement (entre 10 et 15 hl/ha). Depuis cet après-midi, la pluie a fait son retour en force et le botrytis déjà présent, devrait "exploser", vu la semaine chaude et humide qui est annoncée... Bref, petit message à ceux qui, parmi vous, viendront vendanger : n'oubliez pas votre pince à épiler!... Vendanges compliquées en perspective, type 2006, taillées pour les vieux briscards!... Affaire à suivre!..."

Dans le Muscadet, Marc Ollivier, au Domaine de la Pépière, précise que la cueillette a débuté le 24 : "Tout se passait bien jusqu'au 14 septembre, nous avons eu ce jour-là entre trente à quarante millimètres de pluie. Le botrytis s'est installé dans les Muscadet, aidé par des températures élevées (jusqu'à 30°). On a commencé le mardi 24, un peu en urgence et on récolte vite pour essayer de rentrer les raisins en bon état. Les premiers résultats sont pas mal avec des degrés aux alentours des 11,5° et des acidités de 5,5 g/l."

Enfin, Isabelle Perraud, du Domaine des Côtes de la Molière, nous donne des nouvelles du Beaujolais : "Les vendanges n'ont pas encore commencé ici. On devrait prendre la serpette cette fin de semaine, pour ramasser les raisins qui serviront à faire le bojo nouvo. Dur millésime, car très mauvaise météo au printemps, qui nous met en retard aujourd'hui! Une grêle le 1er mai sur le domaine, 50% de perte environ avant fleur. La seule, heureusement... Forte pression du mildiou que nous avons combattu avec des doses homéopathiques de cuivre très régulièrement. La récolte ne sera pas très grosse, comme d'habitude... mais, les raisins sont de belles qualités. Ils sont assez gros, en raison des fortes précipitations. N'ont pas l'air de pourrir... car on les surveille de près! On a hâte de les rentrer au cuvage quand même, on n'est pas encore à l'abri de la grêle. On a bel espoir que ce millésime fera des beaux jus, très glouglou, comme on les aime!..."

Il faut po-si-ti-ver!... Certes, tout n'est pas perdu et nous ne tomberons pas dans un catastrophisme, que quelques médias ont d'ores et déjà adopté, avant même les premiers coups de sécateur!... Bien sur, les prévisions météorologiques de la semaine prochaine ne sont pas idéales, notamment sur la façade atlantique (y compris les disparités d'un prévisionniste à l'autre!) et la vigilence va être de mise. L'esprit d'initiative également, en plus de la capacité à réagir rapidement. Mais, ne doutons pas de l'arrivée de bonnes nouvelles, en provenance des régions qui sont, en ce moment même, en pleine cueillette. Rendez-vous dans quelques jours!...

PS: Ultimes nouvelles, ce soir, 30 septembre, venant du Layon : Christine Ménard, du Domaine des Sablonnettes, à Rablay sur Layon nous annonce : "On démarre demain (le 1er octobre) avec les gamay. Du meilleur annoncé en fin de semaine. On croise les doigts!..." Pendant ce temps-là, d'autres échos nous arrivent de Bordeaux, où le week-end fut très humide (20-25 mm de précipitation)... sans parler de la grêle, touchant encore le Bergeracois!... Sur la rive droite (et ailleurs!), l'assaut est donné pour ramasser les merlot!... A suivre!...