Dans le Sud-Ardèche et dans la sphère Valvignères-St Maurice d'Ibie-Alba la Romaine-Villeneuve de Berg (ouf!), les doigts des deux mains ne suffiront plus bientôt pour évoquer les talents ardèchois!... Peut-être un jour, appellera-t-on cette zone, ce "cru", la Montagne de Berg, avec toutes ses nuances de sols et d'expositions. Les nuances humaines également, car après le duo Oustric-Azzoni, tous ceux qui se sont installés dans leurs pas, ont démontré que l'admiration qu'ils avaient pour leurs parcours, mais aussi pour leurs vins, ne les empêchaient pas de s'inscrire sur leur propre chemin. Si bien qu'aujourd'hui, le panel de vignerons et de vins est large et passionnant. Il y a les "plus nature que nature", si l'on peut dire et ceux qui penchent vers la "nature maîtrisée". C'est souvent une question de parcours et de... nature humaine.

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~ Grégory Guillaume ~

Vous pouvez certes évoquer le terroir avec ce jeune vigneron désormais installé à Alba la Romaine depuis 2012, mais lui pourrait bien vous prendre au pied de la lettre et répondre en parlant de sous-sol. En effet, originaire d'Epernay, il est arrivé en Ardèche en 2000, en tant qu'animateur spéléo et techniques de cordes. Lors de visites d'avens et de grottes dans le secteur, il rencontre Jérôme Jouret, lui aussi amateur de mélodies en sous-sol. Ainsi, quelques temps plus tard, pendant trois ou quatre ans, il va travailler pour ce qui s'appelle alors le Domaine des Clapas, désormais appelé La Grange Bartas. Il y a pire pour un apprentissage et une option vins nature!... D'autant que la tribu locale est d'un bon soutien.

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Installé dans un premier temps à Villeneuve de Berg, il loue depuis l'an dernier un bâtiment à Alba la Romaine, près duquel il dispose d'1,5 ha de chardonnay et de grenache blanc, pour des cuvées à venir. Pour le reste, les rouges, ses parcelles sont situées au lieu-dit Vaudanoux, sur la commune de Rochecolombe, entre St Maurice d'Ibie et Villeneuve de Berg. Des vignes qui furent d'abord entre les mains de Gilles Azzoni, puis de Vincent Farger, du Domaine des Deux Terres. Au total donc, environ trois hectares et celles-ci, qui doivent devenir le coeur du domaine. A terme, c'est à cet endroit que le vigneron envisage de faire construire sa cave, près de la route, pour peu qu'il trouve deux ou trois autres hectares à exploiter. En attendant, "ses deux blondes", deux très belles juments comtoises, séjournent dans ce paisible hameau.

Dès son installation, Grégory Guillaume a utilisé le cheval dans ses petites parcelles, plantées de merlot, syrah et grenache, sans oublier trois rangs de cabernet et quelques ares d'alicante, qui devront sans doute être arrachés avant longtemps, puisque le terrain est constructible. Avec ce dernier, il a proposé en 2012, un "faux rosé", en pressurage direct, titrant 11,3°. Louforosé, un vrai "glouglou" estival!...

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Les rouges sont au nombre de trois. Le premier, L'Epicurien 2012 est 100% grenache, issu d'une parcelle de 25 à 30 ares. Comme les autres, il est vinifié en macération semi-carbonique, puis élevé en fûts. Le second, Koforabé 2012 (ça l'fera bien, en Ardéchois!) est un duo merlot-syrah, à parts égales. Les parcelles en production ne dépassent guère vingt ares, mais devraient être complétées dans le futur. Enfin, L'Excentrique 2011, assemblage de merlot et de grenache, a passé dix-huit mois en fûts, ce qui lui confère une jolie structure.

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Nous sommes donc là dans un domaine, pour lequel le vigneron pose les fondations. 2013 sera seulement son troisième millésime, la route est longue!... Grégory Guillaume s'inscrit néanmoins dans ce paysage, qu'il envisage de compléter, d'agrémenter par la plantation d'une centaine d'oliviers, pour partie dans trois ans et les autres un peu plus tard. S'il a pris l'option de proposer des cuvées résolument natures et sans sulfites ajoutés, il mesure aisément les éventuelles difficultés, mais apprécie comme il se doit de faire partie de cette communauté de vignerons ardèchois à l'écoute, où la solidarité n'est pas un vain mot. Certes, il ne perd pas des yeux la ligne de vie, comme lorsqu'il s'enfonce dans les entrailles de la Terre, mais il tire parfois sur sa longe, pour aller gratter dans d'autres directions, sans pour autant se mettre en danger. On peut opter pour une certaine singularité sans, malgré tout, négliger de chercher un bon équilibre. Avec Grégory Guillaume, vous pouvez vous lancer dans quelques jolies découvertes à caractère terrestre et vous nourrir de quelques nectars. 

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~ Méryl Croizier, La Vrille et le Papillon ~

Nous voilà au coeur de Valvignères. "Vous ne pouvez pas vous tromper, j'habite juste en face de la coopérative!" Méryl Croizier est un enfant du pays. Qu'il avait quitté naguère, pour faire quelques études, option vin, bien sûr!... Parce que le virus de la vigne l'a atteint voilà quelques années, lorsqu'il faisait les vendanges chez ses grand-parents ou chez Gilbert Conte, voire Gérald Oustric. Pour sa formation, il vise un parcours solide : deux ans à Dijon, en BTS viticulture, deux ans à Montpellier, en oenologie, plus un DESS, à Suze la Rousse, option connaissance et gestion des terroirs. C'est là qu'il rencontre Géraldine, celle qui va devenir son épouse, originaire de Bourgogne. Au terme de leur cursus, ils s'installent à Mâcon, où il est possible de trouver du travail et renforcer ses acquis. Un bagage solide, un peu d'expérience accumulée, Méryl revient au pays avec toute la famille qui s'est agrandie de trois enfants, en août 2011. Cependant, depuis 2009, il a repris quelques vignes, dont les fruits sont destinés à la cave coopérative locale.

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Il se compose ainsi un petit patrimoine de 4,50 ha aujourd'hui, après la reprise des vignes de ses grand-parents (2,80 ha de cabernet sauvignon et syrah, en bio depuis 2001), qui étaient en fermage au profit du Domaine des Vigneaux, dont le vigneron, Christophe Conte, souhaitait se recentrer sur les parcelles dont il était propriétaire. Quelques autres vignes (merlot et viognier) reprises en 2012, appartenant à un vigneron du cru partant à la retraite, désormais en conversion, complètent le panel. Arrivé en 2011, pour assurer les vinifications à la cave coopérative, il intervient désormais chez Christophe Conte jusqu'en 2014.

Avec l'aide importante de ce dernier, il s'installe et met en route son histoire de vigneron, enfin prêt à produire quelques bouteilles en 2012 (18000 quand même). Il semble que Méryl soit quelqu'un de pragmatique. S'il a le projet de construction d'un bâtiment, son chai à barriques se situe actuellement sous la maison familiale, en cours de restauration. Mais, le local, de toute évidence, lui permet de prolonger les élevages en cours dans de bonnes conditions.

Sans doute a-t-il pensé également qu'un premier millésime "laboratoire" serait un bon choix, afin de mieux comprendre les sols et les vignes. Pour cela, il a décidé de proposer en 2012, des cuvées monocépages. Sans doute, à l'avenir, quelques assemblages (syrah-grenache) pourraient apparaître, surtout après les premières plantations programmées, notamment pour réduire la proportion de cabernet sauvignon, au profit du grenache. En évoquant le terme de laboratoire, il ne faut pas cependant croire que le vigneron cède à l'oenologie moderne et aux process mondovinesques!... Ses choix, c'est plutôt levures indigènes, vins non filtrés ni collés, juste un soupçon de sulfite à la mise (25 à 30 mg de soufre total, selon les cuvées) et une bonne gestion des températures de fermentation. Il faut noter cependant que si quatre cuvées ayant suivi ce protocole sont disponibles, trois autres sont en cours d'élevage (en juillet dernier), dont un blanc et un rouge "zéro sulfite".

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De toute évidence, la dégustation permet de découvrir des cuvées bien maîtrisées et des expressions très nettes. Le Caprice du chameau 2012 est un pur viognier, dont les vignes ont dix ans. Première parcelle récoltée, le vigneron avait prévu de vendanger les deux secteurs différents en deux week-ends successifs. Mais, pour le second, l'inquiétude le gagne et il décide de ramasser dès le mercredi. Face aux difficultés que cela provoque, son épouse conteste sa décision et affirme qu'il "fait un caprice, espèce de chameau!" L'identité des cuvées a parfois de curieuses origines, y compris quelque dispute conjugale!... Néanmoins, ce blanc est joliment réussi en l'état : pressurage direct en grappes entières, débourbage au froid, fermentation en cuve, malo faite, tout en laissant un peu de gaz. Le Z blanc 2012 (zéro soufre donc) vient de la même parcelle. C'est une sélection des meilleures maturités, mais entonnée avant la fin des fermentations, à 1080, malo faite, plus de sucres résiduels, sur lies totales sans batonnage (assemblage final de quatre barriques). La mise devait intervenir avant les fortes chaleurs estivales. A noter que le vieux pressoir vertical toujours en état, a permis de presser 500 kg de raisins de viognier en passerillage sur pieds. La cuvée devrait s'appeler V.O. (Version Originale), sorte d'aimable provocation vis-à-vis de la cave coopérative voisine, qui propose elle Vendange d'Octobre!...

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Le rosé, quant à lui, s'appelle Les Fées Papillon 2012 : 100% syrah en pressurage direct, comme un blanc, pour lequel la pointe de gaz apporte toute la fraîcheur voulue. Du côté des rouges, nous découvrons tout d'abord Tous cousins 2012, 100% syrah également, dans une option assez légère, du fait notamment des difficultés rencontrées à cause du blocage des maturités sur ce cépage (macération de huit jours, deux délestages et remontages pour entretenir le chapeau. Cette cuvée nous ramène en Anjou*, mais elle n'est pas cependant en rapport avec les mésaventures d'Olivier Cousin (chose qu'on lui a déjà fait remarquer!), mais se veut plus un clin d'oeil à la population de Valvignères, où tout le monde est plus ou moins cousin... à la mode ardèchoise, comme a pu le découvrir son épouse Géraldine, peinant à les identifier tous!...

Le second rouge, Chapeau Melon 2012 est issu à 100% de merlot de dix ans. Il faut rappeler que c'est le cépage majoritaire sur la commune (du fait de la coopération et du succès des vins de cépage), souvent considéré comme un cépage tout terrain. La couleur est soutenue, l'expression est d'une belle typicité variétale. Nous n'avons pas pu découvrir les deux derniers rouges, Idée reçue 2012, 100% cabernet sauvignon âgés de vingt ans, dont la fermentation se poursuivait encore et Z rouge 2012, qui sera un 100% syrah issu d'une sélection faite à la sortie de la fermentation malolactique.

En terminant la visite par un petit coup d'oeil aux parcelles les plus proches (vignes enherbées un rang sur deux), Méryl se projette dans le futur. Un peu plus loin sur le coteau qui nous fait face, il dispose d'une parcelle d'1,50 ha. C'est bien là, l'extension de son projet, puisqu'il envisage d'y planter des cépages blancs (grenache blanc, roussanne et marsanne) ainsi que de la syrah, afin de bénéficier des effets de l'altitude pour ces vignes. On voit donc à quel point sa trajectoire n'en est qu'à l'avant-projet. Il a déjà pu mesurer la part de solidarité locale, tout en appréciant au passage la qualité des échanges avec les vignerons du cru. Ces vins ne souffrent pas la moindre équivoque, il devrait être un des fers de lance de Vallis Vinaria avant longtemps. C'est ainsi qu'un papillon est venu se poser sur une vrille de vigne...

*: Tous cousins à Angers, le mercredi 2 octobre prochain!... A 14h, aura lieu le procès à l'encontre d'Olivier Cousin. Dès 12h, ceux qui le souhaitent et qui le pourront, sont invités à un pique-nique citadin, non loin du tribunal, du côté de la Place Leclerc. Venez avec votre casse-croûte, Olivier viendra avec ses chevaux et une barrique de vin!... "Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir!..."