Valvignères est un très joli petit village du Sud-Ardèche qui respire l'Histoire. A l'époque d'Auguste (62 av JC-14 ap JC), Pline l'Ancien évoque déjà la qualité du vignoble de Vallis Vinaria. Au Moyen-Âge, ce sont les évêques de Viviers qui vantent les qualités des vins de cette vallée. Cette dernière est large et ouverte, tout à fait différente de la vallée de l'Ibie voisine et parallèle. Ces pentes douces et régulières sont comme une forme de radoub, qui aurait reçu une immense birème romaine navigant sur le Rhône parallèle et voisin, emportée par un flot gigantesque, la soulevant comme un fétu de paille et lui faisant franchir la crête est, la déposant pour finir sur le tin du fond de la vallée!... A moins que ce ne fut un drakkar viking!... (non, je n'ai rien bu, pas encore!). Mais, la présence d'une autre cité antique au bout de cette même vallée, Alba la Romaine, nous fait pencher indiscutablement, pour l'influence de l'Empire romain. La région s'appelait Helvie et ses vins pressés étaient transportés jusqu'à Rome. Un millénaire plus tard, la Seigneurie est toujours réputée pour ses nectars. Plus tard encore, on y signe le 15 juin 1589, un traité de paix entre protestants et catholiques.

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Plus tard, toujours plus tard, le phylloxera et la maladie des vers à soie, la pébrine, tous deux au cours de la deuxième moitié du XIXè, à cause d'une succession d'hivers doux et d'été pluvieux dit-on, allaient pousser les populations vers les villes. D'autant que les arbres fruitiers et la pomme de terre furent également touchés par diverses maladies, à cette même époque. On imagine l'état d'esprit dans nos campagnes, au moment où des conflits majeurs allaient survenir...

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Le recensement de 2008 fait état de la présence de 421 habitants. Avant le phylloxera, on en comptait à peu près le triple, ce qui laisse supposer la part du vignoble dans la vie du village, sans oublier également les mûriers (il en reste quelques vénérables dans la campagne) pour l'élevage des vers à soie. Ces arbres furent importés de Chine et acclimatés notamment par Olivier de Serres (1539-1619), natif de Villeneuve de Berg, négociateur huguenot pour le traité cité plus haut et que l'on qualifie parfois de "père de l'agriculture française", tant ses analyses et son influence furent grandes dès le début du XVIIè siècle, à la demande pressante d'Henri IV.

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Lorsque la soirée s'est prolongée, tard, après quelques agapes (des huîtres venues de Normandie et de Vendée, accompagnées d'un magnum de Nedjma 2008, cuvée venu d'ailleurs, puis la cuisine et la carte des vins de Claire et Jean-Claude), les visiteurs de passages, au fond de leur lit de La Tour cassée, entendent parfois, dit-on, le pas des chevaux résonner sur le pavé de la place du village. La part de mystère de notre séjour à Valvignères...

~ Sylvain Bock , à Valvignères ~

Où vont nos racines?... Comme celles de la vigne, peut-être, lorsqu'elles plongent au-delà, bien au-delà de la couche superficielle de sol qui la nourrit le plus souvent. Sylvain Bock est lyonnais d'origine, fils de parents enseignants, mais aussi petit-fils d'un oenologue alsacien qu'il n'a pas connu, mais... Voilà quelques années, il découvre la Côte Rôtie et Condrieu. Paysages, vignes, terroirs et le vin qu'il déguste dès que possible. Très vite, il se découvre une sorte de vocation de vigneron mais, quelque chose lui dit, côté instinct, qu'il ne fera pas son trou sur ces terrasses prestigieuses. Son objectif premier, c'était le Languedoc. Mais, son chemin fait étape en Ardèche. Des rencontres, un paysage, sa vie se construit ici, avec désormais, sa petite famille.

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Queue de cheval et catogan (qu'il sait quitter, la preuve en image, au point que certains de ses amis le prennent alors pour un célèbre chanteur people!) contribue à lui donner une image. Côté vignes, Gérald Oustric, le GO du village, installé dans la vallée depuis 1998 pour y faire des vins nature, est en pleine décroissance. Petit à petit, il diminue la superficie de son Domaine du Mazel en se séparant des vignes les plus excentrées et en les confiant en fermage le plus souvent, à des jeunes vignerons pleins de niac, de projets et d'espoirs.

Sylvain Bock se lance en 2010, sur 4,5 ha au total. Une jolie parcelle de carignan trentenaire sous le Mazel, où il travaille les sols un rang sur deux, parfois plus quand c'est nécessaire et d'autres d'un seul tenant, au hameau de St Philippe, à trois ou quatre kilomètres : presque 2 ha de chardonnay, 50 ares de grenache blanc et 1 ha de merlot et grenache noir. Les terres sont argilo-calcaires, plus ou moins caillouteuses.

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Dès le début de la conversation, on devine à quel point le vigneron sait qu'il lui faudra du temps pour s'imprégner de sa terre, comprendre ses vignes. Être vigneron, cela reste une aventure personnelle. D'ailleurs, ce qui fait le charme de cette "tribu ardéchoise", c'est qu'on a le sentiment que chacun trace sa route. La solidarité n'est pas vaine, mais tous les vignerons du cru exploitent leur faculté d'analyse, ce qui les pousse sur leur propre chemin. Ils savent néanmoins se retrouver, même si certains s'inscrivent dans une gamme plus carrée et d'autres vers des cuvées à forte personnalité. En tout cas, toutes les composantes du groupe savent s'étonner du contenu de leur verre, ce qui fait leur force, sûrement.

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Lors de son installation, Sylvain devait vinifier dans la cave de Gérald, au Mazel, sorte de forteresse bigrement bien pensée pour des vinifications par gravité, de la réception de la vendange à la mise en bouteilles. Mais, Andréa Calek, dont la nouvelle cave était en construction, disposait encore là de quelques cuves. Du fait de la réglementation en vigueur, trois vignerons sur le même site, c'est un de trop, au moins!... Il a donc été jugé plus simple que Sylvain s'installe dans la grange au sol en terre battue, occupée auparavant par le vigneron tchèque. Celle-ci est une dépendance d'une maison occupée par un tiers, quelque part entre le champêtre terrain de football du club local et la cave coopérative du cru et ses odeurs de marc et d'autres encore, plus sulfureuses... Ce qui tend à démontrer la précarité de certaines installations. De plus, un bâtiment rustique sans isolation exige une grande dépense d'énergie afin de s'adapter. Il a d'ailleurs perdu cette année 5 hl de merlot, suite à une défaillance du pressoir. Néanmoins, on trouve là des cuves de syrah, grenache blanc vinifié seul pour la première fois, chardonnay et grenache noir. Le stock est entreposé au Mazel, ainsi que quelques fûts de chardonnay. D'autres barriques de ce même cépage, millésimé 2010, sont encore entreposées dans la cave, sous la maison de son propriétaire.

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Lors de notre passage, Sylvain, se trouvant à une époque charnière qu'il devine décisive de sa vie de vigneron, nous a expliqué à quel point les premières années d'une installation étaient un véritable parcours du combattant!... Au terme de cette troisième vendange, il a le projet d'acheter un bâtiment existant, mais recherche dans un même temps, un terrain constructible. Chaque mois qui passe semble le rapprocher de l'urgence et les formalités incontournables sont des préoccupations quotidiennes, dans lesquelles interviennent moult conseillers et interlocuteurs institutionnels.

Certains soirs, il trouve refuge auprès de sa compagne et de ses deux fillettes, dont les rires et sourires sont autant de soupapes indispensables au stress engendré, notamment par cette période de vendanges et cette année 2012 plutôt difficile. Dans quelques temps, il sera certain d'avoir fait le bon choix pour lui-même et sa famille. La part d'incertitudes sera évacuée, n'en doutons pas, par les avis d'amateurs de passage et quelques cavistes et professionnels, découvrant les jolies cuvées du domaine : Ne fais pas sans blanc 2011, duo de chardonnay et de grenache blanc de cuve, L'Equilibriste 2011, un très beau chardonnay passé en fûts.

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Au fil de cette dégustation, on peut découvrir que Sylvain est très attentif aux soins qu'il prodigue à ses vignes. Il approche la biodynamie, plus par curiosité pour le moment, mais s'intéresse surtout à l'utilisation des plantes, afin de limiter l'utilisation du cuivre notamment. De toute évidence, l'année 2012 sera pour tous un révélateur. Sur le domaine, la quantité de cuivre à l'hectare a été presque triplée par rapport à 2010, tout en restant largement en dessous de la norme bio admise. Et pour ce qui est du soufre, dix passages furent nécessaires (six "mouillables" et quatre poudrages). C'était là, la seule façon de sauver le raisin cette année, notamment de l'oïdium, qui affecte gravement les vignes de nombre de ses voisins en conventionnel.

Et si on découvrait ces rouges?... In Extremis 2010, le merlot de cuve plein de charme, puis ce carignan si proche de sa limite nord, Bascule 2011. Ce cépage, très apprécié du vigneron pour tout ce qu'il offre, année après année, dans toute sa diversité. Solide en 2010, avec ses 13° nature, un véritable canon de soif, avec un haut coefficient de torchabilité et ses 12° en 2011 et sa structure médium en 2012 et 12,5°. Les Grelots 2011, merlot et syrah passés en fûts, plus grenache de cuve, compose ce qui est un peu le porte-étendard du domaine. Comme Raffut 2011, la syrah trentenaire éraflée à la main et passée en fûts, elle aussi, n'est pas en reste, attendez-vous à faire une belle découverte sur ce versant de la Vallis Vinaria!...

~ Andréa Calek, à Alba la Romaine ~

L'Ardèche viticole, notamment les territoires un peu à l'écart du Rhône nourissier, ne s'est pas seulement attachée à encourager les installations de ses fils (et de ses filles, pourquoi pas?) nés dans le giron de la viticulture locale. D'ailleurs, aurait-elle pu le faire sur les mêmes bases que tous ces voyageurs, venus là, un peu comme vers une terre promise, passionnés de nature?...

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Pose-t-on là ses valises par hasard? Allez savoir!... Pour Andréa Calek, natif de Bohème, en République Tchèque, la vallée de Valvignères a sans doute des airs de refuge. C'est un personnage hors du commun, Andréa!... Installé là depuis 2007, même s'il est en France depuis les années 90, son histoire confine désormais à la légende. On a tout dit et tout lu à son propos!... Cela ne manque pas de l'amuser et certains de ses compères vignerons de la région disent parfois qu'il en joue. Tour à tour déserteur de l'armée tchèque lorsqu'elle était derrière le rideau de fer, vinificateur d'un premier vin de... groseilles, dès l'âge de seize ans, chez sa grand-mère, en Tchécoslovaquie à l'époque, mannequin ici ou là, puis de retour en France après la chute du Mûr et découvrant par hasard un vin de Max Breton, en Beaujolais, qui allait être comme une révélation canonique (canon'hic aussi!) et définir plus clairement son avenir.

Après avoir voyagé en Europe, il se fixe comme objectif de découvrir Rio de Janeiro! Pour cela, il passe par... Nice! Il y rencontre la mère de ses enfants et se dit qu'il faut bien faire quelque chose. Dans le Sud-Est, d'abord les oliviers, puis la vigne. Il passe notamment par le Domaine Hauvette et y rencontre un jour, un vigneron ardèchois de passage en Provence : Gérald Oustric. Banco! Ce sera donc l'Ardèche!... De tout ce qui précède, à vous de démêler le vrai du faux!...

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Aventurier?... Peut-être, mais aussi les pieds sur terre. Celui que d'aucuns surnomment parfois le post-punk tchèque (ou le "punk-rocker des winemakers!) dit de lui-même que souvent, il clame ce qu'il doit faire, mais se rend compte que c'est tout le contraire qui se réalise. Ainsi, pour lui, l'idéal serait de produire un seul vin blanc et un seul vin rouge, mais pourtant, dès ses premières vendanges, les cuvées se multiplient. Même si, désormais, il cerne mieux son avenir, côté cave.

Parfois, on a un peu le sentiment qu'Andréa serait une sorte de musicien qui dirait haut et fort qu'il ne peut pas jouer Mozart, par goût ou par feeling, mais qui, après une ou deux vodkas de plus, se met à jouer comme personne ne l'a jamais entendue, Eine kleine Nachtmuzik!...

En 2007 donc, il récupère, auprès de Gérald Oustric, une grande partie des 5,5 ha dont il dispose, sur le hameau de St Philippe le Haut, sur la commune d'Alba la Romaine. Il y a là grenache, syrah, chardonnay, viognier... Dès le premier millésime, la cuvée A toi nous, qui apparaît sur le marché le troisième jeudi de novembre, fait un tabac!... Très vite, avec le soutien de son mentor Gérald, il s'installe au mieux et d'autres vins voient le jour : Babiole (grenache et syrah), Châtons de garde (pure syrah) ou Pénultième, pure syrah également, dont la version 2010 a macéré trois mois et dont l'élevage a duré un an et demi en fûts. Côté blanc, un seul vin, Blond, dont la version 2009 est un pur viognier et le 2010 un pur chardonnay. Blanc 2008 était également un viognier, issu d'un long élevage.

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A noter que Blonde, le pétillant naturel très prisé des amateurs, disparaît à compter de cette année. Il va donc lui rester un blanc et trois rouges, peut-être deux si Pénultième disparaît également. Grande Arnaque 2008 (le vin mystère!) était voué à l'éphémérité.

En 2011, il devient lui aussi bâtisseur. Un superbe bâtiment, où le bois domine, apparaît dans le paysage, moyennant le sacrifice de quelques arpents de vigne. Notre petit groupe le découvre en fin d'après-midi. La porte du cuvier s'entrouvre : "Si vous voulez boire un coup, c'est par ici!..." Qu'à cela ne tienne!... Andréa ne se perd pas en salamalecs. Il dit volontiers que l'accueil, façon bureau de tourisme, n'est pas son fort. Une certaine timidité se cacherait-elle derrière cette carapace?... Pourtant, en soirée, autour de quelques huîtres et sous le platane de La Tour Cassée, le vigneron montre sans arrière-pensées, qu'il sait rire et sourire.

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Il avoue qu'il est assez content de ce millésime 2012, malgré le travail imposé en mai et juin par les conditions climatiques et les particularités de l'année. Lui qui vendange toujours en août, la cueillette des rouges s'est prolongée jusqu'à la mi-septembre. Exceptionnel pour lui!... Rappelons que tous les vins naturels et sans soufre du domaine sont issus de macération carbonique et passent en fûts. Mais cela sans doute aussi, parce qu'il dispose de conditions favorables auprès de la Tonnellerie François Frères, de St Romain, en Côte d'Or, pour obtenir un choix de barriques à sa convenance, avec les chauffes voulues. Et cela du fait qu'il est aussi leur agent en République Tchèque, dont le vignoble et peu connu (Moravie et Bohème), mais rappelle sur bien des points (les cépages notamment) le vignoble autrichien. A l'inverse, il est aussi parfois le "tour opérator" de ses compatriotes, lorsqu'ils découvrent le sud-est de la France.

Un vigneron qui mérite également le détour, dans cette vallée truffée de talents. Un bon moment à passer également, lorsque Andréa évoque ses relations avec les instances officielles locales... Il faut admettre qu'il n'est pas simple pour un Tchèque de digérer toute la réglementation française et faire la part des choses entre ce qui est permis, le toléré et l'interdit!... Mais, comptez sur lui pour traiter cela avec l'humour nécessaire.

~ Jérôme Jouret, à Villeneuve de Berg ~

Pour tout dire, nous avions quelques scrupules à insister pour rendre visite à Jérôme Jouret, lors de notre séjour. Si certains vignerons de la région ont rentré la vendange depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, ce n'était alors pas le cas du vigneron du Petit Tournon, à la tête, il faut le souligner, d'un assez grand domaine pour la région. Pas moins de 13 ha au total, sur des parcelles parfois distantes, comme cette vieille clairette à Payzac (pas moins d'une heure de route!), dans les Cévennes calcaires.

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Cependant, Jérôme et Stéphanie s'attachent à recevoir leurs clients le samedi matin, même si, comme ce jour-là, la matinée fait suite à l'ultime journée de cueillette, célébrée comme il se doit en soirée, avec les vendangeurs... Comme nombre d'amateurs le savent désormais, le Domaine des Clapas, créé lors de son installation en cave particulière en 2006, doit changer de nom, pour cause d'identité de cuvée déposée par un domaine du Grand Sud. Rageant, lorsqu'on sait la difficulté à trouver un autre nom évoquant la région et son attachement à celle-ci. En ce samedi, Jérôme confirme qu'il lui reste très peu de temps pour renommer son domaine, notamment du fait des étiquettes à produire très vite et sachant qu'il ne souhaite pas voir son nom rester sur celles-ci.

Si pendant dix ans, la reprise du domaine familial s'est faite à destination de la cave coopérative locale, un jeune vigneron du cru rencontre fatalement un jour les deux G (génies ou géants, leur modestie fut-elle mise à mal!...). Vous aurez reconnu là Gérald et Gilles, qui lui firent découvrir très vite les vins dits nature, un concept qu'il adopta d'abord prudemment (10% la première année), mais la proportion de vins sans soufre et sans intrants augmente petit à petit.

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Jérôme Jouret est sans doute plus fourmi que cigale. Curieux et méthodique à la fois. Ne faut-il pas l'être pour produire bon an mal an dix-neuf cuvées et deux de plus cette année!?... Les vendanges, cépage par cépage, débutant le 25 août et finissant le 6 octobre (sans compter les vendanges tardives plus tard encore) en sont le plus clair exemple.

Il s'est doté, soulignons-le, d'un outil fonctionnel et quasi idéal, qui a du inspirer ses voisins des Deux Terres notamment. Un bâtiment gagné sur les couches d'argile, idéales pour le sauvignon. Un vaste cuvier bâti à partir de 2004, complété de deux chais à barriques apparus dès 2006, l'un destiné aux blancs et l'autre aux rouges, du moins pour les cuvées élevées en fûts et demi-muids. Dans le cuvier, les matériaux cohabitent, bois, inox et béton. Ce sont deux pressoirs verticaux qui sont utilisés. Par gravité, les jus intègrent les cuves ou les barriques, selon leur destination. Les blancs sont débourbés dans un tank à lait situé sous les pressoirs.

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Au domaine, l'encépagement, en terme de surfaces, est plutôt équilibré, mais en terme de volume, les rouges dominent (200 hl) du fait des rendements moyens de 30/40 hl/ha. Pour les blancs, c'est plutôt 120 hl au total, soit 15/20 hl/ha. Jérôme Jouret ne travaille pour ainsi dire pas les assemblages, par goût tout simplement. Il apprécie et joue du duo cépage-terroir, pour créer sa partition. Les vignes sont situées pour l'essentiel dans cette vallée de l'Ibie. Parfois sur des côteaux argilo-calcaires assez caillouteux pour syrah, grenache et viognier, mais plutôt sur des sols plus lourds, alluvionnaires, pour cabernet, merlot, chardonnay ou encore certains sauvignon.

Les cuvées résolument nature sont toutes proposées désormais en Vin de France, dans toute leur diversité, ce qui explique sans doute en grande partie, le succès de la gamme proposée par Jérôme, sans oublier leurs noms évocateurs : L'Ivraie (ugni blanc), La Chasse aux Papillons (sauvignon), La Clef des Champs (chardonnay) ou Les Fleurs Sauvages 2010 (viognier) pour les blancs ou encore, Pas à Pas (carignan, grenache, alicante), à la texture très aérienne et épicée en 2011 ou le très joli grenache En avant doute 2011, petite merveille d'équilibre et de fraîcheur, marque indélébile du domaine, sans oublier Java 2011 (grenache-syrah) dans le genre glou-glou ou encore Sueurs Froides 2009, issu de presses de grenache à gestation lente et incertaine, d'où le nom.

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Excellente conclusion donc à cette virée ardéchoise, qui ne peut que souligner la diversité proposée dans cette contrée. Pas si difficile que cela, finalement, de lui rester fidèle!... Nous y retournerons avant longtemps d'ailleurs, parce que nous devons une revanche à Gérald Oustric, mais aussi parce que d'autres talents y vivent. Non loin de chez Jérôme Jouret, un jeune vigneron débute à peine, travaillant ses vignes avec le cheval, Grégory Guillaume et n'oublions pas Hirotake Ooka, de La Grande Colline (traduction de son nom de famille) à St Péray, japonnais passionné et si attentif qu'il craignait de ne pouvoir nous recevoir dans de bonnes conditions, tant il veillait, heure par heure, sur ses cuves en cours de fermentation!... Sans oublier les "nordistes", tels Hervé Souhaut, du Domaine Romaneaux-Destezet, à Arlebosc ou encore Jean Delobre, de La Ferme des Sept Lunes, à Bogy voire Daniel Sage, à St Sauveur en Rue.

Amis amateurs passionnés, vous pouvez imaginer passer quelques jolies vacances dans la région!... Mais, ne tardez pas, il ne faudrait pas que nous soyons les derniers à découvrir et apprécier ces nectars. En effet, les Nordiques, les Japonais et les Nord-Américains aspirent déjà quelques jolis volumes. Et Londres, depuis peu, trépigne, au fil des ouvertures de plus en plus nombreuses de bars à vins nature sur les rives de la Tamise!... Oh my god!...