A la croisée de novembre et décembre, on s'attend parfois à ce que la douceur d'une arrière-saison automnale laisse place aux premiers frimas. C'est bien ce qu'annonçait la météo nationale pour ce dernier week-end de novembre, mais pourtant, les deux salons de cette fin de semaine se déroulaient par des températures des plus modérées et agréables.

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Avant de flâner au bord du Layon le dimanche (notez à quel point son niveau est bas pour la saison, très loin des dramatiques hauteurs d'eau des fleuves côtiers du Sud-Est, ces derniers jours), il était bon également de passer par Saumur et plus exactement la commune voisine de Bagneux, où se déroulait la première édition de Saumur So Bio, réunissant une bonne vingtaine de vignerons du cru, défendant la pratique d'une agriculture biologique, au coeur des appellations Saumur et Saumur-Champigny.

Était-ce le fait que ce salon se déroulât dans les locaux d'un ancien domaine viticole appelé Domaine de la Bergère qui valut aux organisateurs un premier coup de semonces, sorte plutôt triviale de réponses des bergers à la bergère, avant même l'ouverture des festivités, ou l'organisation simultanée d'un autre salon regroupant des productions plus conventionnelles dans cette noble ville de Saumur, toujours est-il que les commentaires parus sur Saumur Kiosque, suite à la petite conférence de presse des organisateurs de Saumur So Bio, ont contribué à mettre le feu aux poudres, ce qui en soi n'est pas forcément anachronique, dans une ville qui compte (ou comptait) nombre d'artilleurs et de blindés en tous genres!... En joue, Saumur bio, feu!...

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A l'ouverture de cette néanmoins très sympathique manifestation, on pouvait deviner chez certains des organisateurs et responsables de la toute nouvelle association, que les propos tenus par quelques-uns de leurs "collègues" et voisins risquaient de laisser quelques traces, à l'heure où il arrive qu'on partage un p'tit blanc, toutes agricultures confondues, aux rares comptoirs encore ouverts dans les villages du Saumurois. D'autres ne pouvaient manquer de rappeler à cette occasion que cette virulence verbale et souvent écrite sous couvert de pseudo divers et variés, traduisait bien ce qui sépare encore les tenants de méthodes traditionnelles, de ceux qui militent, parfois fermement, pour une approche plus saine et attentive de la viticulture. Les premiers s'estimant injustement attaqués, les seconds rappelant à quel point les instances locales revêtent parfois les habits de despotes intolérants, voire tourmenteurs. Alors, maladresse verbale ou réactions épidermiques déplacées, chacun reste juge et filons déguster!...

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Saumur So Bio réunissait donc quelques talents de la région, certains vus et bus lors de diverses manifestations passées ou habituelles, puisqu'on trouvait là notamment quelques référents régionaux comme Philippe Gourdon et Thierry Germain par exemples, ou encore Éric Dubois, du célèbre Clos Cristal et bien sur des jeunes vignerons, qui se sont attaqués depuis quelques années déjà, à la face nord de la notoriété, non sans connaître de belles réussites et proposer ainsi de non moins belles quilles!...

Il faut citer là Aymeric Hillaire, du Domaine Mélaric, qui proposait Billes de Roche et Cerisaie, tant en blanc qu'en rouge, dans les millésimes 2011 et 2012, ainsi qu'un joli liquoreux 2011, dans le genre confidentiel et remarquable. Un président de So Bio à la hauteur!... Citons encore Antoine Sanzay, qui n'hésitait pas à mimer pour l'assistance la butte des Poyeux façon tai-chi, entre un verre de La Haye Dampierre 2013 et des Poyeux 2012, dans le genre cabernet franc qui peuvent aisément vous mettre dans un état second.

005Non loin de là, c'est Adrien Pire, frère jumeau de Guillaume, qui représente le Château de Fosse Sèche en ce samedi, avec Arcane 2013 et Eolithe 2011, toujours au top. Adrien, qui semble avoir pris ses marques à l'occasion de ces salons, où il faut parfois composer avec des clients potentiels aux connaissances diverses et variées, voire aux à priori quelque peu tenaces.

Lorsque le monde se presse dans cet ancien caveau de pierre blanche, sorte de couloir de correspondance (presque façon métro parisien) entre les époques viniques, il faut quand même prendre le temps de dialoguer avec Xavier Caillard, qui est toujours à Brézé, dans ses Jardins Esméraldins, mais qui va sans doute glisser avant longtemps vers l'ouest du Saumurois, pour se rapprocher de la frontière angevine. Une évolution importante, que nous pourrons sans doute évoquer sur pièce, dans quelques temps. En attendant, on se régale avec la trilogie des blancs secs, 2001, 2000 et 1999, sans oublier le 2001 liquoreux, qui oscille entre art liquide et magie des saveurs, avec son élevage de neuf années!... Le rouge 2003 est absolument au top (s'il vous en reste, tentez quelque chose avec une jolie préparation de foie de veau par exemple!), alors que le 2006, plutôt dans une phase de retrait, risque d'être tout simplement étonnant dans quelques années!...

On peut aussi citer les cuvées du Chateau Yvonne, de Mathieu Vallée, dont le parcellaire Le Gory 2011, Saumur blanc sous l'influence de l'élevage à ce stade, mais au potentiel intéressant, ou encore les vins de Loïc Terquem, installé depuis début 2009, sur les quatre hectares de La Folie Lucé, avec notamment L'Ecart 2013, un Saumur blanc issu de 37 ares d'un sol argilo-calcaire. Ultime découverte du jour, les vins de Gil Caborderie, installé depuis février 2012, du côté de Doué la Fontaine, dont nous aurons l'occasion de découvrir vignes et domaine avant longtemps.

020Du côté de St Aubin de Luigné, les Anges Vins donnaient rendez-vous à leurs fans ligériens pour la neuvième année consécutive (attention à la 10è en 2015!). Malgré les absences des Cousin, Leroy, Bernaudeau et autre Angeli pour diverses raisons, dont parfois le manque de stock, il y avait là matière à découvrir quelques cuvées récentes de la région du Layon. En plus de ces quelques absences, notons aussi la présence de la nouvelle génération à la table des Ménard, ainsi qu'à celle des Mosse, sans oublier Charly Robineau (et sa calculatrice téléphonique infaillible!) qui oeuvrait pour sa part à celle du Domaine de Bablut, Christophe Daviau se contentant, pour un dimanche, de jouer le rôle de manipulateur de diable, le moment venu. Rappelons au passage que cette dégustation-vente, à quelques semaines des fêtes, permet aux vignerons de rencontrer leurs clients et d'écouler des quantités non négligeables de flacons, ce qui tend à démontrer que cette manifestation atteint bien, au moins, l'un de ses buts.

Nous avons donc pu y croiser Toby Bainbridge qui proposait deux 2014 dans le genre tonique et frais : le grolleau Rouge aux Lèvres et le pet' nat' rosé La Danseuse. Le plus angevin des Britanniques ayant, semble-t-il, trouvé son rythme de croisière en précisant sa feuille de route (en anglais, the roadmap!), lui ouvrant petit à petit son horizon et préservant au passage son humour so british. Une gamme sincère et fraîche en toutes circonstances à ne pas oublier.

De son côté, Jean-Christophe Garnier propose toujours une série originale et spontanée, avec une gamme aromatique et un style que les amateurs connaissent bien désormais. A suivre, La Roche-Bézigon 2013, rencontre des deux rives du Layon et La Roche 2012, deux jolis blancs, puis le pet' nat' 2009 disponible depuis l'été dernier, ainsi qu'un assemblage rouge de gamay et de pineau d'Aunis.

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A l'extrémité de la même rangée, non loin de la cuisine, où bouillonne doucement la soupe incontournable et irremplaçable de Mileine Oosterlinck, Didier Chaffardon propose une série colorée qui ne manque pas d'étonner. Le vigneron s'amuse souvent des réactions de ses interlocuteurs-dégustateurs, tout en appréciant la visite de ce qu'il convient d'appeler ses "fans"!... Au programme, Douze heures angevignes, L'Ailé faon rose d'un jour, Le Rouzé 2012, Clopin Clopant 2013, catégorie grolleau tonique, L'Incrédule 2012, à la longue cuvaison de sept mois et la stupéfiante Confiturine 2011, sorte d'ovni (objet vinique non identifié!), titrant moins de 1° (non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!) et totalisant pas moins de 550 gr de sucres résiduels!... Les plus inconditionnels, dit-on, en tartinent leur tranche de cake à l'heure du thé (oh my god!) !... Mais, cela ne tient-il pas désormais de la légende chaffardonesque?... Allez savoir!...

016Passage ensuite à la table du Domaine de Juchepie, où Eddy Oosterlinck propose toujours une remarquable série de chenins, du plus sec, Les Monts 2011, aux plus moelleux, La Passion 2010 qui ne manque jamais d'étonner, ainsi que Quintessence 2011, objet de toute l'attention des passionnés, ne manquant pas, quant à eux, de profiter longuement du moment. Ce qui est aussi l'occasion pour le vigneron de Faye d'Anjou d'évoquer ses nouvelles plantations sur un coteau "historique du Layon" défriché, donnant beaucoup d'espoirs (avec aussi la perspective de voir son fils se joindre à l'aventure d'ici quelques années), mais également de faire part de son désarroi face à la présence de drosophila suzukii, la mouche qui fait le buzz, détruisant parfois la vendange en cours de concentration en sucre et destinée à la production de liquoreux. Résultat au domaine, les raisins restants sont toujours sur pieds ou à terre et ce n'est malheureusemnt pas la première fois!... Comme avec d'autres producteurs, Eddy se met à espérer un hiver rigoureux pouvant peut-être enrayer le phénomène, voire permettre un rééquilibrage naturel de la chaîne alimentaire, alors même que l'identification d'un prédateur de l'insecte n'est pas avérée à ce jour. Dans le vignoble, il semble que l'on passe, en cette fin d'année, de la crainte pour l'avenir, d'une production très irrégulière de liquoreux (mais faut-il qu'elle soit nécessairement annuelle? diront certains, tentant de positiver, au regard de la demande de ce type de cuvées...), au déni, chez d'autres, de l'existence même du problème, alors qu'une réponse à l'aide de produits phytosanitaires (qu'ils soient naturels ou de synthèse) n'est pas annoncée pour l'avenir immédiat. On serait tenté imprudemment peut-être de s'en réjouir, mais c'est sans doute sans compter sur l'efficacité de quelques apprentis-sorciers de laboratoires de la chimie moderne!... Gageons qu'il conviendra certainement d'être vigilant, lorsque certains annonceront qu'ils connaissent la réponse au problème, forcément la panacée!...

019Après la dégustation d'un bol de soupe pour Madame PhR et d'un traditionnel sandwich au boudin noir pour ma part, transition plutôt fulgurante avec les cuvées toujours très nature de Babass : Brutal (en liaison avec les sudistes de La Sorga), Roc Cab' et Groll'n Roll, le tout dans les versions récentes et disponibles. A ses côtés, Jean-François Chéné et les cuvées de son domaine, La Coulée d'Ambrosia. Le vigneron de Beaulieu exprime aisément à quel point sa production correspond pleinement à sa sensibilité personnelle et à l'idée qu'il découvrit un jour, une autre façon de faire du vin, loin des canons de l'oenologie moderne certes (comme d'aucuns n'ont pas manqué de lui dire certains jours!), mais beaucoup plus proche de la construction de cuvées sur le fil parfois, mais expressives et intenses. La série proposée - Boit sans Soif 2012 (grolleau), Les Joues Rouges ou Panier de Fruits 2012, L'O2 fruits 2010 et Aphrodite 2009, sorte de vin de voile venu d'ailleurs, ou le plus jurassique des vins du Layon, illustre bien les intentions du vigneron. A revoir impérativement avant longtemps, sur pièce.

On n'oubliera pas la très cohérente série du Domaine de Bablut, ni le trio proposé par Stephan PZ, dont Un bout de chenin 2013, toujours égal à lui-même, dans le genre droit et frais, ainsi que Le Gué des Mûriers 2013 (grolleau) et La Pièce de la Barrière 2012, un cabernet franc angevin absolument sans soufre, de Bruno Rochard. Enfin, rendez-vous est désormais quasiment pris avec Benoît Courault, afin de découvrir quelques parcelles produisant et proposant une gamme connaissant de plus en plus de fans, comme, par exemple, le liquoreux étonnant La Faîne 2010, qui s'élève sans nul doute au niveau des Rouliers et autre Gilbourg, fers de lance du domaine.

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Agréable promenade en Layon donc, sous le soleil exactement, avant même que l'hiver ne daigne séjourner dans notre région... Avec d'autres salons, de Bruxelles à Paris ou de Rablay sur Layon à St Julien l'Ars, autant d'occasions de croiser le verre, en attendant les plus grands rendez-vous de Montpellier et d'Angers ou Saumur, fin janvier et début février 2015. D'ici là, belles fêtes de fin d'année à toutes et tous, visiteurs salonesques!... Portez-vous bien, abusez des bonnes choses, mais toujours avec modération!...