A peine quelques heures de route, un petit groupe qui se forme et nous voilà à St Émilion pour la journée!... Deux visites au programme de celle-ci : le Château Pavie-Macquin, Premier Grand Cru Classé, depuis la dernière révision du classement, en septembre 2006 et, non loin de là, le Château Bellevue, d'André Chatenoud, à Lussac-St Emilion.

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Deux univers, à quelques kilomètres l'un de l'autre. Même si le premier (que dis-je, le Premier!) n'a jamais fait d'esbroufe, on perçoit aisément que le château a désormais un rang à tenir, même si la dernière décennie lui a permis de démontrer, verre en main, tout le potentiel du cru et le travail de qualité effectué, à longueur d'année, sous la houlette de Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt, ce dernier, "né", en quelque sorte, sur la côte Pavie, au début des années quatre-vingt dix!... Saluons, au passage, le parcours d'un jeune vendangeur, venu la guitare en bandoulière du pays des Ch'tis et qui est devenu, le temps de quelques millésimes, Stéphane le Syrien (cf RVF de mai 2008)!...

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A Pavie-Macquin, il arrive que l'on ressente une atmosphère particulière... Est-ce le site lui-même, parcouru par quelque brise de pente?... Cette vue sur Pavie, Ausone et la plaine de St Émilion, lorsqu'on prend le temps de se glisser sous les majestueuses silhouettes des grands chênes, au sommet, ou presque, de la Côte?... A moins que ce ne soit cette petite maison en pierre et le chai à quelques pas....

On y arrive par une rue étroite, puis par un chemin de terre tortueux à souhait, façon route de montagne. Point de portail, ni de gravier blanc peigné chaque matin!... On qualifie souvent ce domaine de "cru paysan"!... Et cela lui va bien!... D'ailleurs, par temps pluvieux, gare à vos chaussures!... L'argile de Pavie-Macquin pourrait bien rester collée à vos basques!... Les vendangeurs des millésimes difficiles s'en souviennent!...

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Depuis quelques années, c'est Sarah Wright, Irlandaise venue de Cork, voilà six ans, et collaboratrice de Nicolas Thienpont, qui accueille les visiteurs. Cordiale et sympathique, elle les guide dans les vignes, pour évoquer, avec franchise et conviction, le terroir hors du commun du lieu, puis vers le cuvier, pour parler longuement de sa passion pour les vinifications et le travail au chai.

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Forte de cet enthousiasme communicatif, elle nous convie ensuite à une dégustation très intéressante (et rare!) sur le millésime 2007 : quatre échantillons issus de cuves et zones distinctes, puis ce qui sera l'assemblage final, pour quelques 60 000 bouteilles (47 000 en 2006)!... Millésime difficile certes, mais plutôt une jolie réussite ici, au point que, lors de la sortie des Primeurs, le 3 juin dernier, tout fut vendu en une heure!... A un tarif des plus attractifs, il est vrai!...

Au château, l'encépagement actuel (84% merlot, 14% cabernet franc et 2% cabernet sauvignon) se retrouve, le plus fidèlement possible, dans le Grand Vin final. La culture biodynamique, instaurée par Maryse Barre, à la fin des années quatre-vingt, n'est plus revendiquée de nos jours. On est plus dans une logique "bio raisonnée", avec enherbement entre les rangs.

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- Daphnée 2007 :
Une cuve de merlot, des vignes de 35 ans en moyenne, situées près du chai. Du fruit rouge croquant, tant au nez qu'en bouche. Un support acide soutenu!... Net et frais. Le punch de l'assemblage final!...

- Cunégonde 2007 :
Du merlot encore, issu de vieilles vignes (60 à 70 ans) sur calcaire. Le vin est noir!... Et assez fermé au nez. Même en bouche, l'expression est en retrait. A la longue, on est plus sur la pureté minérale, avec une finale relevée par une belle acidité.

- Berthe 2007 :
Du merlot toujours, des vignes d'environ 35 ans, sur une belle zone argileuse. Assez fermé au nez!... Moins de prise de bois à ce stade. Belle expression, mais les tannins sont serrés, stricts, strong!... Droit, solide, monacal!... C'est du lourd!... Berthe aux grands pieds!...

- Julie 2007 :
Le coup de coeur de Sarah!... Du cabernet franc. Assez discret, nuancé. De la fraîcheur pour ce CF mûr!... Extraction contenue. Très jolie buvabilité, très Loire!... Des tannins fermes, mais un apport certainement intéressant au final!... On se demande... si une plus grande proportion de ce cépage...

- Assemblage final 2007 :
En quelques instants, on comprend mieux l'intérêt d'un tel assemblage!... Superbe flacon, délicatement réglissé, séducteur. Belle structure, sur la puissance, même si les sensations, y compris sensorielles, se succèdent. C'est du solide! Avec une forme d'austérité, qui confine à la noblesse de constitution, attendue pour un tel cru. Beau potentiel de garde.

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Après s'être agréablement restaurés (voir par ailleurs), nous prenons l'orbite des satellites de St Émilion : St Georges, Montagne, Puisseguin et Lussac, pour une visite au Château Bellevue, en AOC Lussac-St Émilion. André Chatenoud ne peut nier ses origines savoyardes. C'est peut-être pour cela qu'il s'est installé, naguère, non loin de Montagne... St Émilion!... Les installations sont regroupées dans le cadre d'une jolie chartreuse bordelaise du XVIIIè, comme le précise la carte postale à disposition des visiteurs. Toutes les installations?... Pas tout à fait. Si vous disposez d'un peu de temps, le vigneron ne tardera pas à vous proposer la fraîcheur de sa cave. Après avoir déambulé dans les vignes, un portail dans la pierre vous permettra d'accéder aux quelques trois hectares d'une ancienne carrière souterraine de pierre blanche, celle-là même qui a permis de bâtir nombre des splendides bâtiments de la capitale girondine et que d'aucun, vendangeur-tailleur de pierre, sculpte, non sans talent, à l'occasion.

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Le domaine compte une douzaine d'hectares de vignes, regroupées autour du château. On trouve là 95% de merlot et 5% de cabernet franc, voire même, quelques pieds de carmenère, cépage qui pourrait être réhabilité, en réapparaissant dans le décret d'appellation avant longtemps. L'ensemble est désormais en culture biologique depuis 2002. André Chatenoud s'avoue quelque peu perplexe quant aux modes de vinification choisis çà et là : égrappage, mise en cuve sans foulage, puis élevage sur lies... Il est certainement plus le tenant de choix plus traditionnels, moins chargés de risques.

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Tout en continuant à deviser aimablement, nous avons pu apprécier plusieurs millésimes du Château Bellevue : 2005, puissant, à la structure équilibrée, mais pas encore tout à fait homogène (le plus grand vin fait au domaine, selon le vigneron!). 2003, assez typique de cette année hors normes, mais avec un bon potentiel de garde. 2001, moins riche, mais plus tendu et désormais, à boire, puis 1999, à la matière nettement en retrait et sur des arômes tertiaires, des notes façon gibier et humus.

Pour finir, à noter, une cuvée plutôt expérimentale, associant 1/3 de carmenère et 2/3 de merlot, Bixta Eder 2004, en langue basque dans le texte (Madame Chatenoud est originaire de l'extrême sud-ouest!...) et un très beau 2000 du château, très agréable, homogène, cohérent, dans la fleur de l'âge!...

Jolie journée donc, au pays de St Émilion, contrée bordelaise où l'on a plaisir à voir se côtoyer de tels grands crus et des domaines restant accessibles, tant pour ce qui est de l'accueil que des tarifs pratiqués départ cave. Il faut dire que les amateurs avaient tendance à oublier que Bordeaux gardait jalousement cette face cachée!... Indiscutablement, elle mérite votre regard!...

Bientôt, un autre rendez-vous dans le célèbre village!... Affaire à suivre!...