Un petit regret reste ancré dans mon esprit, au lendemain de cette dégustation... N'avoir pu la proposer en présence de François Chaveriat, maître de chai passionné et passionnant du Domaine Chantal Lescure, qui n'aurait pas eu son pareil pour nous parler des terroirs bourguignons, appliqués au pinot noir. La formule proposée ne manquait pas d'intérêt, mais il était un brin ambitieux, il faut bien l'avouer, de tenter de la mettre sur pieds, sans un des "facteurs de vins" les plus sensibles et les plus sincères de la Bourgogne d'aujourd'hui à nos côtés!... Las, un incontournable voyage au Japon ne lui permit pas de venir jusqu'en Vendée, lors du dernier week-end de l'Ascension!... Ce n'est peut-être que partie remise, puisque notre région est pour lui, de temps à autres, une destination d'échappades!... Alors François, un voyage au pays du soleil couchant, bientôt?...

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Ce domaine de 18 hectares, dont les bureaux et les installations sont situés au coeur de Nuits-Saint-Georges, est notamment connu pour sa gamme, qui s'étend aussi bien en Côte de Beaune qu'en Côte de Nuits. Mais, au-delà de cet aspect des choses, pas si rare que ça en Bourgogne, il est désormais reconnu comme mettant véritablement en valeur et en évidence la variété des terroirs, des expositions, en un mot, des crus, en s'appuyant sur un principe fondamental : "Pas de grands vins sans grands raisins!"

Le choix s'est donc porté, en accord avec François Chaveriat, vers un duo de millésimes - 2003 et 2007 - 24052009_033et sur des cuvées issues de Volnay, Beaune, Pommard et Nuits-Saint-Georges, avec un complément au programme, à l'aveugle, en provenance de Chambolle-Musigny et de Vosne-Romanée.

Bien sûr, comme chacun peut l'imaginer, la première réflexion s'est faite sur la méthode : tous les 2007 d'abord?... Puis les 2003?... Dégustation à l'aveugle?... Carafage ou pas?... En premier lieu, le choix des verres : nous avons décidé, comme François nous le suggérait, d'écarter les verres INAO classiques, jugés, par trop, "pourvoyeurs de24052009_034 défauts"!... Et entre un millésime 2003 "atypique" et un 2007, mis en bouteilles très récemment, cette précaution nous a paru des plus opportunes!... Les 2003, ouverts dans l'heure qui précédait la séance, n'ont pas subi de carafage et ont donc été servis dans des verres à dégustation Spiegelau, bien appréciés de la plupart des amateurs. Pour les 2007, pas de carafage non plus. Ils étaient, quant à eux, servis dans des verres Mikasa Open Up, que l'on dit souvent, plus appropriés aux vins rouges jeunes.

Les vins ont été proposés deux par deux, dans un ordre logique, Village, puis Premier Cru, dans chaque secteur, avec, pour chaque duo, le 2003 et le 2007 simultanément. Le but étant donc, de tenter de trouver une constante dans chaque série, selon que le vin était plutôt issu de bas de coteaux, avec une dominante argileuse, ou des hauts, parfois très calcaires et qui plus est avec des orientations très différentes. Pas une sinécure!...

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Au préalable à la séance, fut communiquée l'analyse, que François Chaveriat a fait de ces deux millésimes :

- Millésime 2003 :
Marqué par des conditions extraordinaires de sécheresse et d'ensoleillement, le millésime est avant tout un millésime précoce. A cause des nombreux accidents climatiques qui ont menacé la qualité des raisins (gel en avril, grêle en juin et juillet, raisins grillés en août), la récolte a subi un tri remarquablement sévère, mesure indispensable pour garantir un beau millésime. D'où de faibles volumes produits, 30 à 40% inférieurs à ceux de 2002. Au final, les raisins retenus, parfaitement sains, ont donné de somptueuses cuvées, certes faibles en acidité, mais tout de même parfaitement équilibrées. Riches, voire opulents, les vins rouges offrent de splendides arômes de mûre, cassis, cerise noire, épices et réglisse et présentent une densité et une longueur en bouche exceptionnelles.

- Millésime 2007 :
Un surprenant millésime!... Une maturation rendue difficile par un mois d'août automnale, une pression maladie (mildiou) insistante, enfin, le genre de millésime qui finit de nous convaincre de l'impérieuse nécessité d'enraciner la vigne et de faire vivre nos sols en maîtrisant les rendements (sachant que l'application des deux premiers principes suffit à cela). Floraison très précoce. La tendance du millésime est de proposer des vins à la fois très actuels et fidèles aux grands modèles classiques de la Bourgogne. Il offre des saveurs de fruits rouges frais et friands. La gourmandise des arômes perçus au premier nez trouve tout son pendant en bouche par l'amplitude, la rondeur et la finale soyeuse de ces vins de plaisir.

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Avant de passer à la dégustation, noter qu'au domaine, l'ordre des vendanges, pour les différentes parcelles, est quasiment immuable, ceci expliquant bien la précocité de tel ou tel secteur. A savoir, dans l'ordre : Volnay, Beaune Chouacheux, Pommard Bertins, Chambolle-Musigny, Vosne-Romanée Suchots, Pommard Vaumuriens, Nuits-Saint-Georges Damodes et Nuits-Saint-Georges Vallerots, du moins, pour ceux qui nous concernaient ce jour-là.

1- Volnay 2003 :
Rouge profond. Nez assez marqué par les baies mûres, voire écrasées. Pointe végétale, genre ronce, puis très légère note café. La bouche est immédiatement pleine, dense, solide. Les tannins apparaissent d'abord polis, mais la finale se raidit quelque peu. Issu d'un terroir - Les Famines - argilo-limoneux profond, en bas de côte. Peut-être un secteur qui manquait par trop de "fraîcheur" en cette année de canicule?... **(*)

2- Volnay 2007 :
Jolie robe rubis, cerise. Le nez fait dans la nuance, très finement fruité, façon fraise-framboise. La bouche est plutôt sur la finesse fruitée dans un premier temps, aux parfums agréables et cohérents, qui procurent F1010004de la fraîcheur. En finale, le vin se cabre et montre du caractère, sans finir asséchant le moins du monde, mais tout ça doit se fondre!... ***

3- Beaune 1er Cru Les Chouacheux 2003 :
Rouge cerise assez foncé, sombre. Le nez est franchement sur les fruits mûrs, puis laisse apparaître quelques notes épicées, voire poivrées. En bouche, le vin se montre assez tannique, ferme et exprime des notes minérales, peut-être dues à ce terroir à dominante argileuse, riche en oxyde de fer. ***

4- Beaune 1er Cru Les Chouacheux 2007 :
Joli rouge rubis. Très beau nez sur les fruits rouges, nuancé d'une touche florale assez soutenue. L'attaque est assez fraîche, intense et la structure est plutôt solide. On retrouve cette note de terre, presque épicée!... Beaux potentiel!... ***(*)

5- Pommard Les Vaumuriens 2003 :
Rouge profond. Un beau nez mûr, sur les fruits compotés, puis les épices douces. L'attaque est assez souple et dense. La parcelle est située au-dessus des Rugiens, avec une exposition nord-nord-est et sur des sols bruns calcaires, sur marnes jurassiques et calcaires durs. Un "Village" remarquable, avec lequel onF1010021 mesure toute la mise en valeur de ces terroirs (que certains qualifieraient de "difficiles") par le domaine!... ****

6- Pommard Les Vaumuriens 2007 :
Jolie robe rubis, cerise. Au nez, fruits rouges, légers et délicats. Attaque fraîche et fruitée. Les tannins sont "dans la ouate"!... Une sensation de puissance malgré tout, ce qui laisse supposer que le tout n'est pas très homogène... On reste sur une même gamme, un peu monocorde jusqu'en finale... Un peu troublant à ce stade, car sa persistance laisse supposer qu'il va évoluer, tout en se montrant très "buvable" dès aujourd'hui!... Une bonne connaissance du pinot noir est nécessaire, pour "traduire" ce cru!... ***

7- Pommard 1er Cru Les Bertins 2003 :
Rouge profond. Fruits compotés, façon clafoutis aux cerises!... Des notes de terre et un surplus de fruits très mûrs. Dans un pur style pied de coteau, exposé sud. La bouche est droite, ne manquant pas de fraîcheur. Un vin plein, solide, mais, une belle réussite!... ****(*)

8- Pommard 1er Cru Les Bertins 2007 :
Beau rubis. Nez très nuancé, en retrait, sur les fruits rouges. Tannins agréables et frais de prime abord, puis DCP_0453la bouche se resserre. La rétro se montre assez tannique et ferme. Là encore, il faut apprendre à lire... ***

9- Nuits-Saint-Georges Les Damodes 2003 :
Rouge profond. Des fruits cuits au nez, prune, cerise, puis une note "métallique". La bouche est forte, assez exigeante. Issu d'un terroir très calcaire, exposé plein est, dans le haut du coteau, côté Vosne-Romanée. Les tannins sont serrés, solides, présents. Beaucoup de caractère, qui évoque presque certains secteurs, dans le haut de Vosne. **(*)

10- Nuits-Saint-Georges Les Damodes 2007 :
Rouge rubis. Très beau fruit, souligné d'un soupçon de silex et de poudre. Semble bien exprimer les caractéristiques du cru. L'attaque est assez souple et élégante. La bouche se révèle compacte, dense, avec une belle rétro sur les fruits rouges. Un potentiel joliment exploité!... ****

11- Nuits-Saint-Georges 1er Cru Les Vallerots 2003 :
Rouge assez profond. Nez assez intense, avec une nette touche fumée, grillée. Mais, à l'aération, on24052009_036 découvre une jolie complexité. La bouche se montre assez droite, avec un beau volume élégant et ferme. En rétro, une très belle note minérale assez soutenue. Issu d'une combe et d'un secteur peu connus, mais remarquablement mis en valeur. ****(*)

12- Nuits-Saint-Georges 1er Cru Les Vallerots 2007 :
Rubis brillant. Beau fruité, tendance baies rouges, framboise, groseille. La bouche se montre assez ample et franche. Beau support acide, qui contribue à apporter finesse et élégance. C'est du solide!... Mais, il faut laisser le temps au temps!... ****

13- Chambolle-Musigny Les Mombies 2007 :
Rubis brillant. Très joli nez de fruits rouges, frais et élégant, à peine souligné d'un beau boisé, finement Vosne_Roman_e_Les_Suchots___Sept_2007épicé. La parcelle est située dans le bas de Chambolle, sur un terrain argilo-calcaire plat. Néanmoins, le vin exprime de la race et de la distinction, avec une bouche souple, onctueuse, assez dense et, en même temps, beaucoup de profondeur. Un grain remarquable!... Toute la volupté de Chambolle!... *****

14- Vosne-Romanée 1er Cru Les Suchots 2007 :
Rouge rubis. La route sépare le cru de Richebourg et Romanée-St Vivant. Beau nez de fruits mûrs, porté par un boisé légèrement vanillé, mais élégant. Bouche pleine de distinction et d'ampleur. Densité et intensité minérale et une longueur qui laisse augurer de grands moments. *****

L'expression de la variété des terroirs!... Avec deux millésimes qui devaient en faire la démonstration. Mission accomplie, pour la plupart des participants!... Avec également, l'intérêt de découvrir quelques grands vins de Bourgogne, selon qu'ils sont issus de parcelles situées en bas de coteaux, sur des sols largement composés d'argiles, ou qu'ils proviennent des hauts, sur des sols très calcaires et souvent exposés nord ou est. Ainsi, on pouvait apprécier la fraîcheur de certains sols, même dans un millésime très... solaire et la variété des sensations et des expressions pour une année plus "classique".

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L'an prochain, n'oubliez pas les portes ouvertes du Domaine Chantal Lescure, aux environs du 1er mai!... Il y a beaucoup à y apprendre, des facettes de la Bourgogne millénaire!...

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Photos 2,9,10,11,12,13,15 : crédit Domaine Chantal Lescure