Non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!... Inutile de chercher, le Clos de Nesle n'existe pas. Pas plus que la tour éponyme, depuis longtemps disparue. Moult amateurs peuvent penser que le domaine angevin, Clau de Nell donc, a lui aussi basculé dans le Layon ou la Loire!... Mais, il est solide finalement, sur cette croupe argilo-siliceuse de Sauné, hameau d'Ambillou-Château, à l'extrémité est de l'Anjou blanc. Plus loin, c'est le Saumurois. Même si le paysage et les caves troglodytiques y ressemblent bigrement.

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Mon dernier passage au Clau de Nell remonte à près de cinq ans. A cette époque, Nelly et Claude Pichard (révélation ligérienne du moment, avec Cyril Le Moing et Jean-Christophe Garnier!) sont pleins d'espoir. Ils sont arrivés de leur Couchois natal (Maranges, Santenay...) au début 2000, pour reprendre ce domaine assez ancien et réputé, faisant partie d'un tout en polyculture, comme c'est souvent le cas dans la région. On peut alors y découvrir les millésimes 2003 et 2004, qui ont permis au vigneron de démontrer tout le potentiel des grolleau, cabernet franc et cabernet sauvignon sur un tel terroir.

L'avenir semble tracé, mais dans les années qui suivent, Claude Pichard laisse s'exprimer toute sa sensibilité, dans la conduite de la vigne notamment, mais non sans prendre quelques risques, quant à la notion de rentabilité et d'équilibre du domaine viticole. Très vite, la clientèle s'interroge... et finit par se faire rare. En 2006, les vins 24112011 011passent à la trappe (problème de volatile?). En 2007, le mildiou envahit le domaine et le raisin est absent au moment des vendanges. En 2008, guère plus de 600 bouteilles sont produites. La situation est grave, si ce n'est désespérée...

Depuis quelques temps, Anne-Claude Leflaive, du célèbre Domaine Leflaive, à Puligny-Montrachet, a créé, de son côté, une structure de négoce avec son mari Christian Jacques, ainsi que Claude et Lydie Bourguigon, le CLAC, ou les Amis vignerons d'Anne-Claude L. Le but est de soutenir, de redonner un coup de pouce commercial à quelques domaines revendiquant culture bio et/ou biodynamie, mais néanmoins en difficulté. Claude et Nelly Pichard en font alors partie. Malgré ce soutien, le domaine est mis en liquidation judiciaire courant 2008 et, afin de le sauver, Anne-Claude Leflaive s'en porte acquéreur. Claude Pichard en restera le salarié jusqu'en novembre 2009, avant de s'orienter vers la poterie... Fin août de cette année là, juste pour les vendanges, un nouveau régisseur est recruté par la propriétaire : Sylvain Potin. Pas vraiment un inconnu, même si ce nom ne vous dit rien, dans un premier temps!... Mais, amateurs et professionnels, fréquentant les salons nationaux depuis quelques années, se souviennent certainement de celui qui représentait le plus souvent le domaine chilien de Clos Ouvert, ayant largement contribué à donner une image moins... mondialisée des vins du Chili. On sait ce qu'il advint du domaine sud-américain, suite au tremblement de terre de février 2010. Certes, l'aventure continue, mais sur d'autres bases. De son côté, Sylvain, fort de son expérience d'une dizaine de24112011 012 vinifications, même partielles, pour cause de séjours en pointillés à Maule et ailleurs, est prêt pour un autre défi et Clau de Nell possède un beau potentiel en la matière!...

A ce jour, le domaine compte toujours 7,8 ha de vignes largement exposées sud : 5 de cabernet franc, dont une petite partie de jeunes vignes de huit ans, le reste de 30 à 45 ans, 1 ha de cabernet sauvignon âgé de 55 à 60 ans et 1,8 ha de grolleau, dont 1,10 du même âge et 70 ares de vieilles vignes de 90 ans. A moyen terme (la parcelle est en cours de préparation), l'ensemble sera complété de 1,5 ha de chenin. Non, non, pas de chardonnay!... Au total donc, à terme, un peu moins de 9,5 ha.

Bien sûr, Sylvain Potin a pris le problème à bras le corps dès son arrivée : taille courte, reprise d'un travail du sol en surface (griffage), s'appuyant sur des sols vivants, du fait d'une pratique régulière, depuis une dizaine d'années, de la biodynamie. Bientôt, il espère permettre l'intervention du cheval, notamment dans les vieux grolleau, pour un travail plus précis, dans les vignes les plus fragiles. En tout cas, les progrès ne se sont pas fait attendre : 6 hl/ha en 2009, 10 hl/ha en 2010 et pour 2011, 25 hl/ha pour les grolleau et environ 30 hl/ha pour les cabernet franc.

A l'origine, les amateurs se souviennent sans doute des trois cuvées du domaine : A Vincent..., A Norbert... et A Gustave... sorte d'hommage aux générations passées des précédents propriétaires. Bien sûr, elles se déclineront sous un autre vocable et de façon quelque peu différente. Il y aura bien un pur grolleau et un pur cabernet franc, mais la troisième sera composée des deux cabernets, dans des proportions à définir, selon les millésimes. En 2009, les vins ont été proposés en Vin de France, mais dès 2010, l'appellation Anjou est revendiquée, ainsi qu'en 2011. Petit bémol pour les amateurs, les deux premiers millésimes sont intégralement destinés à l'export, sous forme d'allocations. Le vigneron ligérien espère bien voir quelques 2011 sur les belles tables françaises, mais, pour le moment, rien n'est véritablement défini à ce sujet.

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Nous gagnons comme il se doit, les caves dans le tuffeau pour déguster quelques lots du millésime 2010, en cours d'élevage. Les trois cépages sont vinifiés sur des bases proches : macérations douces de 22 à 25 jours, genre "infusion". Dans le cas du grolleau, vins de goutte et de presse sont assemblés. Entonnés début décembre 2010, la mise devrait intervenir en juillet 2012. Pendant toute la durée de l'élevage, peu ou pas d'intervention, si ce n'est un soutirage dans les prochaines semaines. A la dégustation, les vins sont d'une belle densité, avec une matière solide, assez austère parfois, mais la route est encore longue... Certains lots révèlent un fruit intense et pur.

Avant de prendre congé, passage dans la confortable cuisine, pour découvrir quelques 2011, qui n'en sont qu'au début de l'aventure!... La plupart des vins sont dans une phase marquée par la réduction, mais les robes profondes suggèrent de belles intensités de fruits rouges. Un des lots de grolleau est très ouvert, dynamique et d'une belle spontanéité. Le grolleau, la véritable future star du domaine, peut-être?...

Une belle redécouverte donc, en pays angevin!... Il nous reste plus qu'à espérer revoir quelques-unes de ces bouteilles dans quelques mois, même si la plupart d'entre elles iront briller sous d'autres cieux... A chacun son destin finalement!... Mais, Clau de Nell mérite sans doute d'être autre chose qu'un élément du patrimoine viticole français expatrié. Et nous serons vite quelques-uns à l'espérer!...