La Vendée au coeur de l'hiver. Janvier poisseux nous a fait croire qu'on aurait un hiver, l'espace de quarante-huit heures. Mais en fait, que dalle, que tchi!... La douceur nous rend amorphes. Le crachin atlantique semble lui-même s'ennuyer en tombant. D'ailleurs, tombe-t-il?... A peine quelques courtes rafales espacées qui ne le soufflent même pas. Dans une telle atmosphère, on craint de sombrer dans l'immobilisme, très couleur locale, certains jours!... Et puis, on se dit : pourquoi ne pas prendre des nouvelles du vignoble, où ce genre de météo a tout lieu d'inquiéter?...

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Du côté de Mareuil sur Lay, un domaine mérite qu'on s'y arrête de temps en temps. D'autant qu'il est animé par un jeune homme ouvert sur le monde et dont le dynamisme ne se dément pas. Il n'a que faire de ce qui se murmure çà et là. Certains pourraient le qualifier d'enfant gâté, mais en fait, il avance pour le bien du Domaine Mourat, une grosse machine qui vit un bouleversement, que l'on peut encore conjuguer au futur, tant il reste à faire. Mais, Jérémie Mourat sait que parfois la vie ne tient qu'à un fil et les évènements ne manquent pas de le lui rappeler, parfois. C'est pas tant tracer des plans sur la comète qui le motive, même s'il sait le besoin d'être pragmatique certains jours, mais il faut aussi se donner les moyens de croquer la vie à pleines dents, pour n'avoir aucun regret et saluer au passage, en guise d'hommage, ses propres racines familiales. D'ailleurs, en découvrant quelques vins italiens, il se souvient que sa grand-mère est d'origine florentine. "Fort bien, pourquoi ne pas faire un chardonnay de macération alors, au coeur du bocage vendéen et peut-être bientôt du chenin?..." Le vigneron mareuillais n'a pas encore fait de demande de passeport italien, mais gageons que son passeport justement va compter quelques nombreux tampons avant longtemps!... Tenez, le mois prochain, il part faire les vendanges en Afrique du Sud!... Mais pas par goût de l'exotisme ou des vacances hors normes. Pour y acheter du raisin et vinifier dans la province du Cap!... Les vins du Clos Saint André étaient estampillés "Loire méridionale", mais désormais, avant longtemps, devrait apparaître un "Chenin austral"!... Comment dit-on Forza Giovanni en afrikaner?...

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Certaines images laissent à penser que le domaine bétonne son avenir. Force est de constater qu'il y a de moins en moins de futailles dans le chai d'élevage. Par contre, on y découvre des oeufs en béton de différentes tailles, dans lesquels les tries et les cuvées du millésime 2011 sont en cours d'évolution. Le chenin a été vendangé en plusieurs passages. Tout ou partie des première et deuxième tries sont destinées au Clos Saint André proposé dans la nouvelle appellation AOC Fiefs Vendéens. Le premier lot est assez expressif, mais le second a d'ores et déjà un caractère minéral, sans doute dû à la parcelle, dite La Pierre, dont il provient. Le troisième est plus diffus et ne devrait pas entrer dans l'assemblage final, ce qui tend a démontrer que les tries les plus tardives n'apportent pas forcément le meilleur, contrairement à ce qu'on peut penser parfois. Souvent, on laisse sur pieds les raisins les moins aboutis lors des premiers passages, en espérant mieux, mais il n'est pas rare que le temps fasse son oeuvre de façon moins positive (hétérogénéité, météo plus variable...).

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La surprise du millésime, c'est le nouveau type de blanc sec présent au domaine : un chardonnay "façon Gravner" de macération sur peaux!... Celle-ci a duré quarante jours, avec malo sous marc. D'inspiration résolument transalpine, cette cuvée n'a pas la prétention de rivaliser dans l'immédiat avec les grands vins de ce type, proposés en Italie, mais s'avère un très bel essai, en vue sans doute d'une autre tentative à base de chenin, dès le prochain millésime, si les conditions des vendanges le permettent. Soyez patient, l'élevage doit être long!... Autre surprise, Jérémie s'intéresse aux amphores, dont un exemplaire est déjà présent, mais pas encore opérationnel!... Puisque je vous dis qu'il faut savoir être patient!...

Du côté des rouges, nous avons juste dégusté la Grenouillère 2011 (100% négrette), élevée en cuve et qui ne verra sans doute pas le bois. Dans un millésime plutôt qualifié de difficile, ce cépage montre une expression de belle qualité et une matière assez solide.

Découverte ensuite du premier liquoreux vinifié par le vigneron mareuillais, issu du coteau des Terres Quarts et ramassé en quatre passages (non, il ne s'appelera pas Quatre Quarts!). Les troisième et quatrième tries, assemblées dans un même oeuf, ont quelques arguments : 10,5° d'alcool, 5,7 d'acidité et 160 grammes de sucres résiduels!... Il sera proposé en Vin de Pays du Val de Loire - Vendée IGP (ouf!). A suivre, il s'agit là d'un liquoreux des plus étonnants!...

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La météo relativement clémente nous incite à un petit tour de vignes. Loin d'être complet, puisque le domaine totalise désormais 112 hectares. Il en compte une dizaine acquis récemment sur la commune de Rosnay. Cet ensemble composera à l'avenir la nouvelle entité séparée de la structure globale : le Domaine du Moulin Blanc, qui donc s'ajoute au Clos Saint André. Si ce dernier est positionné et certifié en agriculture biologique, le nouveau venu va le rejoindre, après la conversion d'usage et la restructuration du vignoble, qui s'accompagne d'un travail du sol. Il faut noter qu'un tiers de l'ensemble est ou va donc être en bio, mais qu'à terme, Jérémie Mourat veut faire évoluer l'intégralité du domaine vers cette méthode et cette approche, dans un souci légitime de cohérence. Un vrai défi pour les prochaines années!... Continuer de s'équiper, former des équipes motivées... Les ailes du moulin ne tournent pas encore dans le paysage et sur cette butte qui domine la vallée du Yon, mais elles pourraient bien réapparaître, selon le souhait formulé par le fils de Jérémie!... Enfin, au rayon des bonnes idées du vigneron (qui ne manque pas d'imagination, chacun l'aura compris), des claies pourraient être installées dans ce même moulin afin d'y faire sécher quelques grappes!... Du vin de paille au pays des Chouans, un bel hommage à ces moulins, devenus rares, symboles et messagers au temps des évènements de la Vendée Militaire. Les racines, toujours les racines!...

Un petit détour nous permet ensuite de saluer comme il se doit les "vieilles dames" du domaine : quelques arpents d'une négrette pré-phylloxérique plantée en 1870, qui ne doit sa survie, qu'à son implantation dans une parcelle sabloneuse (qui répond au doux nom de Mémé Gusta!) et aux bons soins de ces dernières années (choix d'un désherbage thermique, plutôt qu'un travail du sol qui comporte quelques risques, dans le cas de ces vignes franches de pied). Il est à noter que ce cépage fait partie intégrante de la nouvelle appellation (même si elle doit être assemblée pour décrocher le label, comprenne qui pourra!). Notons également qu'il a été décidé de mettre en place un "conservatoire de la négrette vendéenne", passage obligé pour son développement dans les Fiefs. Seule restriction à cette initiative : pourquoi faire subir à ce conservatoire une culture conventionnelle pendant sept ans?...

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Finalement, la Vendée, même au coeur de l'hiver, ne manque pas d'activité!... Jérémie Mourat n'est pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot. Désormais, il prépare son voyage vers Le Cap, pour mettre à profit ses rencontres récentes avec quelques pointures locales : Hamilton Russel, Bruwer Raats, Kleine Zalze, La Motte, Beaumont, De Toren et quelques autres. Il va pouvoir vinifier sa première cuvée 100% chenin, en partenariat avec l'un de ces domaines. "Paysages et climatologie très "hors la Loire", on va bien s'amuser et s'affranchir de barrières géographiques pour exprimer un autre visage du chenin. Et là-bas, j'en ai goûté des terribles!!!..." Allez, roulez jeunesse!... Beau voyage, on attend ça avec impatience!...