Longtemps figé dans une viticulture circonscrite à la petite dizaine de vignerons du cru côtier de Brem - si l'on excepte l'impressionant travail de Thierry Michon (et désormais ses fils), réalisé depuis le milieu des années 90 - le secteur viticole vendéen, largement pourvoyeur de cuvées que les touristes de passage se partagent pendant l'été notamment, connaît et découvre une nouvelle dynamique. Il faut dire que celui qui anime le Domaine Saint Nicolas, à L'Île d'Olonne ne s'en est jamais caché : "A Brem, on n'imagine pas à quel point les terroirs sont magnifiques, exceptionnels!..." Quelque chose qu'il a répété à l'envi, et à qui voulait l'entendre, sur tous les salons et auprès de tous ses visiteurs. Inévitablement, ça devait arriver aux oreilles de quelques passionnés, prêts pour de nouveaux défis. Et ce n'est peut-être pas fini!...

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~ Bastien Mousset, L'Orée du Sabia ~

Le dernier arrivé, à la Toussaint 2017, n'était pas forcément inspiré par les déclarations du vigneron de L'Île d'Olonne, parce que ce sont plutôt des raisons familiales, autant que sentimentales, qui l'ont amené sur la Côte de Lumière. Fort de ses vingt-huit ans, le voilà à la tête d'une dizaine d'hectares, dont certains étaient quelque peu abandonnés depuis plusieurs années. Porté par son père, industriel choletais, quinquagénaire rêvant de travailler la terre au grand air et le rejoignant désormais, ses moyens financiers vite remarqués dans la région et tout à fait assumés, vont lui permettre d'être vite opérationnel, malgré l'indispensable conversion bio, du fait du choix de la biodynamie.

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Symbole de ces investissements importants, le chenillard qu'il utilise pour butter la vigne de cette parcelle, où se côtoient chardonnay et gamay. Lui faisant remarquer, dans une tentative d'humour, qu'il y a peu de coteaux dans la région, laissant supposer l'emploi d'un tel matériel, il fait référence à sa jeune expérience, qui l'a guidé dans son choix. En effet, passé notamment par chez Romain Guiberteau, pendant un an et demi, il garde le souvenir d'avoir du traiter les douze hectares à la main, du fait de l'impossibilité d'utiliser le tracteur, après des pluies conséquentes. Or, après cette première année d'observation sur le terroir de Brem, il considère que certaines parcelles sont composées d'un sol limoneux relativement épais en surface, du fait notamment de la présence de granite décomposé, que les fortes pluies récemment constatées au printemps peuvent désormais potentiellement se reproduire, comme nombre de vignerons le craignent et justifier l'emploi d'un tel matériel. Mieux vaut prévenir...

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Indiscutablement, son parcours a renforcé sa capacité d'analyse. Après un passage de deux ans chez Charles Joguet, à Chinon, mais aussi au Chili (Viña La Rosa, à deux heures au sud de Santiago) et même du côté de St Emilion (Fombrauge), sans oublier des petits coups de main chez Thierry Michon notamment, dont il dit "qu'il a ouvert beaucoup de voies à Brem, mais que sans doute, il reste à découvrir", il sait mieux désormais ce qu'il veut faire et surtout ce qu'il ne veut pas faire. Ainsi, il évoque l'idée d'une production peu interventionniste, avec notamment un "sulfitage intelligent", pour le moins pertinent.

Dans un premier temps, le parcellaire dont il dispose nécessite un travail conséquent. Il se réjouit de l'encépagement, même si des changements sont à venir par surgreffage, en particulier d'un joli spot de cabernet sauvignon âgé d'une dizaine d'années, sur des schistes ardoisiers affleurants, qui deviendra chenin et même d'un second qui sera, à terme, du chardonnay, soit au total, 1,5 ha qui vont nécessiter un travail important. En effet, le jeune vigneron n'apprécie guère le cabernet sauvignon. Il se déclare d'ailleurs plus porté par les blancs et le pinot noir, qui donnent de bons résultats dans le secteur.

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Malgré ces perspectives pour le moins laborieuses, Bastien Mousset prend donc connaissance depuis un an de son nouveau terrain de jeu. Les vignes dont il dispose maintenant offrent moult possibilités, avec des îlots sur schistes de grès, parfois aussi des schistes et du quartz, voire de la rhyolite. On trouve aussi des vignes pour le moins originales dans le secteur, comme cette parcelle d'un hectare de pinot noir, dont une moitié de pinot noir alsacien. Ils sont vinifiés séparément, comme c'est le cas pour chaque parcelle, mais seront assemblés au final. Le plus souvent, la densité est de 6250 pieds/hectare.

Mais, le domaine n'est pas uniquement organisé autour de la reprise et de la restauration d'un vignoble ancien. L'autre grand axe concerne de nouvelles plantations sur un sol granitique, qui donne beaucoup d'espoirs au jeune vigneron. Pas moins de 2 ha 10 plantés en chenin, gamay et un peu de pineau d'Aunis (1000 pieds). Nous sommes là dans le secteur dit Le Clos, connu naguère pour la qualité de ses vins, mais avec de faibles rendements. Il a fallu être persuasif, auprès des multiples propriétaires, pour regrouper cet îlot d'une quinzaine d'hectares devenu une friche, sans jamais devenir constructible... "Aujourd'hui, la friche, c'est souvent l'abandon d'un écosystème!" Le but justement sera d'en recréer un, contenant des espaces destinés aux animaux, aux fleurs ou à des cultures temporaires pour travailler les sols, avec des plantes décompactantes. En clair, réinstaller une polyculture perdue depuis des lustres. Point d'orgue de ce projet, la mise à disposition de soixante quinze ares à l'un des saisonniers du domaine, afin de planter de la camomille et peut-être, à terme, en fournir aux vignerons du cru qui le souhaiteront et préparer ainsi d'éventuelles tisanes et autres décoctions.

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Bien sur, un tel projet ne pouvait souffrir de s'installer dans des locaux vétustes et peu commodes. Si bien qu'un bâtiment situé en plein centre de Brem sur Mer, face à l'office du tourisme (bien joué!) a été récupéré. Il est associé à une construction neuve en cours, l'ensemble étant né dans le bureau d'études d'un architecte ayant déjà oeuvré du côté de Mareuil sur Lay. Cuverie inox de 32 et 50 hl (plus tard sans doute de 10 et 22 hl également), contenants en béton (avec groupe de froid intégré, à l'image de ce qui équipe désormais un célèbre grand cru bordelais) de 15 et de 35 hl et barriques de bonnes origines (Rousseau et Atelier Centre France notamment). Les installations comprennent aussi un petit laboratoire pour les indispensables analyses.

Voilà de quoi faire de nombreuses expérimentations avec ce premier millésime et ce, dans divers contenants. A terme, seront proposés un rosé (pinot noir cette année), trois blancs (un assemblage AOP, un chardonnay et un chenin proposés sans malo), un rouge AOP, un ou deux pinots noirs (selon la qualité des raisins), une négrette si possible et un vin atypique de l'année selon les opportunités, comme le cabernet sauvignon 2018, avant qu'il ne disparaisse du parcellaire. Tous ces vins seront à découvrir lors des rendez-vous de l'hiver, comme la Levée de la Loire, début février 2019, au Parc des Expositions d'Angers. Certains jus dégustés lors de cette visite laissent entrevoir de solides perspectives et sans doute, une mise en valeur complémentaire de ce cru de Brem qui le mérite. L'Orée du Sabia, un terme patois signifiant Sablais (puisqu'on est aux abords des Sables d'Olonne), qui s'implante en douceur au coeur d'un très beau terroir, à l'orée d'une belle aventure.

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~ Éric Sage, Domaine de la Rose Saint Martin ~

Pas à proprement parlé un nouveau venu puisque celui-ci est installé à Brem depuis le printemps 2016. La conversion bio se poursuit et ce millésime 2018 propose du volume, le domaine n'ayant pas eu à souffrir des aléas climatiques, autant que les années précédentes. Si son nouveau voisin Bastien Mousset a entamé ses vendanges le 4 septembre pour les terminer le 26 du même mois, celles du domaine sont venues s'intercaler, si bien qu'une même troupe de vendangeurs est intervenue successivement sur les deux domaines. Une proximité qui convient au vigneron venu du Loir-et-Cher, celui-ci avouant parfois une forme de solitude, que la proximité d'autres vignerons ne laisse pas supposer, mais que la réalité du quotidien montre parfois.

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Cela ne l'empêche pas de cerner de mieux en mieux ce vers quoi il souhaite aller : les vins naturels!... Avec néanmoins, les garde-fous d'une vendange de qualité et d'une meilleure écoute de ses terroirs, sans prendre de risques inutiles lors des vinifications. Le potentiel montré dès le départ par certains secteurs avec vue sur mer, pour son pinot noir notamment, l'incite à se positionner sur une autre voie qu'un certain classicisme et qu'une absolue rigueur, gages d'une évolution risquée vers des limites qui pourraient l'enfermer dans un style certes rassurant (surtout lorsqu'on a trouvé une clientèle), mais fermant parfois l'horizon. Éric Sage revendique cette liberté, tant pour lui-même que pour ses vins et c'est sans doute une bonne nouvelle pour les amateurs qui apprécient ses cuvées!...

A ce stade, nombre de cuves montrent de très belles perspectives, pour un millésime 2018 qui prend des allures de référent dans ce secteur vendéen. Pinot noir, gamay, précoce de Malingre, négrette, chenin (dont un lot élevé dans une barrique d'Atelier Centre France), chardonnay semblent armés pour devenir de vraies cuvées de plaisir, que l'on met aisément à table, la destination finale des vins, aspect des choses que l'on ne peut oublier avec ceux du domaine. Ces deux vignerons sont donc bien les symboles vivants d'une dynamique qui anime maintenant cette commune maritime, qui n'en est pas tout à fait une, puisque non située sur le rivage!... En effet, Brem sur Mer permit en 1974 de réunir en association St Martin de Brem et St Nicolas de Brem, qui finalement fusionnèrent, après référendum, en avril 2000. Tous deux participeront certainement de sa réputation, auprès de Thierry Michon notamment, comme les détenteurs d'une tradition viticole ancienne, puisque, dès le Moyen-Âge, les moines de St Nicolas installés ici, vont développer cette activité, pour en faire une des richesses locales, qui se confirme désormais.