L'été 2012 n'a pas tout pour lui, ce n'est pas un scoop!... Au moment de prendre rendez-vous avec Jérémie Mourat, du côté de Mareuil sur Lay, celui-ci me demande si je fais là "un reportage sur le millésime du siècle"?... Ne reste guère plus que l'humour, dans cette adversité climatique de l'année!... Bien sûr, dans une partie sud, voire sud-est de notre beau pays, la complainte des vignerons septentrionaux malheureux peut surprendre. Mais pourtant, une large partie nord est affectée par les turpitudes de la météo et l'on se demande même si une belle arrière-saison aurait capacité à sauver le millésime.

Il faut dire que le gel parfois, puis la grêle, les orages, des pluies régulières pour certains, ont miné le moral des vignerons en agriculture biologique (et sans doute quelques autres!), obligés de multiplier les passages et les traitements dans les parcelles. Les attaques du mildiou, tant sur feuille que sur grappe, ont aussi pour incidence de réduire les rendements, d'autant que la calamité a parfois reçu le renfort de l'oïdium, notamment dans les zones touchées en 2011. Il fallait, de plus, compter avec une coulure (ou millerandage) conséquente, puisque la fleur s'est souvent mal passée, du fait de la météo. Pour tout dire, 2012 n'est pas vraiment l'année de rêve pour entamer une conversion bio!... Au final, une demi-récolte dans pas mal de secteurs et la crainte, dans cette situation météo actuelle, que l'été ne vienne pas vraiment et que l'humidité ambiante en rajoute dès septembre. Notons également que la véraison est plutôt en retard dans bien des cas, ce qui repousse d'autant la date des vendanges, avec le risque de subir les dépressions atlantiques d'octobre, au moment de la cueillette!... Sans parler de la vente réduite de rosés cet été, type de vin particulièrement apprécié sur les terrasses ensoleillées des stations balnéaires de la côte vendéenne!... Mais, quand le soleil n'est pas au rendez-vous... 2012, année du blues!...

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En janvier, nous avions laissé Jérémie Mourat à ses préparatifs de voyage. Il était sur le point de mettre le cap, à cette occasion, sur... Le Cap. Le fait que l'Afrique du Sud soit historiquement liée au chenin, ne pouvait que l'interpeller. Encore jeune et pas disposé à laisser passer des occasions de forger son expérience de vigneron, il sait que la vie mérite d'être croquée à pleins raisins, au regard de ce qui arrive parfois.

Lors de ces vendanges sud-africaines, il a pu acheter du raisin dans la région de Stellenbosch, mais aussi du côté d'Hermanus, une région qualifiée de plus maritime. Du chenin donc, issu de bush vines, sorte de buissons, dont les sarments sont conduits en cercle autour du cep, que l'on peut assimiler à une forme de gobelet. "Les vins sont vinifiés avec la collaboration de la winery Kleine Zalze, à Stellenbosch. Environ 70 hl seront mis en bouteille sur place et rapatriés par container réfrigéré dans le courant de novembre prochain."

Pour celui qui n'hésite pas à gratifier ses vins de Vendée de la mention Loire méridonale, il s'agit là de produire une cuvée de chenin certes, mais qui n'aura, bien sur, rien de ligérien. C'est pour cela qu'il a opté pour une identité illustrant parfaitement cette aventure : Le Grand Ecart. Avec tout ce que cela suppose : distances à l'échelle du globe, paysages à l'image des deux hémisphères, viticulture du Nouveau Monde, souvent opposée à nos démarches plus traditionnelles.

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Et pendant ce temps-là, la Mourat Winery s'anime comme une ruche!... Pour Jérémie, il faut continuer à aller de l'avant. C'est vital. Le tout est de trouver le juste équilibre, afin que la démarche de progrès ne devienne pas une fuite en avant. Vu de l'extérieur, toutes ces initiatives, ces projets qui se concrétisent et s'enchaînent, peuvent paraître surdimensionnés, au regard de la viticulture vendéenne. Mais, le domaine s'inscrit-il encore dans cette dimension restrictive?... En tout cas, la gestion passée de l'Entreprise Mourat plaide en faveur du vigneron, sans qu'on puisse jamais le taxer de mégalomanie. Pour lui, la période au cours de laquelle il fallait donner un nouvel élan à l'ensemble était là, bornée entre 2010 et 2015 peut-être. Et qu'il était hors de question de la laisser passer. C'est l'heure de bâtir, ou de restaurer. Parce que le plus grand défi, à la vigne, reste à venir.

Au domaine, à proximité des installations actuelles et de la nouvelle large salle d'accueil, un nouveau bâtiment voit le jour. Il a fallu creuser dans l'argile pour implanter le nouveau chai, qui permettra d'utiliser la gravité et de réserver quelque espace, notamment, pour l'élevage prolongé sur lattes d'une bulle estampillée Clos Saint André.

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Non loin de là, sur la commune voisine de Rosnay, le Domaine du Moulin Blanc est en pleine restructuration. Dans les vignes tout d'abord, en conversion bio, mais aussi pour ce qui est du moulin historique, qui fut brûlé par les Colonnes Infernales, lors des Guerres de Vendée. Bientôt, les ailes tourneront de nouveau sur la butte qui domine la vallée du Lay. A l'intérieur, vont être installées des claies, permettant le séchage de raisins issus sans doute, dans un premier temps, d'un cépage rouge et peut-être de négrette. A noter que les vins issus de ce domaine, destinés, dans un premier temps, à grossir les volumes du Clos Saint André, seront finalement proposés sous leur nom propre, mais uniquement en IGP Val de Loire-Vendée, ce qui ne manque pas de faire grincer quelques dents dans le landerneau!... 

La gamme va donc s'enrichir de quelques cuvées particulières, on peut le penser. En attendant cette "négrette de paille", un chardonnay 2011, issu d'une longue macération de quarante jours, inspiré en cela des cuvées de Josko Gravner, en Frioul-Vénétie-Julienne, apparaît. Certes, elle restera très confidentielle après la mise prévue dans quelques semaines, mais sa dégustation actuelle révèle de jolis arômes assez typiques des "vins orange" (qui restent peu connus en France, au point que certains de nos sommeliers y voient parfois un défaut et l'écartent catégoriquement!), ainsi qu'une finale inimitable, par sa sapidité tannique et sa touche saline. Cette expérience, vinifiée dans un oeuf Nomblot de six hectolitres, pourrait être reconduite en 2012, mais plutôt avec du chenin... si la vendange le permet. Et, pourquoi pas, dans une amphore sicilienne, comme celle qui est actuellement remplie d'eau, afin de procéder à quelques essais et mesures. 

Occasion aussi de revoir la version 2009 du Clos Saint André, dans sa version originelle, puisque ce fut le premier millésime proposé. Malgré la jeunesse des vignes à l'époque, le vin garde une expression franche et tonique, ainsi qu'un équilibre très satisfaisant. Quant à La Grenouillère 2011, pure négrette comme il se doit, elle est toujours en cours d'élevage dans un grand foudre, mais parait bien armée pour séduire les amateurs.

 

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Enfin, le liquoreux Terres Quarts 2011, doté d'un très joli équilibre, apporte une note pleine de richesse, associée à une dynamique acide, évoquant d'autres belles cuvées layonesques. Au point, sans doute, de provoquer la curieuse réaction d'un "éminent" producteur de Quarts-de-Chaume, qualifiant cette initiative de concurrence déloyale vis à vis du "Grand Cru" angevin!... Et menaçant au passage le domaine vendéen de représailles judiciaires, s'il ne changeait pas le nom de la cuvée!... On vit une époque formidable!... Résultat : alors que cette cuvée porte le nom même de la parcelle, elle va devoir changer d'identité pour Terres Quartz!...

Jérémie Mourat a donc des projets plein la tête, pour nourrir sa passion. Sans doute qu'après une année comme 2012, il apprécierait, avec d'autres et notamment tous ses collègues vendéens résolument orientés vers la viticulture biologique - ils sont à peine une demi-douzaine - d'avoir un peu de répit pour ce qui est du climat. Surtout que le projet d'étendre cette approche bio, au-delà de la trentaine d'hectares du Clos Saint André et du Moulin Blanc, à l'ensemble du domaine (112 ha environ) reste d'actualité. A priori, toutes les parcelles de blanc le seront dès 2013 et les rouges à suivre, dans la foulée.

Pas de doute, vous pouvez prendre l'option de visiter ce domaine du Mareuillais lors de votre séjour, il a désormais une forte capacité à surprendre les amateurs de passage.