Nous restons dans le secteur de Mareuil sur Lay. En 2009, l'ex-caviste des Sables d'Olonne décidait de larguer les amarres et de tenter l'aventure. Lui qui ne disposait alors, que de quelques arpents de chenin, non loin de Port-Bourgenay, optait pour la reprise d'un vignoble du Mareuillais. En quelques semaines, il allait redonner vie à un ensemble qui périclitait depuis quelques temps. D'autant plus qu'il franchissait le pas de la façon la plus énergique qui soit, en entamant une conversion immédiate à la viticulture biologique.

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Pari en partie gagné seulement, du fait des difficultés engendrées par l'état des installations. Là encore, le vigneron dut faire face, en multipliant les occasions de faire appel au système D, afin de ne pas être exposé à des situations inextricables. Un aspect des choses qui va connaître une franche évolution, puisque le Conseil Général de la Vendée participera dès cette année à la remise en état d'une partie des bâtiments. Devrait en profiter, en premier lieu, le chai à barriques, entièrement restauré et isolé. Dans un même élan, un espace de vente sera aménagé à l'entrée des locaux du domaine.

Si la météo de 2009 était résolument au côté du vigneron, il faut bien admettre que les années suivantes ont été parfois un peu difficiles à gérer. Rien d'absolument catastrophique en soi, mais on a un peu le sentiment que Jean-Marc Tard a parfois eu du mal à retourner à son avantage quelques périodes délicates. Quelque chose qui se situe entre le manque d'expérience et le manque de recul, pour quelqu'un qui n'avait que 75 ares de chenin à gérer en zone côtière jusque là!... Et puis, passant donc à près de 10 ha et la tête dans le guidon, il ne lui manque sans doute que quelques contacts constructifs avec certains confrères (en bio!) des Fiefs Vendéens, pour lui permettre de se soulager de quelques inquiétudes et de quelques doutes. C'est certain, l'isolement est un véritable risque pour le vigneron!... D'autant qu'on s'aperçoit que le syndicat local, que l'on pourrait croire, en premier lieu, de bon conseil et agissant en véritable support de ce genre d'initiative, se révèle être une sorte de gendarme, plus prompt à sanctionner ou à menacer, qu'à faire preuve de prévention et montrer un tant soit peu d'enthousiasme.

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Ainsi, quelle n'a été la surprise du vigneron de Chaillé sous les Ormeaux, lorsqu'il a voulu signaler aux instances locales son projet de plantation sur un hectare en friches, dans le secteur des Rochettes, sur cette même commune. But avoué (mais il aurait mieux fait de s'abstenir!), planter cet hectare de chardonnay, afin d'y produire une bulle. Le terroir s'y prête : des sables parsemés de galets calcaires dans une argile souple et plutôt légère, le tout sur un sous-sol de granite, comme c'est le cas dans toute cette zone de la vallée de l'Yon, sur un léger coteau exposé sud-sud-est. Mais, surprise, il se voit signifier une fin de non recevoir, sauf s'il partageait la dite parcelle en deux, afin d'y associer chenin et chardonnay, comme le stipule le décret d'appellation!... Les conseillers INAO venus sur place en sont restés cois!... Cependant, la plante mise en terre en avril, trois jours à peine après la gelée qui a touché les pinot noirs tout proches, se porte bien. Le domaine va donc pouvoir augmenter sa proportion de blancs, jusque là absents sur place.

En 2013, le Domaine des Jumeaux va donc compter 11,5 ha. En plus des 75 ares de chenin à Talmont-Saint-Hilaire, on compte 3 ha 85 de pinot noir, 3 ha de cabernet franc, 1 ha 80 de gamay et 1 ha de négrette. Cette année, ce patrimoine sera donc complété d'un autre hectare et demi sur la commune du Tablier, en Fiefs Vendéens également. Le gamay existant sur cette parcelle d'un seul tenant (Les Grands Vignes) sera remplacé par 70 ares de chenin. A terme, après une préparation du terrain, 40 ares de négrette et 40 ares de cabernet seront également plantés sur ce sol composé de sable, d'argile et d'une pierre noire genre ardoise, bien présente.

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Avant de déguster quelques 2011, passage dans l'une des deux parcelles de négrette âgée de 17 ans, sur des sables et argiles, alors que la seconde est plus sur graviers et sables. Peut-être que ces deux terroirs, si les rendements étaient suffisants, mériteraient d'être proposés séparément, mais ne font-ils pas cause commune pour un meilleur équilibre?... Dans le même ordre d'idée, il est probable qu'une sélection de ce cépage pourrait offrir un beau duo avec quelque pinot noir.

Cependant, le vigneron ne cache pas que des progrès restent à faire, avec cette négrette si fragile et si sensible à la pourriture, lorsque les vendanges approchent, pour peu que l'humidité ambiante augmente. Ainsi, en 2010, millésime dont le potentiel semblait intéressant, il a du se résoudre à abandonner toute la vendange. En 2011, la moitié seulement fut ramassé, après une sélection de dernière minute impitoyable.

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Nous passons donc en revue quelques lots de rouges en cours d'élevage, mais la chaleur ambiante de la fin d'après-midi est assez pénalisante. Côté chenin, le sec (Le Chemin du Querry) 2011 garde 9 gr de SR. Il est doté d'un taux d'alcool assez élevé et il conviendra peut-être de prolonger l'élevage. Ce dernier sera encore plus long (au moins 24 mois) pour la cuvée de liquoreux, qui atteint 147 gr de SR, mais surtout 9,5 d'acidité!... A ce stade, l'équilibre surprend quelque peu, mais il pourrait être intéressant de revoir ce vin à table, dans quelques temps.

Après une mise en bouche avec le rosé Le Paradis 2011, issu de pinot noir, souple et agréable, nous revoyons la gamme habilement composée : La Pierre aux Fées 2010 est un pur pinot noir assez intense. Le Sang de l'Yon 2009, une pure négrette solide et ferme, enfin Le Clos des Châtaigniers 2010 est un assemblage classique des Fiefs Vendéens, avec son trio pinot noir, cabernet et gamay. Notons que seuls, cinq des dix hectares de vignes actuelles revendiquent la nouvelle appellation, ce qui pourrait expliquer les relations tendues, certains jours, entre le vigneron et le syndicat local. D'ici à décortiquer la déclaration de récolte au regard des demandes d'agréments, il y a un pas que d'aucuns ne manquent pas de franchir!... Et l'on s'étonne que certains tirent leur révérence!...

Comme d'autres vignerons talentueux de Vendée ont pu le constater par le passé, il n'est pas évident d'être prophète en son pays!... A moins d'adhérer pleinement aux stratégies locales, qui misent sur une production de volumes importants, quasi insipides, destinés à la consommation estivale sur la Côte de Lumière. Hors, cette même consommation ne cesse de diminuer et comme surviennent parfois des étés pourris, il n'est qu'à espérer qu'une lumière nouvelle inspire les dits stratèges.

Pour l'heure, le Domaine des Jumeaux s'inscrit davantage dans une évolution régulière vers des pratiques qualitatives (orientation vers la biodynamie, intervention chaque année plus importante d'un prestataire local en traction animale), plutôt que vers un surcroît de com' ou une présence de tous les instants sur les réseaux sociaux!... Non que la pierre angulaire d'un bon équilibre économique soit laissée pour compte, mais bien parce que les fondements de l'ensemble doivent prendre ancrage sur d'autres matières que le sable de nos plages vendéennes.