La météo de ce printemps 2018 est un mystère!... A moins qu'elle ne nous éclaire quant à notre futur?... Certes, nous avons tendance à oublier ce genre d'épisodes ne datant que de quelques années (1998?), mais faire le constat que tout le pays, ou presque, est à ce point sous le joug de "gouttes froides" générant des flux d'orages et de pluies diluviennes a de quoi surprendre. Dans certains départements, le record du nombre d'impacts de foudre a été largement battu. Chaque jour, nous arrivent des informations évoquant des pluviométries locales exceptionnelles, des chutes de grêle parfois dantesques et fatalement des dégâts pour l'agriculture, l'arboriculture et bien évidemment la viticulture. Alors que chacun pouvait se réjouir d'avoir évité les sinistres matinées de gel printanier, voilà que d'autres craintes surviennent... y compris pour les organisateurs d'une sympathique journée de découverte, comme l'Envolée du Saumur Puy Notre-Dame, qui espéraient mieux, tant la campagne ponote mérite le détour, tout autant que ses vins!...

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Pour ma part, j'ai pu découvrir les vins de ce nouveau "cru" par le biais de dégustations, dans le cadre des Greniers Saint Jean notamment, des cuvées proposées par Aymeric Hilaire et sa compagne Mélanie. Depuis 2013, ce dernier m'invite à venir découvrir cette nouvelle vague de vignerons (et de vigneronnes!) qui animent ce petit coin du Saumurois. Car, en effet, au-delà de cette dynamique de cru, née de l'obtention de l'AOC Saumur Puy Notre-Dame fin 2009, sous l'impulsion notamment de Philippe Gourdon, du Château de la Tour Grise, est apparue une nouvelle génération venue d'ailleurs, forte d'expériences professionnelles diverses et animée par une envie de proposer de très beaux cabernets francs (et quelques chenins aussi, voire divers pet'nat'!). Avec de plus, la possibilité certaine de mettre en valeur de très beaux terroirs.

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Le Puy Notre-Dame est avant tout une petite cité historique, dont l'origine remonte à la présence d'une église romane dédiée à Marie (1123). A la fin du XIIè siècle, Aliénor d'Aquitaine fit construire l'église Notre-Dame sur l'emplacement de la précédente. Il s'agissait alors d'une petite ville protégée par des remparts, mais qui fut saccagée au XVIè pendant les Guerres de Religion, après avoir été occupée par les Anglais au XIVè, pendant la Guerre de Cent Ans.

Aujourd'hui, si ce village conserve quelques traces de ce riche passé historique, il est devenu le support d'un "cru du Saumurois" réunissant dix-sept communes du Maine et Loire, plus cinq autres situées dans le département de la Vienne, tout proche. Les parcelles, sur des sols majoritairement calcaires (éocène, jurassique et argilo-sableux du Turonien), situées entre 50 et 105 mètres d'altitude environ, appartiennent à une vingtaine de vignerons, dont la moitié environ en agriculture biologique ou évoluant vers celle-ci. Cette altitude permet de mettre l'appellation à l'abri de l'essentiel des gelées printanières. De plus, le massif des Mauges, à quarante kilomètres plus à l'ouest, dévie ou stoppe une bonne parties des pluies océanes.

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Comme indiqué ci-dessus, Philippe Gourdon, en compagnie de Bruno Albert, alors président du syndicat et à la retraite lui aussi désormais, a posé les fondations de cette nouvelle AOC/AOP. Ils ont donc obtenu la possibilité de faire valoir toutes les qualités d'un terroir, au bout de longues années de lutte, d'autant plus que cet inévitable combat (rien n'est simple dans notre beau pays!) long d'une trentaine de millésimes, n'était pas gagné d'avance, puisqu'il s'agissait d'une création et non pas d'une promotion. Et pour donner du sens à tout cela, celui qu'on surnomme le "Géo Trouvetout du vignoble" a lui aussi passé la main (dernier millésime en 2014), en partageant son domaine d'environ vingt-cinq hectares en quatre entités, afin que quelques jeunes néo-vignerons puissent montrer à l'avenir de quoi ils sont capables.

Parmi les animateurs de cette nouvelle vague saumuroise, Guillaume Reynouard, du Manoir de la Tête Rouge (président du syndicat) et Aymeric Hilaire, du Domaine Mélaric sont ceux qui parlent sans doute le mieux de cette "fièvre ponote" et de cette terre à nulle autre pareille, dans laquelle le cabernet franc (et un peu de cabernet sauvignon à hauteur de 15% maxi) exprime des qualités de fruit et de structure hors du commun. Il faut dire que le contenu du décret du 12 octobre 2009 montre un degré d'exigence rare, auquel la nouvelle génération adhère sans réserve.

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Sans entrer dans le détail, il faut savoir que chaque année, les vignerons doivent engager leurs parcelles auprès du syndicat dès le début d'année, afin de revendiquer l'AOC. Les grandes lignes tiennent dans un rendement de 50 hl/ha (au lieu de 57 pour les Saumur rouges), un dédoublement obligatoire (supprimer le contre bourgeon qui donne un rameau supplémentaire), plus un désherbage total interdit, accompagné d'un labour obligatoire au milieu du rang, ainsi qu'un maximum de sept yeux sur le cep. Ainsi, début juillet, le syndicat organise un tour des parcelles engagées, qui sont alors confirmées ou pas. Densité de plantation, 4500 pieds/ha minimum, le titre alcoométrique volumique naturel minimum est de 12%. Enfin, les vignes doivent avoir au minimum trois ans, pour produire du Puy Notre-Dame et la durée d'élevage doit atteindre huit mois.

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Cette zone du Saumurois fut longtemps plantée majoritairement de chenin, puis, à partir des années 50, une forte demande de rosé de cabernet (pour la tarte aux fraises!) imposa le retour de ce cépage, que l'on appelle souvent le breton dans toute cette région, avec enfin une nouvelle tendance vers les rouges à compter de 1975 environ. A propos, n'hésitez pas à consulter le travail d'Henri Galinié, historien présent lors de cette journée, dont le blog Cépages de Loire est absolument passionnant, avec un travail étonnant sur les noms de cépages, notamment ceux qui ont disparu ou extrêmement rares.

Désormais les noms à suivre sont David Foubert, Pauline Mourrain et Laurent Troubat, Emmanuel Haget ou encore Thibault Stéphan et Jonathan Maunoury, en plus de ceux cités plus haut, sans oublier le Château de Fosse-Sèche, cher à Guillaume et Adrien Pire, voire d'autres encore qui pourraient élire domicile dans le secteur. D'ailleurs, vous êtes conviés à la 2è édition du Salon des vignerons bio du Puy Notre-Dame, qui doit s'y dérouler Place de la Collégiale le 2 juillet prochain.

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En tout cas, rendez-vous est pris pour une nouvelle visite au coeur de l'été, afin de découvrir ces domaines et leurs terroirs dans le détail et ainsi, les évoquer ici-même! A bientôt, au Puy Notre-Dame!...