Depuis quelques années, les Terrasses du Larzac sont devenues une composante remarquable du vignoble languedocien. Depuis 2014, c'est désormais une appellation à part entière, connue pour sa situation géographique particulière et des amplitudes thermiques fort profitables à la production de jolis vins. Pas moins de trente deux communes du centre nord de d'Hérault sont concernées et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le coeur de l'AOC (les environs de Montpeyroux, Saint Jean de Fos et Aniane) compte à lui seul une foule de talents, des vignerons "historiques" de la région aux néo-vignerons passionnés, capables de proposer quelques nectars sur à peine quelques arpents de terre.

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Source : www.terrasses-du-larzac.com

~ Mas des Fous, Laurent Parentini ~

Voici une découverte que je dois à Facebook!... Après un échange de messages, rendez-vous est pris lors d'un prochain passage. Ça tombe bien, un séjour à Brissac, près des gorges de l'Hérault, en ces derniers jours de juin particulièrement ensoleillés et chauds, va concrétiser cette éventuelle rencontre.

Laurent Parentini et sa compagne angevine Anne habitent Viols le Fort, un petit village au passé médiéval, entre Saint Martin de Londres, Argelliers et Puechabon, qui fait partie de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup, ce qui n'a pas empêché le vigneron de se tourner vers l'ouest et notamment Saint Jean de Fos pour trouver quelques vignes. Vigneron, il l'est à ce jour plus par passion, puisqu'il est aussi, à ses heures, professeur d'histoire et géographie dans un collège proche. Le Mas des Fous a été créé en 2012, sur la base des trois hectares actuels, achetés à un vigneron désireux de faire valoir ses droits à la retraite, mais qui ne voulait pas arracher ses vignes. Un joli sol de galets roulés pour le cabernet et le carignan, plus un substrat argilo-calcaire pour le grenache, le tout situé à Saint Jean de Fos, au coeur de l'IGP Saint Guilhem le Désert.

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Source : Le Mas des Fous

Il faut aussi noter que Laurent Parentini dispose également d'un hectare de blanc (grenache blanc et marsanne), dont les raisins rejoignent la cave coopérative locale, faute de matériel adapté et d'espace suffisant. Il faut dire que les locaux sont des plus exigus : le cuvier se situe dans un ancien fournil et le chai à barriques occupe une sorte de remise creusée dans le roc (le top pour ce qui est de la température et l'hygrométrie!), le tout appartenant à une bâtisse datant du XVIIè siècle. Les vignes sont en conversion bio depuis cette année, mais aucun engrais chimique ni herbicide n'est utilisé depuis longtemps.

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L'idée de la construction d'un local plus adapté fait partie des réflexions en cours, puisque si le nombre de bouteilles produites s'étale entre 1000 et 3400 jusqu'à ce jour, Laurent confesse qu'il doit récupérer une nouvelle parcelle, à proximité du village de Viols le Fort, sur des éboulis à 250 mètres d'altitude. Des vignes abandonnées depuis une dizaine d'années, qui pourraient bien ainsi échapper à la pression immobilière et ne pas se transformer en lotissement!... Ce qui serait une manière de revanche pour celui qui est bien issu d'une famille de viticulteurs, qui fit tout, en son temps, pour que ses enfants échappent à la terre et qui se demande encore si le représentant de la dernière génération n'est pas un peu... fou!... D'où le nom du domaine, chacun l'aura compris!...

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Au programme du jour, la dégustation de trois jolies cuvées se déroulant dans la bonne humeur!... Tout d'abord, Papach-Ros 2016, le rouge gorge en occitan. 60% de grenache et 40% de carignan, issus d'une vendange manuelle, foulée et égrappée. Macération traditionnelle séparée entre vingt et quarante jours, avec pigeage et remontage. Élevage en cuves pendant six mois, puis en bouteilles pour une durée de quatre mois environ. Une fraîcheur et un croquant épatants, des arômes de petites baies bien mûres, une délicate sucrosité, le tout contribuant à une belle longueur évoluant vers les épices douces.

Des caractéristiques proches pour Le Carignan ! 2016. Un pur carignan donc, issu de vignes plantées dans les années 80. Toujours la même fraîcheur, que l'acidité naturelle du cépage renforce peut-être, sans compter cette expression dominante sur la cerise noire. Les tannins souples et fins confirment une bonne impression d'homogénéité et de générosité. Enfin, Petits Grains 2015, que l'on peut qualifier de plus ambitieux, du fait de son élevage en barriques de deux ou trois vins durant pas moins de dix-huit mois, mais qui restitue aussi une belle fraîcheur. Du cabernet sauvignon très mûr à 80%, avec 10% de carignan et 10% de grenache. Une certaine complexité qui se révèle, soulignée par une longue finale poivrée et épicée des plus agréables. Au final, un Petits Grains 2013, 80% cabernet sauvignon et 20% de grenache, qui montre de belles qualités également, tout en démontrant au passage à quel point ces vins du Languedoc ont cette capacité à défier le temps, mais aussi à se laisser apprécier dès leur prime jeunesse. Voilà donc des vins qui peuvent se glisser dans de belles sélections régionales, mais aussi dans la cave des amateurs friands de quelques nectars surprenants, malgré une notoriété en devenir, qui ne manquera d'être encouragée par des cavistes astucieux, voire visionnaires. Suivez mon regard!...

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~ La Jasse Castel, Pascale Rivière ~

Une suggestion de Laurent Parentini, qui effectua naguère quelques stages au domaine. Celui-ci appartient à Pascale Rivière, qui le créa il y a vingt ans à Montpeyroux. Ex-professeur en matière de commerce international, journaliste à ses heures, elle se lança dans cette aventure en 1997, avec 2,5 ha. Depuis, le domaine a atteint une douzaine d'hectares et un nouveau bâtiment fonctionnel a été construit voilà peu sur la route de Gignac, à Saint Jean de Fos.

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Pascale Rivière, un petit bout de femme qui puise son énergie dans ses vignes. Forte d'un apprentissage et d'une expérience accumulée au fil des années (elle a notamment travaillé auprès de Sylvain Fadat), elle a gardé une âme d'aventurière, mais donne volontiers la priorité au partage de tout ce qu'elle a pu apprendre, avec en premier lieu, un libre arbitre efficient. On devine très vite qu'elle ne s'en laisse pas compter, surtout par les sornettes en tout genre ou les effets de mode. Ce qui ne l'empêche pas d'être tentée par certaines nouveautés, comme le travail avec la terre cuite et donc des élevages en jarres, malgré quelques doutes ultimes, qui sont peut-être inscrits dans ses gênes. Il faut dire que pour ce qui est de la poterie, Saint Jean de Fos peut être considéré comme un centre important, puisqu'il y existe une association de potiers et de nombreuses boutiques mais, curieusement, personne ne s'est lancé dans la fabrication d'amphores et autres contenants, pourtant largement utilisés chez les vignerons du cru, mais venant d'Italie ou d'Espagne, voire d'autres contrées lointaines.

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La Jasse Castel (bergerie en occitan et Castel, nom d'un ancien propriétaire de la dite bergerie), domaine en culture biologique depuis 2008 (Ecocert) est morcelé en diverses parcelles, profitant ainsi de la grande variété des sols du secteur de Montpeyroux : galets roulés près de l'Hérault, argiles, sables, cailloutis sur les hauteurs du Causse, avec des sous-sols plus ou moins calcaires et parfois des marnes. Le Causse, avec ses 350 mètres d'altitude fait la fierté de la vigneronne. "Ces vignes sont les plus hautes de l'appellation! Plus hautes que les Cocalières de Sylvain Fadat!..." précise-t-elle avec humour. En 2009, elle y a planté six cépages blancs : grenache blanc, carignan blanc, roussanne, chardonnay, mais aussi chenin et petit manseng!... Depuis, est apparue une cuvée, El Abanico, qui se révèle être un véritable défi. L'ensemble est vendangé le même jour, ce qui a pour conséquence de réunir le plus souvent deux cépages en sous-maturité, deux autres à pleine maturité et les deux derniers en surmaturité. Ou la recherche de l'équilibre improbable, défi à la cuisine de qualité!... Le millésime 2016 (cette année là, tout fut vendangé avant le 13 septembre, veille de pluies diluviennes annoncées) se révèle intéressant, mais la vinification en barriques d'un vin de chez François Frères lui confère un style et une expression légèrement toastée. Mais que voulez-vous, la vigneronne aime ça!...

36374533_10216523203970577_8579973751091757056_nUn second blanc, L'Egrisée 2017 (la poudre de diamant utilisée par les joailliers) est un blanc de cuve, avec une base de grenache blanc, plus un peu de carignan blanc et de la roussanne. Une jolie fraîcheur, qui peut convenir à tout un menu, de l'apéritif au fromage.

Du côté des rouges, on dénombre pas moins de cinq cuvées, qui composent une gamme très homogène. En premier lieu, Tutti Frutti 2017, le rouge léger gourmand à souhait, qui vient de remplacer le traditionnel rosé du domaine, avec une base de cinsault et de grenache. Ensuite, La Pimpanella 2017, la pivoine en occitan ou la femme dégourdie du côté de Toulouse!... Grenache, syrah et cinsault pour une cuvée identitaire très Languedoc.

La Jasse 2016, en AOP Terrasses du Larzac, est proposée sur une base de syrah issue d'un sol argileux, sur un sous-sol très calcaire, élevée en barriques de deux vins. Un grenache de cuve et un peu de vieux carignan viennent apporter de la complexité à ce vin sans fard, plutôt dans l'air du temps languedocien. Bleu Velours 2015 est un assemblage issu de toutes les vignes de Montpeyroux. Syrah, grenache, carignan et cinsault sont vinifiés ensemble et élevés dans des barriques de trois à cinq vins. Du volume et une volupté recherchée, d'où le choix de son nom, même si le vin n'est pas dénué d'élégance et d'une certaine fraîcheur. Enfin, Les Combarioles 2015, en Terrasses du Larzac également, dans un esprit très grenache mûr, avec 25% de syrah passée en barriques. Le grenache reste en cuve et le tout est élevé pendant quinze mois environ. Une belle restitution d'un terroir de graviers très filtrants, sur un support calcaire. La plantation de ce grenache s'étant faite en deux phases : 71 ares en 2002 et 60 ares en 2007.

Une gamme qui s'est donc construite sérieusement, avec le temps, mais on n'imagine pas Pascale Rivière se lancer dans de quelconques élucubrations viniques. Parce qu'elle sait sans doute que les amateurs la connaissent pour une forme de sérieux et qu'elle accepterait sans doute difficilement que cette production féminine soit taxée d'approximations. Son métier, elle a certes envie d'en partager les mystères et les bons côtés, mais elle semble exprimer le fait que cela reste une sorte de combat au quotidien, ou la solidarité est souvent virtuelle. Cette solidarité, plus féminine à ses yeux, qu'elle retrouve sans doute dans l'association Vinifilles, "un bataillon au féminin engagé dans la viticulture en Occitanie", dont elle est une des animatrices et fédérée depuis 2009. A l'heure où l'engagement pour telle ou telle cause est vite dénigré, voire moqué, on peut être rassuré de croiser le chemin de telles personnes.