J'ai commencé à écrire cet article, ce post le 11 août, soit un mois avant ce 11 septembre, date de mon anniversaire, le soixante-deuxième pour ma part (comme le temps passe!). J'étais seul à Saint Magne, pour une sorte de mission de gardien de phare, au coeur des Landes Girondines. Un endroit qui a tout pour lui, qui gagnerait sans doute à être connu à plus d'un titre (mais que l'on garderait volontiers pour soi!), même quand on n'a pas lu le livre de Jean-Paul Kauffmann, La Maison du Retour et où le vent agite élégamment tous les acteurs de ce paysage vert, pins, chênes, olivier, rhododendrons, frangipanier et bambous du jardin... Le matin, j'avais fait bouilloter gentiment une jolie confiture d'abricots et même quelques petits pots d'un chutney destiné aux grillades estivales ou au foie gras des journées d'hiver, lorsque la température glaciale réfrigère cette contrée supposée si tempérée. Mais, la forêt surprend toujours en décembre ou en janvier par sa froidure matinale. Peu avant midi, j'avais sollicité Alexa et depuis elle me repassait tout le répertoire de Michel Jonasz. Y'a rien qui soit toujours pareil!... Que des chefs d'oeuvre!...

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Parfois, aux confins de la Gironde et des Landes, le vent tombe au point que plus rien ne bouge... Le seul bruit qu'on perçoit, c'est celui qu'on fait en nageottant, façon nageur de combat en retraite, dans la piscine dont l'eau est proche de trente degrés, suggérant quelque lagon lointain, à la turquoisité troublante. Tiens, à propos, le Rainbow Warrior III est présent au port de la Lune, à Bordeaux, depuis quelques jours!... Quand on pense à nos réflexions actuelles et à nos constats (parfois nos combats!) quant à la santé de notre planète et celles qui étaient d'actualité en 1985!... Essais nucléaires dans le Pacifique!?... Les générations futures nous le pardonneront-elles?... Tiens, Michel Jonasz était au Palais des Sports, cette année-là!... Puis, il s'est mis à pleuvoir, tôt le dimanche matin. Une bonne pluie, comme en rêvaient les vignerons bordelais, pour aller vers des rendements "corrects" pour ce millésime 2019. Alors, en attendant que le soleil revienne, j'ai repris le cours gondolieresque de mon livre du moment, encore un Kauffmann, Venise à double tour, sorte de roman policier qui arrive à son terme tant bien que mal, parce qu'une telle (en)quête (à mi-office) porte en elle le germe d'un semi échec... Que Venise ouvre toutes ses portes, celles des églises fermées, à celui qui voulait en faire un livre qui ne soit pas un catalogue, mais plutôt un guide de l'inaccessible, c'était comme la recherche d'un éditeur qui croit en votre projet, mais qui ne signe jamais le contrat attendu... "C'est pourtant une superbe idée!..." Mais...

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Mais, y'a rien qui soit toujours pareil!... Y'a rien qui dure toujours, même l'échec!... Et, y'a peu de chance qu'un dinosaure de la blogosphère vinique (fut-il the last!) ne soit mat avant l'heure!... Après tout, si la ligne d'arrivée, là, si proche, se dérobe, c'est qu'il y a bien quelques raisons... Et là, une semaine de solitude ne fait que vous renforcer. Pas sur des idées qui, au final, pourraient se révéler n'être que des blocages, mais parce qu'au fond, on ne gagne pas forcément parce qu'on a raison. Ou parce que la raison est toujours supérieure à la passion. Il faut simplement décider de continuer à avancer, parce qu'un jour, y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil... Bien sûr, lorsqu'on se lance dans un tel projet, on le fait un peu pour soi. Beaucoup?... Vous croyez?... On se nourrit de l'inconnu, de ces voyages qui n'aboutissent pas exactement où on l'espérait... Lisez Kauffmann et vous comprendrez!... Les rencontres vous nourrissent aussi, celles que l'on provoque parce qu'elles sont listées sur un carnet de voyage, mieux qu'un agenda, celles qui surviennent au détour d'un chemin, sur une île grecque ou au coeur de la Crête, au moment où on s'y attend le moins, sous la tonnelle d'une paillote locale... On se dit alors qu'il faut mettre du vent dans le récit, celui qui gonfle les voiles ou celui qui donne une lumière particulière au paysage sous nos yeux... Et que dire alors de l'envie de partager tout cela dans un récit d'escapade!...

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Mais, la quête, si elle est un peu le chemin que l'on parcourt et qui enrichit, on a besoin de la voir aboutir. Pas par satisfaction personnelle égocentrée, mais aussi pour tenter de capter dans le regard de vos interlocuteurs quotidiens ou pas, ce qu'ils puisent dans le votre, forcément plus intense, puisqu'il se charge de toutes les lumières bleues du monde. Et puis, partager le contenu, c'est au-delà de la quête. A quoi bon être riche d'images, si c'est pour les enfermer dans une carte-mémoire ou un quelconque cloud?... Il y a déjà bien assez de nuages comme cela dans notre vie!... Alors, certains jours, il faut décider de partir, même quand la conjoncture nous freine...

Alors voilà! En cette mi-septembre, me voilà transformé en procrastinateur!... J'ai un buffet à peindre, je fais des confitures, la corvée des courses en tous genres n'en est plus une, je sors Horta faire un tour, à moins que ce ne soit l'inverse... Mais, je sens bien qu'y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil!... Peut-être faudra-t-il que je saute dans un avion qui vole vers Venise, histoire d'aller contempler... les vignes d'Orto di Venezia, sur l'île de Sant'Erasmo, considérée comme le potager, mieux le jardin de la cité vénitienne et ainsi continuer ma quête.

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Celle-ci pourrait se conjuguer en mode Adriatique au départ de Venise : Hvar, en Croatie, Céphalonie et Zante, en Grèce et pourquoi pas Ithaque, voire Corfou, ces dernières dans les Îles Ioniennes... A moins que le sud de la Corse et la Sardaigne... Attention au départ!... C'est certain, un jour, y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil!...