Suite de notre escapade tourangelle. Et suivant les conseils de Valérye Mordelet, du Domaine Les Loges de la Folie, nous avons opté pour l'Auberge de Launay, à Limeray, non loin d'Amboise, afin de nous sustenter.

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Une étape en bordure de la levée de la Loire tout à fait recommandable!... Rapport qualité-prix louable et très belle carte des vins, ouverte sur toutes les régions. Même notre hôte de la fin d'après-midi, nous a avoué en avoir apprécié récemment l'accueil et la table!... Ce dernier d'ailleurs, nous conseilla de prendre notre temps, préférant que ses visiteurs, d'une façon générale, entame une dégustation au domaine, avec une digestion bien avancée...

- Vouvray, Domaine du Clos Naudin, Philippe Foreau -

Un domaine en lettres d'or et pas seulement sous l'effet du soleil couchant de cette fin de journée automnale. En venant du village de Vouvray, montant la rue de la Croix Buisée, les amateurs qui rendent visite à Philippe Foreau, laissent sur la droite le célèbre Domaine Huet, l'autre référence locale.

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Peu de temps suffit, au contact du viticulteur du Clos Naudin, pour comprendre que nous sommes en présence d'un passionné. Il faut l'être forcément, pour remettre, année après année, l'ouvrage sur le métier et rester au sommet, dans l'estime des amateurs et des professionnels. En Val de Loire, ils sont peu nombreux les vignerons, à se targuer d'une telle constance de louanges, en même temps que de qualité, millésime après millésime. Ses "produits", ses cuvées, se veulent le reflet des vendanges de l'année, avec leur inévitable disparité, leur propre météo si influente, ne serait-ce que sur l'ordonnancement de la cueillette, dès que septembre fut venu... Philippe Foreau soutient que, lorsque le vigneron décide de la vendange, après quelques visites successives à la vigne, il est comme le pêcheur de bar ou de coquillages!... Il connaît son coin de pêche et devine à l'avance ce qui fera un beau panier. La force du vent... La température ambiante...

La pêche, les poissons, les crustacés... Une sorte de dada pour Philippe Foreau!... Un sujet fatalement abordé lors d'une dégustation en sa compagnie, pour évoquer les accords mets et vins. Certains amateurs soutiennent d'ailleurs qu'en la circonstance, ses conseils sont très indicateurs de l'estime qu'il porte pour tel millésime ou pour la cuvée qu'il vous présente... S'il vous dit : "Avec ce vin, une recette de moules au naturel!...", ce n'est pas du tout la même chose que : "Alors là, il vous faut le homard breton!..." Rassurez-vous, personne ne l'a jamais entendu suggérer un poisson pané!...

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Philippe Foreau est volontiers didactique avec ses visiteurs, pour peu qu'ils disposent d'un peu de temps. Il évoque sans détours, faits et méfaits, donne et maldonne de Vouvray, ses 2100 ha et sa production de bulles, atteignant désormais 70% du volume récolté!...

Bon an, mal an, ces dernières ne représentent pas plus d'un gros tiers au Clos Naudin. Le domaine compte 12 ha de vignes, situées en "première côte", dont la moyenne d'âge est 38 ans. Elles sont toutes issues de sélection massale (sauf 60 ares en clonale, plantés en 1985). Le maître mot ici, ce que Philippe Foreau qualifie de "logique biologique", c'est la lutte mécanique contre l'herbe. Un travail du sol "historique", puisque sa pratique est la même que celle du grand-père, puis du père du vigneron.

A noter que cette année, des essais d'enherbement au milieu du rang ont été entrepris sur des parcelles plus vigoureuses. Une méthode que Philippe Foreau ne définit pas comme la panacée. Pour lui, l'herbe, c'est certes, moins de pourriture (sauf une année comme 2003, où l'herbe "attire" l'humidité, d'où la nécessité alors d'être réactif et de la faire disparaître!), mais c'est aussi moins d'acidité!... Et là, pour quelqu'un qui considère qu'une malo est un accident, le constat risque de vite tourner au cauchemar!...

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Donc, point de revendication de méthode bio au domaine, mais des soins quotidiens pour cette terre vouvrillonne, froide certes, où les meilleurs vins sont, en principe, produits sur des argiles profondes, avec un plus dû aux silex. Pour Philippe Foreau, les paramètres pour la production de vin sont nombreux (plus de 500!) et il convient de faire quelques petites expériences, en mesurer l'impact et d'être attentif et réactif.

A noter que l'élevage en barriques reste limité, puisque la mise en bouteilles intervient fin avril, début mai suivant les vendanges. Il est possible d'élever sous bois, en moyenne, 300 hl de vins tranquilles, mais le renouvellement de barriques neuves n'excède pas 3% en moyenne également (1 en 2008, 6 en 2007, par exemple). Enfin, un précepte essentiel, qui claque comme un étendard sur les tours du château d'Amboise : "Un vin blanc sans soufre ne peut avoir de grande dimension!... Il sera bon à la barrique, mais risque après la mise, le transport, la garde, de partir vers l'oxydation..." Voilà de quoi alimenter le débat dans l'air du temps!... Au domaine, les vins ne dépassent guère 20 mg de SO² libre et 140 mg de soufre total sur les liquoreux botrytisés.

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2008 ne s'annonçait pas sous les meilleurs hospices à la mi-septembre, si bien que, Philippe Foreau envisage alors de ne pas faire de moelleux. Les acidités étaient alors très soutenues, mais elles ont fini par chuter. Les moelleux atteindront finalement 18° potentiel!... Nous n'avons pas eu le temps de goûter les bernaches, mais le matin même, avec toute son équipe, le vigneron les a trouvées subtiles et quasi miraculeuses!... Il estime qu'elles sont comparables à 1983 (!), en un peu plus riche pour les sucres. Les demi-secs seront majoritaires, mais secs et moelleux seront au rendez-vous.

Place à la dégustation, dans le confortable petit bureau. Elle allait nous réserver quelques jolies surprises :

- Brut non millésimé :
En fait, il s'agit de vins issus de 2004. Plutôt un joli nez de prime abord, qui glisse vers des notes végétales. Pour la fraîcheur d'une mise en bouche, ou d'un apéritif.

- Brut Réserve 2002 :
Du fruit mûr, de la fraîcheur et de la finesse. Approche tonique et légère et un corps qui se révèle à peine. Pour des St Jacques aller-retour!...

- Vouvray sec 2007 :
3,5 gr de SR. 13,1°. Belle acidité, franche et droite. En bouche, le vin a du corps et dispose du gras qui caractérise le terroir d'origine, des argiles épaisses. Les poissons les plus nature possible lui conviendront, mais aussi les langoustines, poissons grillés, mais pas les huîtres!... Et un peu de temps aussi, pour ceux qui auront la patience!...

- Vouvray sec 1991 :
Il vous en reste?!... Pour ceux qui avaient osé, un juste retour des choses. Dans un registre léger au départ (11,9°), un vin qui montre le potentiel du chenin vouvrillon.

- Vouvray demi-sec 2007 :
17 gr de SR. Jolie vivacité, sur d'élégantes notes d'agrumes, clémentines, pamplemousse... Belle tension en bouche. A associer à une sole, de la lotte aux zestes d'orange ou un blanc de poulet à la citronnelle, pour ne pas masquer le dynamisme de la bouche, sa projection vers l'avant...

- Vouvray demi-sec 1988 :
Un beau caractère minéral de prime abord, puis des notes tertiaires façon verveine-tilleul. Un vin à la personnalité certaine. Une force encore vive. Une cuvée pour la table.

- Vouvray moelleux 1995 :
50 gr de SR. Riche et élégant, d'une belle complexité. Il s'agissait là de raisins passerillés. Un vin pour l'apéritif, à moins qu'un poulet au curry ne réponde au mieux à son caractère finement épicé à l'aération.

- Vouvray moelleux 1996 :
60-65 gr de SR. Sa beauté et sa complexité ne le destine pas aux desserts!... Belle puissance sur la truffe, les épices, une touche de rhum!... Belle longueur toujours tonique. Le compagnon idéal du homard grillé aux épices ou du canard aux pêches, voire d'une tajine aux fruits secs.

- Vouvray moelleux Réserve 2003 :
11° d'alcool, 150 gr de SR. Un très beau vin, toujours disponible, qui tend à nous démontrer que le millésime n'est pas forcément celui qu'on croit!... Belle liqueur, mais l'acidité a du répondant!...

- Vouvray moelleux 1947 :
Nous espérions un grand millésime du passé, comme ceux dont Philippe Foreau a le secret!... Et nous fûmes gâtés!... La bouteille, comme elle se présente, laisse le vigneron perplexe... Le niveau est un peu bas, le bouchon noir est en mauvais état... La robe est d'un or cuivré, teinté de rouge orangé façon sanguine!... Le nez est complètement sur la prune rouge! Étonnant!... La bouche est un peu imprécise, diffuse et révèle ce qui cloche. Le sang de Philippe Foreau ne fait qu'un tour!... Il se lève, sort de nouveau et revient quelques instants plus tard, avec la même bouteille, mais cette fois-ci, superbe!... De l'or ambré, un peu de prune encore, toujours des notes de rhum. Et puis, une expression qui s'ouvre sur la tarte tatin, la gelée de coing... L'esprit vagabonde... Cette pâtisserie, sur la table du salon, un dimanche après-midi, face à la cheminée... Et si on écoutait Jordi Savall, interprétant Marais Marais?...