Quelques nouvelles d'Éric Bernardin, dont vous connaissez sans doute le blog A boire et à manger, qui ne sera pas présent cette année à St Jean de Monts, à l'occasion de REVEVIN 2010, lancé qu'il est dans une nouvelle aventure et occupé à peaufiner les textes d'un livre consacré aux Grands Crus du Médoc : Une aventure médocaine. Il en est le co-auteur, avec Pierre Le Hong, photographe et cartographe.

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- Bonjour Éric, comment en es-tu arrivé à co-écrire ce livre?

Comme nous le racontons sur le blog, Pierre a eu l'idée de faire ce livre il y a près de quatre ans, après avoir réalisé une carte didactique sur le vignoble bordelais. Il s'est dit : "Pourquoi ne pas se concentrer sur le Médoc, qui possède des chais spectaculaires que l'on pourrait représenter en infographie et montrer aussi, avec des cartes en 3D, la multiplicité des terroirs?"

Il a commencé à démarcher les châteaux, pour savoir s'ils seraient d'accord pour participer au projet. Quelques réponses positives l'ont encouragé à persister dans cette aventure. Il lui fallait néanmoins l'aide d'un co-auteur, pour s'occuper des textes du livre. Seul, la masse de travail aurait été beaucoup trop importante. Notre véritable collaboration a débuté fin 2007. A ce moment, le projet tournait un peu au ralenti... Sur les vingt châteaux prévus, un seul était presque achevé, Gruaud-Larose. Pour Lafite-Rothschild, seule la partie chai était terminée, mais il restait la viticulture, le terroir, l'historique... Et il restait moins de trois ans pour les dix-huit autres!...

Il a donc fallu terminer ces deux-là, puis s'attaquer aux autres!... Un travail de longue haleine commence alors : au rythme d'une fois par mois, nous prenions trois ou quatre rendez-vous, l'un avec le chef de culture d'un château, le maître de chai d'un autre, le propriétaire d'un troisième... Au fur et à mesure des entretiens, il fallait ensuite compléter les dossiers. Fin 2008, cinq châteaux étaient terminés, avec une dizaine d'autres en chantier!... Honnêtement, je me demandais si nous allions finir dans les temps...

Et puis, l'on ne sait par quel miracle, en 2009, tout s'est débloqué!... J'ai pu finir l'ensemble des textes concernant les domaines. Il ne me restait que les "annexes" à écrire : historique et climatologie du Médoc, géologie, glossaire... et conclusion! Pierre accusait un certain retard, mais l'infographie réclame un travail énorme!... Désormais, il reste trois mois, nous sommes dans les temps!...

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- Quelles ont été vos relations avec les châteaux?

Il faut noter d'abord que chaque domaine a des structures hiérarchiques spécifiques. Nous étions tantôt en relations avec le propriétaire, tantôt avec le régisseur ou avec un gérant. Et cela change profondément le problème! Certains ont des comptes à rendre, d'autres non... Nous nous sommes rendu compte néanmoins, du rôle central des "chargés de communication". Ce sont souvent eux qui ont le dernier mot!...

Nous avions un contrat moral clair avec les châteaux, qui nous communiquaient les informations dont nous avions besoin, mais qui souhaitaient garder un droit de regard sur nos textes. Dans les faits, très peu de choses ont été modifiées, souvent des points de détail à la marge...

- Quels sont les châteaux ou les personnes qui vous ont le plus impressionnés?

Difficile de ne pas citer, en premier lieu, Jean-Michel Comme, de Pontet-Canet! Par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le Médoc, c'est un extra-terrestre!... Et l'homme est vraiment attachant par sa sincérité et son amour de la vigne. Nous avons aussi eu l'occasion de faire connaissance avec Alfred Tesseron, le propriétaire du domaine, qui le soutient totalement et reste très impliqué.

Parmi les propriétaires, notre plus belle rencontre, c'est sans aucun doute Anthony Barton, à qui nous avons consacré un long entretien dans le livre. Cet homme est la mémoire vivante d'un Médoc qui n'existe plus... Nous en avons fait de même avec Jean-Michel Cazes, qui personnifie le renouveau de la région dans les années 80. Belle rencontre aussi avec Paul Pontallier, de Château Margaux. Ce n'était pas gagné, au départ!... Puis, la glace s'est rompue, lors d'une dégustation parcellaire et les relations sont devenues plus cordiales.

L'accueil le plus chaleureux est venue de toute l'équipe de Pichon Comtesse! Lors de chaque visite, nous avions l'impression d'être en famille!...

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- Tu as évoqué des dégustations parcellaires. Que vous ont-elles apporté?

Elles ont clairement montré que la notion de terroir est importante dans le Médoc, contrairement à ce que beaucoup de personnes peuvent penser. Chaque domaine possède plusieurs types de sols/sous-sols, qui permettent d'offrir une palette gustative unique, variable selon les millésimes.

Nous avons également pu constater que l'assemblage de plusieurs lots est presque toujours meilleur que ses différentes composantes prises séparément, même si certains étaient magiques!... Tels les cabernet sauvignon issus de graves ou le petit verdot, qui m'a souvent bluffé! Lorsque les rendements sont faibles et qu'il reçoit les meilleurs soins, il est carrément... magique!...

Nous avons eu la chance de faire ces dégustations avant que l'élevage en barriques ne marque les vins, avec alors une pureté aromatique difficilement imaginable. C'est à se demander si un élevage en cuve ne ferait pas de ces vins, d'autres Grands Crus!...

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- Une conclusion?

Le Médoc est passé d'une relative pauvreté au cours des années 60, à l'opulence de la décennie 90. Cet afflux d'argent a permis de rénover les propriétés et de disposer de moyens technologiques rarement rencontrés ailleurs. Beaucoup s'interrogent sur ce qui pourrait encore faire progresser la qualité des vins... La biodynamie est une voie qui commence à devenir crédible, aux yeux de certains. D'autres travaillent sur le micro-parcellaire, tenant compte de la moindre variation du terroir, pour en tirer la quintessence. Chacun voit midi à sa porte et c'est très bien ainsi!...

Quant à nous, nous avons vécu une expérience formidable et unique. Il est rare de pouvoir boire des vins avant l'assemblage, comme de passer autant de temps avec les responsables techniques des domaines. Tous ont été surpris du temps que nous avons passé à voir et interroger les uns et les autres.

C'est cette belle aventure que nous essayons de raconter sur notre blog, qui j'espère donnera envie à nos lecteurs d'en savoir plus en découvrant notre livre.

Rendez-vous donc en septembre prochain, pour découvrir tout le sel, tout le piment de cette aventure rare!...

Les panoramiques sont de Pierre Le Hong