Pour d'aucuns, ces vendanges 2012 sont interminables. De retour d'Ardèche, il est clair que cette longue période de cueillette a pesé sur les organismes, tant du côté de St Marcel d'Ardèche que de Villeneuve de Berg ou Valvignères!... Vignerons et vigneronnes aspirent à ce répit qui accompagne la satisfaction d'avoir ramassé cette vendange dans des conditions satisfaisantes. Les vignerons (et les vendangeurs!) sont parfois lessivés, mais pas les raisins!... Ouf!... Quelques jus s'expriment déjà, parfois, sur un mode gourmand, sans qu'il faille absolument généraliser. Monstres de complexité et d'expression? Équilibres façon grands millésimes? Rien n'est moins sur, mais le talent des vignerons exigeants va s'exprimer dès le printemps 2013. Il faudra peut-être écarter des vins trop neutres aromatiquement, au risque de conserver des volumes plus restreints pour les cuvées à succès, ou miser sur une année qui pourrait offrir des vins gouleyants, droits, agréables, grâce à d'habiles assemblages.

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Ne tirons donc pas trop de plans sur la comète. Les vignerons n'en sont pas au stade des certitudes, comme c'est parfois le cas, certaines années, lorsque les cuves sont enjôleuses dès les premiers jours et embaument les cuviers. En ce début octobre, ils savent que beaucoup d'informations plutôt négatives ont circulé (attaques de maladies, coulure, millerandage, nécessité d'un travail intense en mai-juin... si tant est que ce dernier point soit négatif!) et en sont plutôt à tenter de rassurer le chaland de passage... et peut-être un peu eux-mêmes!... Un aspect du millésime, quand même : on entend dire assez souvent que nombre de bios s'en tirent mieux que bien des conventionnels cette année!... Info ou intox?... En tout cas, de toute évidence et visuellement, dans nombre de parcelles, certains tenants du tout technologique et de la machine à vendanger avaient du souci à se faire, lors de la publication du ban des vendanges. Affaire à suivre!...

De l'incertitude donc, jusqu'au bout. Y compris à Bordeaux, où les difficultés printanières n'ont pas été moindres que dans d'autres régions, mais où les vignerons surfaient jusqu'alors sur le temps sec d'août (un peu trop peut-être?) et de début septembre, pour communiquer positivement. Au Domaine de Chevalier, à Léognan, par exemple, les premiers sauvignon ont été ramassés à partir du 10 septembre et la cueillette s'est prolongée près de deux semaines, jusqu'au moment où ce fut au tour des sémillon et ce, jusqu'à la fin du mois. Il convient maintenant d'attendre pour qualifier les jus, mais rappelons que, là comme ailleurs, une des caractéristiques typiques du millésime, c'est le déroulement chaotique de la fleur. Dire que cela soit sans conséquences est une autre histoire. Du côté des rouges, le domaine misait sur des vendanges dans la foulée. C'était sans compter avec l'avis de Stéphane Derenoncourt qui, en sa qualité de conseil, stoppa net toute intervention prématurée (à ses yeux!) dans les parcelles. Excepté pour les jeunes plantes, les premiers merlot ramassés l'ont été le 9 octobre, soit dix jours après la fin des blancs!... Et tout va devoir s'accélérer du fait de la météo quasi tropicale caractérisant cette semaine : ciel gris, beaucoup d'humidité, des températures qui atteignent aisément 25° dès que le soleil parait... On est passé du mode efficacité à l'urgence!... Pas moins de soixante coupeurs sont mobilisés, ainsi que treize porteurs et quinze personnes à la table de tri!... Ma p'tite entreprise (air connu)!... Pour les cabernet à suivre, du coup, début vers le quinze et une fin probable juste avant la Toussaint!... Si la météo se maintient, il est temps de brûler des cierges à St Vincent, St Martin, St Vernier et autre St Urbain!... Tous les protecteurs amis des vignerons sont appelés à la rescousse!

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Non loin de là, au Château Mirebeau, Cyril Dubrey nous précise le 27 septembre que "les sauvignon blancs, vendangés avant la pluie du 17, sont en train de fermenter dans mon camion frigo (à défaut de chambre froide sur place). La qualité des raisins est une des meilleures de ces cinq dernières années : les beaux degrés de 13,3 (environ!) sont suppléés par des pH de 3,35, annonçant des vins gras, longs et puissants. C'est du moins, l'idée que je m'en fais! Les levures indigènes feront ce qu'elles veulent!"

"Pour les rouges, profitant de la pluie pour mettre le chai en configuration "réception de billes noires au fort potentiel", nous attendons que le soleil revienne, mettant une dernière touche solaire à un millésime de tous les excès. Un millésime pour les clairvoyants! Tout un programme biodynamique!..."

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Autres nouvelles très attendues, celles venant de Champagne, où les bios en ont bavé cette année!... C'est Francis Boulard, alias f6b, qui nous communique les dernières nouvelles du Vendangeoir du Luxembourg, à Cauroy lès Hermonville, le 19 septembre, nous gratifiant au passage de quelques jolies photos d'actualité. "2012, des raisins portés à bout de bras toute une rude saison... Gelée de printemps en Vallée de la Marne, période froide et humide au moment de la floraison qui s'est étalée sur trois semaines, provoquant coulure et millerandage, pluies permanentes et violents orages de juin à fin juillet, qui ont favorisé l'implantation et le développement du mildiou sur feuilles, puis sur grappes (30% de perte pour les parcelles les plus touchées!). En revanche, l'oïdium nous a épargné."

"A la faveur d'une belle arrière-saison et de mois d'août et septembre secs, ensoleillés et chauds, l'état sanitaire des grappes est parfait... Nous espérons de beaux jus et de grands vins au tout début de cette vendange."

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Parcelle de vieille vigne du Murtet, sur les sables du Massif de St Thierry, le pinot noir de cinquante ans (sur porte greffe 3309, le plus hâtif) : la cueillette s'effectue en deux passages, deux tris, au regard de l'hétérogénéité des grappes, due à l'étalement des trois semaines de la floraison. Un premier passage pour récolter les plus mûrs, les grappes bien noires, en laissant les raisins rosés qui sont récoltés lors d'un deuxième passage, une dizaine de jours plus tard. "On est content, nos six passages à pieds, avec un petit chenillard (dans l'impossibilité de passer avec l'enjambeur, sur des sols trop humides, gorgés d'eau), effectués après les gros orages, parfois le dimanche et les jours fériés, ne sont pas vains. Nous avons sauvé la majeure partie de la récolte, voire même de belles (petites) grappes indemnes de mildiou. OOOoooouuuFFFF... C'est un soulagement. On est récompensé de nos efforts. Les chardonnay sont beaucoup plus en retard de maturité que les pinot noir et les meuniers. Nous les vendangerons la semaine prochaine".(à compter du 25).

Après avoir évoqué plus haut les saints protecteurs de la vigne et du vin, nous voici dans les mûrs (et les vignes!) de l'Abbaye de Lérins, sur l'île de St Honorat. Là-bas, au large de Cannes et de la célèbre et cinématographique Croisette, notre aimable correspondant Samuel Bouton n'est pas loin de dérouler le tapis rouge au millésime 2012!... "Le millésime se présente très bien. Les vendanges ont commencé fin août sous un magnifique soleil, qui nous a permis de récolter des pinot noir de très belle qualité. Nous avons mis en place la macération préfermentaire à froid, avec la neige carbonique, qui nous donne beaucoup d'arômes fruités."

"Ont suivi début septembre, les vendanges des chardonnay, riches en sucre et bien mûrs, puis du viognier, si délicat et rare. Nous ramassons actuellement (le 19 septembre) les syrah, avec leurs beaux tannins intenses et élégants. Suivront les clairette et pour terminer, début ou mi-octobre, avec les mourvèdre."

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Source : www.abbayedelerins.com

"C'est Philippe Faure-Brac qui sera le parrain du millésime 2012, pour nos vingt ans communs : relance du vignoble de St Honorat et Meilleur Sommelier du Monde en 1992."

La Loire ensuite, au programme, avec tout d'abord, Marc Ollivier, au Domaine de la Pépière, dans le coeur du Muscadet. Les vendanges ont débuté le 19 septembre, dans une partie du Clos des Briords : "Mauvaise surprise pour ce qui est des rendements, qui sont encore inférieurs aux prévisions et une bonne pour la qualité du mout : 6,1 d'acidité et 12,5° en alcool potentiel!... Du jamais vu ici, pour un premier jour de vendanges! Beaucoup de vignerons trouvent les acidités trop élevées pour commencer à vendanger, mais nous pensons qu'avec une telle densité, les équilibres seront forcément bons et que l'acidité sera fondue dans la richesse du moût. A bientôt pour plus de nouvelles!..." Et donc à suivre!

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De jolies vendangeuses dans les vignes, du côté de chez Noëlla Morantin, à Pouillé, dans le Loir et Cher, un secteur souvent cité parmi les plus touchés, par les calamités climatiques de l'année. Le 25 septembre, la vigneronne tourangelle nous communique ses premières impressions : "C'est parti depuis quelques jours! Nous avons rentré tous les blancs. Après tant d'efforts dans les vignes, la récolte est misérable : de 4 à 15 hl/ha!... Mais, rassurez-vous, la qualité est là! 2012 va définitivement rester dans les annales." En guise de conclusion, elle donne un très agréable petit coup d'oeil dans le rétro et nous fait une offre non négligeable : "Côté 2011, Chez Charles, le sauvignon, est en bouteilles. Buvons du Chez Charles tant qu'il y en a!...

Bonnes nouvelles du sud ensuite, option Ventoux, avec Olivier B, Amidyvement vôtre!... "Pour moi, l'année est dans la veine de 2009, 2010 en terme de date de maturité. Pas de pluie en été, 40 mm le 3 septembre et donc vendanges des blancs le samedi 22 au matin. Grosse pluie le lundi matin et le mardi soir suivants, mais les terres avaient tellement soif que cela s'est bien infiltré. Je compte sur l'herbe, le vent et le rafraîchissement pour permettre aux raisins de rester sur les souches jusqu'au 8 octobre et atteindre une maturité pelliculaire intéressante".

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"Troisième année sans cuivre et vraiment épaté par le résultat! Voici quelques photos, mes trois parcelles de syrah sont comme ça. Quelques pertes sur grenache dues au mildiou à la floraison, mais au final, 90% des parcelles ressemblent à la photo et devrait correspondre à mes objectifs de rendement à la souche. Plus d'infos dans quinze jours."

"Enfin, conclusion provisoire de l'expérience, quelle chance de travailler dans cette région au climat si particulier. Je ne suis pas un intégriste, chacun fait comme il le sent et ce n'est pas le moment de blasphémer, mais ici, le bio devrait être obligatoire!... Yalla!"

Quelques nouvelles ensuite de Vendée, où, le 3 octobre, le Domaine St Nicolas de Thierry Michon entamait "sa troisième semaine de vendanges. La qualité est au rendez-vous, mais les rendements sont très faibles à cause du gel de printemps sur une partie des blancs et de la coulure pendant la floraison. Le millésime 2012 s'annonce qualitatif et c'est bien là l'essentiel!... Nous pensons terminer la récolte en cette fin de semaine."

En guise de conclusion, quelques nouvelles du Domaine de Juchepie, d'Eddy Oosterlinck, à Faye d'Anjou : "Nous avons commencé lundi 1er octobre à trier les secs du "Clos". La vendange est saine, les degrés sont bons (autour de 13,5°), mais les quantités sont encore plus faibles que nous le pensions. La pluie n'arrange pas les choses : chaque jour, nous trouvons de plus en plus de botrytis. Donc, pour le sec de la semaine à venir, les quantités seront encore moindres. Certes, pas de mauvais pourri pour l'instant, mais les risques augmentent... Nous verrons dans une semaine comment cela évolue."

Peut-être d'autres nouvelles d'ici quelques jours!... A suivre...