Nous voici dans un site magique!... Avec ses airs de petit bourg de montagne corse, Calce est à classer très haut, au palmarès des plus beaux villages de France. A guère plus de quinze ou vingt minutes de Perpignan, il est passé du statut de commune au solde négatif à une pleine renaissance. De jeunes couples s'y installent, des enfants y naissent. On y compte désormais plus de 200 habitants. Et combien d'amateurs passionnés de vin et de dégustation, pour lesquels ce nom suggère forcément quelque chose?...

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Nous nous garderons bien de l'affubler de quelque appellation non contrôlée, du genre "Mecque de la viticulture catalane", ou "Capitale roussillonne des grenaches", mais, il faut dire que cette petite cité aux maisons de pierres, a bien des atouts, aux yeux des visiteurs. En effet, elle est entourée d'une collection de parcelles de vignes, perdues dans une nature protégée et peuplée d'une tribu d'irréductibles vignerons, passionnés de terroir, de biodiversité, de pureté d'expression et de minéralité. Il faut dire également, qu'à sa tête, le maire, Paul Schramm, s'y entend, en matière d'oenologie et de sommellerie et aussi, en tant que militant pour les vignes patrimoine du Roussillon. Bienvenue chez les Calçoises et les Calçois!...

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Venant d'Estagel, nous avons emprunté la D1, suivi le torrent de la Grave, franchi le col de la Dona, puis bifurqué vers Calce. Les lacets de la fameuse D18 nous offrent une suite de panoramas de la région. C'est tantôt le Canigou, tantôt la Méditerranée, puis la garrigue, les vignes... On devine aussi très vite, toute la variété des sols.

Côté vignerons donc, le village ne manque pas de talents. Gérard et Lionel Gauby, Olivier Pithon, Tom Lubbe, du Domaine Matassa (qui monte, qui monte...) et Jean-Philippe Padié. C'est ce dernier que nous devons rencontrer ce jour. Nous nous arrêtons sur la petite place, au pied du clocher. Quelques instants de patience, la porte d'un cuvier s'ouvre. "Nous avions rendez-vous, n'est-ce pas?..."

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Au programme de la journée du vigneron, figure la mise en bouteilles de la cuvée Fleur de Cailloux 2008, prévue pour l'après-midi. Un vététiste casqué passe, s'arrête et s'informe de la possibilité de trouver du pain dans le village. En fait, il va tailler les vignes du Domaine de l'Horizon, de Thomas Teibert, un jeune allemand installé là depuis 2007 et qui marche dans les pas de ses aînés, tous attentifs à sa démarche et à son évolution.

Nous ne savons alors s'il sera possible de faire un tour dans les vignes, mais Jean-Philippe Padié nous propose une dégustation dans le chai à barriques. Il nous résume son parcours : natif de la Beauce, des parents originaires du Sud-Ouest, il découvre un jour les cuvées de Plageoles. C'est le flash!... Des études qui s'orientent agronomie, oenologie, puis il débute non loin de là, au Mas Amiel. En 2001 et 2002, il travaille chez Gérard Gauby. Puis, un jour, en 2003, il découvre une vieille grange dans le haut du village et se dit qu'elle ferait un joli chai.

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Au début, il dispose assez vite de 6,5 ha, dans cette mosaïque de terroirs qui caractérise Calce. Elle a pour origines une série de failles, souvent orientées est-ouest, avec quelques petites vallées le long de celles-ci. On y trouve des sols anciens, avec des calcaires très durs et blancs et beaucoup de marnes, plus des zones schisteuses. En allant vers la plaine, les sols sont plus jeunes. Désormais, le domaine compte pas moins de 15 ha. "C'est trop!...". Mais comment résister, quand s'est présentée l'opportunité de la reprise d'un01042009_063 fermage, comprenant des vieilles vignes de grenache blanc centenaires, sur un terroir magnifique, d'argile, de marnes et cette lentille grise, composée d'une sorte de petites ardoises fines, à flan de coteau?... Et tant pis pour le plantier qui va avec!... Il faudra faire face!...

Il faut dire qu'il a la chance de pouvoir compter sur quelques "intermittents", passionnés de paysages de vignobles spectaculaires et de viticulture : ses parents, qui séjournent régulièrement dans la région. Et comme Madame Padié mère adore la taille!... Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents... spécialistes!... Et puis, pour les aspects commerciaux et ceux afférents à la distribution de ses vins, Jean-Philippe est désormais associé avec Guillaume, un ancien copain de lycée, qui a suivi un cursus sur le sujet, du côté de Beaune. Association de malfaiteurs compétences!...

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Mais, la route est longue, passons à la dégustation!... Et comme l'on dit souvent, blancs sur rouges, rien ne bouge!...

- Calice 2007 :
La cuvée que d'aucuns boivent jusqu'à la lie!... (private joke). Du carignan jeune de moins de 25 ans (quand même!). Seule cuvée mono cépage et mono terroir, travaillée sur le fruit, en carbonique toute simple, sans pré-fermentaire à froid, issue de sols plus jeunes et réactifs. Le nom de la cuvée (un I ajouté à Calce), pour illustrer la verticalité du lieu et des vignes qui plongent dans le sol. Du fruit certes, mais une texture assez dense et serrée. "Dans l'esprit, je voulais faire un vin paysan!", précise le vigneron, qui n'oublie pas ses origines et sa prime jeunesse dans le Sud-Ouest, ainsi que ses souvenirs de Marcillac et de fer servadou. Pas la trame d'un vin exubérant et explosif. Plus Vermeer que Van Gogh!... Est-ce un peu pour cela que Jean-Marc Gatteron, de la revue Le Rouge et le Blanc, lui dit, au terme d'une dégustation au domaine : "Finalement, tes vins, ce sont des vins de protestant!..."

- Petit Taureau 2005 :
Un clin d'oeil à Claude Nougaro, bien sûr!... Un vin de terroir, avec lequel, "on se rapproche du caillou"!... Composée d'une grosse moitié de carignan sur parcelle à dominante calcaire et argilo-calcaire et de syrah sur marnes schisteuses. Les vignes ont entre vingt et trente ans. Le vin est d'une belle intensité. Droit et ferme.

- Ciel Liquide 2005 :
Issus d'une mosaïque de sols et de toutes petites parcelles isolées de vieux grenache et carignan. Une petite pointe de syrah et de mourvèdre, ou mataro, comme on dit en Catalogne. Élevage d'un an en demi-muids, puis un an et demi en cuves béton. Toute la vendange est égrappée. Puissant et intense, mais beaucoup de fraîcheur et de densité. Et une très belle longueur!... Une sorte de "buvabilité" immédiate, associée au potentiel évident de cette cuvée.

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- Ciel Liquide 2008 :
Un beau millésime en Roussillon!... Une année très sèche, au cours de laquelle, les vignes ont un peu marqué le coup, mais avec nettement moins de stress qu'en 2003. Des petites baies, très peu de jus, mais de beaux équilibres. Les acidités sont restées stables. Les vins ont un côté généreux, fruité, plus ouvert que 2007. Les rouges ont beaucoup de classe!... Cet échantillon, prélevé sur barrique est d'une fraîcheur incroyable!... Il est parti pour un élevage de deux, voire trois années. En 2008, cette cuvée ne se compose plus que de grenache en grappes entières et de carignan égrappés. La syrah est désormais destinée au Petit Taureau et le mourvèdre au Rosé. Toute la fraîcheur de Calce!... Village situé à 240 m d'altitude, avec les vignes entre 240 et 400 m. En été, des brises thermiques apportent toujours un peu d'air. Magique!...

- Ciel Liquide 2007 :
Prélevé sur fût. Grenache, carignan et un peu de mourvèdre. Le millésime se montre plus réducteur que 2008, pendant l'élevage. Pureté de fruit, verticalité, que dis-je, ancrage dans le terroir calçois!... Superbe!...

La transition vers des élevages prolongés s'est faite avec 2005. Pas moins de deux ans pour Petit Taureau et trois pour Ciel Liquide, le plus souvent. Avec Jean-Philippe Padié, redécouvrez la patience!...

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- Fleur de cailloux 2007 :
Grenache blanc, grenache gris et maccabeu à parts égales. Issu de vieilles vignes  (60 à 80 ans) situées plutôt sur des zones de plateau, avec un peu de profondeur de sol, ou de combes. Les grenache blancs sont sur sol argilo-calcaire, les grenache gris sur marnes calcaires très grises et le maccabeu sur marnes schisteuses, des sols un peu plus acides. Fermentations en barriques de 300 litres majoritairement, plus une 01042009_055petite partie en cuve. Laissés sur lies pendant tout l'élevage, sans batonnage. Belle tension, associée à une jolie complexité aromatique. Légèreté, pureté, petite pointe saline très apéritive.

- Milouise 2007 :
Passé en Vin de Table. Là encore, on se rapproche du caillou, nous ne sommes plus sur les zones convexes. Un demi-muid de Milou et un demi-muid de Louise. Les arrière-grands-parents paternels du vigneron, dont le portrait figure en bonne place dans le chai!... "Milou, c'est vraiment le squelette du vin et Louise, un peu la chair!..." Issu d'une mosaïque de terroirs très différents et de petites parcelles vinifiées ensemble, de vieilles vignes de grenache gris, en grande majorité, cépage quasi inexistant dans les décrets d'appellation, mais résolument exceptionnel, au dire de Jean-Philippe Padié, qui y voit tous les avantages d'une sorte de métissage du blanc et du rouge : délicatesse,01042009_052 esprit du premier et une certaine puissance, façon grenache noir, un grain de tannin et une sorte d'amertume délicate en bouche du second. Vin, pour partie, provenant de coteaux exposés nord, comme à Coume Majou. Absolument remarquable!...

- Fleur de cailloux 2008 :
Mise prévue ce jour. Plusieurs échantillons, prélevés sur fûts. Un grenache blanc d'abord, issu d'un sol très calcaire, avec ses notes crayeuses. Un lot qui a connu une fermentation malolactive tardive et qui est resté légèrement trouble. Puis une association d'un peu de grenache blanc et de grenache gris, sur marnes calcaires, qui apporte de la puissance et de l'onctuosité et un autre lot de grenache gris et d'une majorité de maccabeu sur marnes plutôt limoneuses. Le maccabeu, mal-aimé de la région, regrette Jean-Philippe, souvent arraché, mais vrai révélateur de terroir, parfaitement adapté au climat.

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Finalement, la cuvée attendra quelques heures de plus pour la mise!... Juste le temps de découvrir quelques parcelles du domaine. Et c'est là, que l'on prend conscience de la dimension artistique de l'approche et des motivations de Jean-Philippe Padié. D'abord, parce que nombre des paysages qu'il peut contempler chaque jour, sont autant de supports de rêve, pour un aquarelliste qui découvrirait cette région aux mille couleurs.

Être admiratif du travail du cheval, confronté à la difficulté d'une parcelle en dévers. Marcher dans la terre noire, lever les yeux et admirer le Canigou ou le Carlit. Mesurer un instant, la chance de disposer de ces parcelles tricolores, après tout le travail de débroussaillage, puis le soin apporté à chaque vénérable cep, qui porte l'histoire de ce pays à nul autre pareil, sa mémoire.

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Nous découvrons d'abord un petit clos avec vue sur Calce, le Moucheron, par opposition au Clos des Mouches, en Bourgogne (il est joueur J-Ph. Padié!...), en pleine zone calcaire, planté surtout de carignan de 60 à 80 ans, et juste labouré depuis moins de dix jours. Tout respire la vie, ici!... On marche avec précaution, entre les touffes de thym et de romarin sauvages. Quelques plans de lavande s'intercalent parmi les ceps.

A quelques encablures, d'autres parcelles entre deux ou trois mamelons. De vieux grenache gris témoignent de la force de la tramontane, certains jours et de toute la chaleur de l'été. Un fort coteau, une parcelle datPhoto1_49d5c93e4c304__1_guère mécanisable. Il faut dégager les ceps à la main. Milou et Louise se côtoient là, comme un couple de fiers catalans qu'ils auraient pu être. Et eux, sont-ils fiers de leur descendance?...

De l'authenticité, de la ferveur, la force des convictions, Jean-Philippe Padié nous renvoie un peu de tout cela, sans élever la voix, avec réserve, mais maniant volontiers l'humour. Pour nous, visiteurs de passage, le sentiment, souvent ressenti, d'être plus riches, après de telles rencontres.

C'est peut-être aussi ce que vous éprouverez au contact des vignerons de ce village, qui vous convient à une sorte d'opération portes ouvertes, ou caves ouvertes, le samedi 9 mai prochain, Les caves se rebiffent, sorte d'hommage, au passage, aux dialogues de Michel Audiard, dont ils sont, pour la plupart, de fervents admirateurs. Des merveilles, à Calce?... Llen-a!...