L'hiver, pour un peu, aurait tiré sa révérence en catimini et serait parti sur la pointe des pieds. Quelques inquiétudes commençaient à s'exprimer dans le vignoble et certains appelaient de leurs voeux une franche chute des températures pour février. Et voilà-t-y pas que Météo France nous gratifie d'une alerte météo option neige pour le 30 janvier et parle désormais de l'installation, pour quelques temps, du Moscou-Paris, un flux hideux et glacial qui va nous installer dans un transit réfrigérant. Pas chaud devant!... D'autres, encore moins rassurants, nous rappelaient récemment que les froidures de février 1956 s'étaient installées après un début d'hiver exceptionnellement doux... sans que l'on puisse tous s'en souvenir précisément et pour cause. Je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent guère connaître.

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Du côté du Château de Brézé, dans le Saumurois, Sylvie Augereau semblait également dans les confidences des dieux du climat ligérien (à moins que, lassée des commentaires revenus à ses oreilles depuis deux ans quant à la température ambiante de la Dive), puisqu'une efficace installation de moyens chauffants permettait aux uns et aux autres de converser aimablement, sans claquer des dents. Du moins, le dimanche... En fin de journée, il faisait presque chaud dans certains endroits!... Mais, le lundi matin, les premiers flocons apparurent à l'heure du petit déjeuner et tombèrent toute la journée. Le temps du passe-montagne était revenu, sans que cela n'altère la bonne humeur ambiante!... Éventuellement, une garbure fumante pouvait réduire joliment les effets du froid, pour ceux qui n'ont pas la chance de fréquenter les contrées subpolaires où se déroulent l'Elfstedentocht, la Vasaloppet, la Transjurassienne et autre Percée du Vin Jaune!...

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Pour ce week-end genre marathon biodynature, il fallait donc être en forme et couvert. En forme dès le samedi 29 au matin, à l'heure ou s'ouvraient les portes des Greniers Saint Jean, où les vignerons pratiquant la biodynamie répondaient à l'appel de Mark Angeli, Virginie et Nicolas Joly. Toujours un superbe plateau, où l'on notait quelques absences et quelques nouveaux venus de diverses contrées. Bien sur, il est impossible d'être exhaustif en matière de dégustation à cette occasion et les visiteurs prennent aussi le temps de converser, de confronter parfois les points de vue, d'évoquer quelques canons enthousiasmants et accessoirement, de se restaurer sur place ou non loin de là, à la table d'Autour d'un cep par exemple, où les convives viennent parfois, eux aussi, de contrées lointaines : passionnés brusseleirs, cavistes webistes, blogueuses et blogueurs, geeks insatiables, star du web...

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Côté salon, un plaisir de revoir Laureano Serres et Joan Ramon Escoda, ainsi que Nuria et Diego Soto, tous venus de leur Catalogne espagnole et souvenirs de quelques chaudes journées de l'été dernier. Insondable nostalgie... A Angers, le temps est toujours sec et ensoleillé. Quelques centaines de mètres en sortant de table, pas mieux avant de se lancer à la découverte de très beaux flacons, comme en cachent les vignerons des Greniers. Parmi les plus exaltants du jour, la série de Billes de Roche et Clos de la Cerisaie, du Clos Mélaric, en Saumur-Puy Notre Dame, dont les progrès se confirment d'année en année, mais leurs supporters sont déjà nombreux!...

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D'autres jolies rencontres sous la majestueuse charpente : Michèle Aubery, du Domaine Gramenon et ses grenaches 2010, les Chateauneuf-du-Pape du Domaine Pierre André de Courthezon, la très belle série chez Jean David (nez rouge, pompon rouge!), de Séguret, sans oublier Matthieu Barret, à Cornas et Hélène Thibon, en Sud Ardèche, ce qui fait un Rhône très dense, puisque étaient aussi présents Jean Delobre, le Domaine Montirius, Jean-Pierre Monier et David Reynaud.

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Comme d'autres régions, Alsace et Jura avaient quelques ambassadeurs prestigieux, avec les Tissot, Deiss ou Humbrecht. Du côté de Bordeaux, les domaines issus d'appellations dites satellites tirent brillamment leur épingle du jeu en de telles circonstances. Ainsi Thierry Valette, du Clos Puy Arnaud, proposait de jolis échantillons. Enfin, la Bourgogne comptait un sympathique représentant en la personne de Julien Guillot, du Domaine des Vignes du Maynes et ses parcelles millénaires!... Ce dernier n'avait pas son pareil pour nous expliquer joyeusement comment le marc proposé est validé au domaine, par la grand-mère nonagénaire!... Bon pied bon nez, la vénérable macônnaise!...

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Certains ne manquèrent pas de découvrir (plutôt deux fois qu'une!) les cuvées d'Elisabetta Foradori et de son domaine sis dans les Dolomites, superbe passerelle pour joindre les Greniers à l'Hôtel des Pénitentes, non loin de là, où les Puzelat, Chaussard, Mosse, Villemade et Bonhomme invitaient quelques amis et non des moindres. Pour les mêmes raisons de timing (Brézé est à 75 km), il était difficile en ce dimanche de prolonger la prière auprès d'Agnès Mosse, pénitente supérieure pour l'occasion et ses amis. Néanmoins, nous avons pu y apprécier comme il se doit, deux très belles séries chez Patrick Meyer et Éric Pfifferling, plutôt rares dans les salons, mais essentiels. En tout cas, une belle réussite pour une première!...

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En Loire, nul n'est sensé ignorer la... Dive!... Ni la Loire d'ailleurs!... Il faut dire que Sylvie Augereau mobilise toujours les talents ligériens, la fin janvier venue, pour un meeting aux teintes internationales, qui se déroule dans les douves et recoins du Château de Brézé. Un site sans équivalent pour un salon où s'exprime la force du vin tranquille, en ces temps pré-électoraux. Et la démonstration que tous les vignobles, toutes les contrées peuvent produire des nectars, option nature pur fruit, pur jus.

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Dans la coursive pentue de ce grand vaisseau qui ne risque pas le chavirage, il est possible de faire quelques belles rencontres, parfois didactiques et d'autres teintées d'une sincérité qui laisse filtrer quelques difficultés. L'Ardèche (avec Gilles Azzoni, Gérald Oustric et Sylvain Bock) parle d'une seule voix, ou presque, lorsque Manu et Vincent, du Domaine Les Deux Terres évoquent les raisons pour lesquelles Jérôme Jouret doit abandonner l'identité qu'on lui connaissait (clap de fin aux Clapas!), un phénomène connu également des Angevins du Domaine des Pierres Sèches (vu aux Greniers), pour cause de dualité ardéchoise d'ailleurs.

Non loin de là, bref retour sur les conséquences d'un séisme au Chili, avec Louis-Antoine Luyt, tout entier tourné vers l'avenir, à travers ses très belles cuvées du millésime 2010. Quelques coups d'oeil à la carte, pour éprouver encore plus l'envie de partir découvrir le vignoble chilien...

A quelques pas, l'Italie est bien représentée par Luca Roagna, Gian-Marco Antonuzi (Le Coste) venu sans Clémentine, très occupée par la génération future, ou encore Dario Princic, vigneron de Venezia-Giulia, au-delà de Venise, aux confins de la Slovénie. De très beaux blancs issus de longues macérations, pour ce voisin de Josko Gravner, dont nous avons pu croiser récemment une cuvée élevée en amphores. Quelques regrets, au passage, de n'avoir pas pris le temps de déguster les vins de Paolo Vodopivec, venu également de cette lointaine contrée.

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Dehors, la neige tombe à gros flocons. Elle peut bien tomber. Pour le retour?... Même pas peur!... Puisqu'il en est ainsi, continuons de déambuler dans les salles et galeries du château. Parmi les vins appréciés çà et là, deux très beaux Champagne étiquetés Vouette et Sorbée, Blanc d'Argile et Fidèle, chez Hélène et Bertrand Gautherot, puis un Morgon zéro soufre 2011 (parmi d'autres) chez Marie et Matthieu Lapierre, pour le moins gouléyant!... Avec Jean-Claude Chossart, du Domaine Jolly-Ferriol, assez longue conver-station à propos des rancios catalans, preuves liquides à l'appui, suivies de la belle série d'Anjou et Chinon de Nicolas Reau. Enfin, très belle confirmation des vins (découverts au Picolo à Nantes, voilà quelques temps) de Raynald Héaulé, venu pour la première fois à la Dive, en droite ligne de son Orléanais, déjà plein de ressources... courtoises et dont Laetitia est absolument fan!... Mais, son avis vaut de l'or, nous pouvons le confirmer!... A noter également les cuvées un rien espiègles de Chahut et Prodiges ("y'a du vin, là!"), ou encore celles de Noëlla Morantin, tous tourangeaux pour le meilleur et le meilleur!...

En somme, que du plaisir!... Bien sûr, tout n'est pas toujours rose et croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, simplement parce qu'on évoque les sensations procurées par quelques jolis flacons, serait un brin excessif. Ce fut d'ailleurs l'objet du débat amical, lors de soirées gourmandes entre blogueurs, à l'occasion de ce week-end ligérien. Alors même que certains suggèrent la création d'un organisme certificateur qui distribuerait ses agréments à qui souhaite s'exprimer sur Internet à propos du vin, la question reste posée de la forme à donner au sentiment que l'on éprouve lorsque nos papilles dévissent ou que le langage de certains comporte quelques zones d'ombre troublantes. Nous sommes nombreux à opter pour le silence. Mais, est-ce la conduite à tenir, à la veille de l'introduction sur le marché des lois du bio industriel?... S'agit-il d'un manque de courage, ou d'un "droit de réserve"?... Parfois, le silence est d'or et vaut mieux que mille mots caustiques et grincements de dents. Nous nous en tiendrons donc, le plus souvent, à ce que le monde du vin contient d'humanité et de ferveur, certains jours, lorsque s'ouvrent les bouteilles et que l'on croise le verre jusqu'au bout de la nuit!... N'en déplaise aux censeurs de tout poil!...

Seule difficulté rencontrée ce lundi, la météo locale qui ne nous a pas permis de regagner Angers en temps en heure, afin de rencontrer les Vignerons bio de Loire, venus prendre possession à leur tour, des Greniers Saint Jean. Ce n'est que partie remise sans doute, mais ce petit grain de sable, ces flocons de neige plutôt, dans le tempo de ces trois jours en Anjou, laisse quelques regrets quant à la possibilité de réunir dans une même ville, si ce n'est en un même lieu, tous ces vignerons qui participent à générer notre enthousiasme.