Acte 2 dans la campagne pré-primeurs, en ce 2 avril, un petit tour au Château La Grâce Dieu-les Menuts, sur le plateau de St Émilion, non loin de Figeac et de Cheval Blanc. Très jolie salle de réception, pour accueillir une petite vingtaine de vignerons français et étrangers, faisant partie du groupe Haut les vins! qui ne se contente plus des "offs" de Vinexpo ou Vinisud et qui désormais s'exporte à intervalles réguliers, comme ce sera le cas, le 29 mai prochain, pour une 9è édition, à Stockholm.

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Moins de vingt vignerons présents mais, là encore, un très bel éclectisme, puisque si l'on comptait quelques représentants du grand Sud-Ouest pour jouer à domicile, il y avait aussi des Ligériens, des Espagnols, voire même un Rhodanien, deux Languedociens et un Champenois.

Entrée en matière très sud, puisque, après avoir revu avec plaisir quelques cuvées de Xavier Ledogar (Corbières), nous retrouvons certaines cuvées assez remarquables d'Éric Texier, du Domaine de Pergaud : une vivante roussanne issue de vieilles vignes, Brézème 2010, élevée depuis peu en amphores venant d'Espagne, puis Opale 2011, un viognier élevé façon riesling de Moselle et qui ne dépasse pas 7,5°, proposant un équilibre hors du commun. Le Pet'Nat' Roule ta bulle, pour l'essentiel du chasselas, est vif et tonique à souhait, voire plus!... Brézème 2009, version vieilles vignes de syrah n'est pas en reste et le grenache 2010 en Côtes-du-Rhône ouvre une belle porte au Châteauneuf du Pape 2010, issu d'achats de raisins. Une série réjouissante!...

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J'en termine avec Éric Texier et me dirige vers Evelyne de Pontbriand, du Domaine du Closel, mais un autre visiteur vient d'arriver à côté de nous : Michel Bettane. Nous lui laissons le privilège de (re)découvrir les Savennières du cru, puisque, saluant à la cantonade, il semble pressé de rejoindre l'autre rive, où il est attendu... Néanmoins, il aura, une ou deux heures plus tard, dégusté (de manière expéditive parfois) avec la plupart des vignerons présents. C'est beau les pros!... De notre côté, nous ne revendiquons pas tant de professionnalisme et nous prenons donc le temps de mettre le cap sur l'Espagne, joliment représentée ici.

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Évoquons tout d'abord deux belles confirmations : Olivier Rivière, français installé en Rioja, achète des raisins en Rioja Alta notamment et propose de belles cuvées (Gabacho 2010, Ganko 2009...), mais aussi le fruit de sa propre vigne, pur tampranillo, récolté à environ 1000 m d'altitude, Viñas del Cadastro 2010 et El Quemado 2010, en DO Arlanza, tonique et plein.

Ensuite, très belle série avec José Luis Mateo Garcia, de la Quinta da Muradella, en DO Monterrei, au coeur de la Galice, dont des blancs remarquables : Alanda 2010 et Gorvia 2009, issu de doña blanca, plantée sur granit par exemple. Des vins ciselés et frais, à l'image de la plus armoricaine, la plus finisterre des régions espagnoles!... Des vins découverts au Château de Cujac, à l'été 2011, une gamme qui ne peut laisser les amateurs indifférents.

Jamais deux sans trois (no hay dos sin tres, comme on peut dire outre-Pyrénées!) avec Empordan, à Cadaqués, en Catalogne, mais tout près de la frontière côté Banyuls et Cerbère. Salvador Dali disait : "Qui sait déguster ne boit plus de vins mais goûte des secrets." Avait-il été inspiré par les vins de la région?... En tout cas, ceux d'Ivo Pagés nous transportent vers d'autres horizons. Il a sollicité les peintres qui vivent dans ce petit port proche du cap de Creus, comme avant eux d'autres éminentes personnalités des Arts et Lettres (Picasso, Garcia Lorca, Bunuel, Magritte...), pour illustrer ses étiquettes : Pirata 2009 et 2010 (carignan, grenache, syrah, mourvèdre et petit verdot, sur des schistes et des sables granitiques), Sirènes 2010 et 2011 (chardonnay, grenache, maccabeu et muscat)... La mer, le soleil, tout est presque dit!... Mais, il reste encore S'Alqueria 2006, de vieilles vignes de carignan et de grenache, plus du petit verdot et 3% de maccabeu (et 10% de syrah sur le millésime 2010). Fraîcheur et densité. L'Espagne, d'ouest en est, a de quoi nous surprendre!...

En guise de conclusion de cette longue matinée, très belle série en compagnie de Jean-Mary Tarlant (son fils Benoît étant excusé et (pré)occupé par la météo champenoise!), du Brut Zéro 2006 au Brut Prestige 2000, puis à La Vigne d'Or 2002 (100% pinot meunier), La Vigne rouge 2003 (100% pinot noir), sans oublier le Rosé Zéro 2007 et la délicieuse Cuvée Louis (50% pinot noir et 50% chardonnay), mais dans un assemblage façon triptyque 96-97-98, issu d'une seul lieu - Les Crayons - sur un sous-sol de... craie!... Ne jetez pas votre iPhone dans l'encrier!...

Après avoir apprécié comme il se doit la jolie cuisine proposée par les organisateurs (sans doute la meilleure, tous salons confrontés!), qui nous convièrent gentiment au déjeuner en compagnie des vignerons, nous avons pu découvrir les chardonnay et pinot noir du Domaine de Mouscaillo, dans l'Aude, du côté de Limoux, avec la certitude qu'il faudra leur consacrer plus de temps dans une autre occasion, tout comme les Côtes de Duras de Mouthes Le Bihan, régulièrement présents sur d'autres salons. A noter également, le Domaine de Valmengaux qui proposait Fronsac et St Emilion Grand Cru de bonne facture, sans oublier la série très agréable du Domaine du Closel, ou celle de Patrick Baudouin, mais nous aurons l'occasion d'en reparler avant bien longtemps.

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Nous avons dû nous contenter d'une visite plutôt rapide au Château Fonroque, à l'occasion de Biodyvin. Pourtant, le plateau était là aussi du genre haut de gamme, avec une orientation plus "Primeurs" que pour les autres salons cités auparavant, puisque les vignerons participants devaient présenter à la dégustation des cuvées 2011. De plus, il était également convenu que chacun devait apporter dans ses bagages quelques 2008, ce qui n'est pas toujours le cas, pour cause d'indisponibilité ou de libre choix.

Pour Éric Nicolas, du Domaine de Bellivière, il est à noter que quatre des cinq blancs 2011 sont absolument secs, ce qui offre une perspective différente par rapport aux plus récents millésimes.

Longue conversation ensuite (tout est relatif!) avec Thierry Michon, du Domaine St Nicolas et son voisin Thierry Germain, du Domaine des Roches Neuves, avec perspective de rendez-vous à venir. Dans les deux cas, les 2011 s'abordent bien, mais il faudra les revoir pour en suivre l'évolution.

Avec Olivier Humbrecht, les vins du dernier millésime sont tous issus de la gamme générique, à l'exception du Riesling Brand 2009, plein et intense. Non loin de là, deux jolis duos 2011-2008 du domaine allemand Dr Bürklin-Wolf, dont le grand cru Pechstein 2008, issu d'un terroir de basalte et de sable gris, parcelle située non loin du Kirchenstück, surnommée aussi le "Montrachet der Pflaz", ce qui ne peut que donner envie de découvrir les grands terroirs de nos voisins.

Chez Olivier Pithon, Laïs 2011 ouvre la voie à un très beau quatuor : D18 2010, Laïs rouge 2010, Le Pilou 2009 (100% carignan) et Le Clot 2010 (100% grenache). Le tout laisse à penser que le vigneron atteint un niveau de qualité et de maîtrise, qui le place très haut dans la hiérarchie "loCalce"!...

Enfin, en AOC St Joseph, Philippe Perreol, pour le Domaine Monier-Perreol, propose des 2011 ouverts et diserts. Sera-ce le cas dans quelques mois?... Affaire à suivre!...

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Et voilà!... Avril touche désormais à sa fin!... Que reste-t-il de cette semaine agitée dans le vignoble bordelais? Depuis le lancement de cette campagne 2011 et après la publication de quelques avis (éminents, n'en doutons pas!), nous avons inévitablement tendance à retenir certains commentaires tonitruants, notamment ceux venus de la côte Est des Etats-Unis : "Ce millésime est sans intérêt, si mon intuition est bonne", twitte Robert Parker avant même l'ouverture des hostilités!...

On peut se demander à quel niveau cela influe sur la vie des vignerons des autres régions. Peuvent-ils confirmer pour eux-mêmes les difficultés que les Bordelais ont connu avec ce millésime 2011?... Si oui, la qualité globale de la production, s'il se confirme quand même que les vins se situent plutôt dans une moyenne "standard", va-t-elle induire une baisse des prix?... La "stratégie Latour" (retrait des primeurs dès 2012) est-elle toute entière motivée par ce supposé "petit millésime"?... Ce qui devrait permettre au célèbre Grand Cru de Pauillac de fixer son prix au terme de l'élevage et aussi, de mettre sur le marché une quantité moindre de bouteilles, pour "garantir" un niveau de qualité, mais aussi et peut-être surtout, créer de la rareté, facteur inévitable de spéculation.

Du côté des amateurs, on se fatigue indéniablement de ces stratégies spéculatives qui nous sortent du jeu. Ces Grands Crus Classés ne font plus partie de nos plus folles convoitises. D'autant que leur potentiel de garde (investir pour les générations futures?) est loin d'être assuré. D'autant également que d'autres régions et d'autres parties du monde proposent désormais des "grands crus" teintés d'authenticité et de sincérité, tel Barolo et Barbaresco par exemple, qui attisent spontanément notre curiosité et notre soif de découverte. Ca vous viendrait à l'dée, à vous, d'acheter un Pétrus?... D'ailleurs, en trouve-t-on ailleurs, de nos jours, qu'à Shanghai ou Hong Kong?... Avis aux grands voyageurs!...