J'vais vous dire, avec Sandrine, de la Pinardothèque, on pourrait en voir de toutes les couleurs!... Elle, la Liégeoise bon teint, bon ton (attention, elle n'a pas d'accent, même quand elle est interviewée en live sur Europe 1, au milieu de la nuit!), si proche, géographiquement, de la Maison d'Orange-Nassau et de ce plat pays qui, dit-on parfois, a encouragé la production des chenins liquoreux, jadis, ne pouvait tomber dans la banalité d'un VdV dédié aux rosés, aux blancs ou aux rouges!... Il lui fallait la quatrième couleur, à défaut de quatrième pouvoir!... Et La Pipette ne pouvait que s'en réjouir, avec son intitulé aux quatre vents vins!... Point non plus de détour en Principauté d'Orange (non loin pourtant du drômois Domaine Viret, spécialiste s'il en est, en matière d'amphores) mais, ce mois-ci, la Présidente de février nous propose donc de passer à l'orange, sans nous ôter trop de points, à l'occasion des Vendredis du Vin, opus 53. Les vins orange, chéris dans moult pays et si peu connus en France!... Quoique. Avec le nombre d'expériences en cours, de l'Alsace à la Vendée et du Roussillon au Centre-Loire, les Italiens, Slovènes et autres Géorgiens n'ont plus qu'à bien se tenir!...

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Bon, commençons par le commencement : les vins oranges sont issus de raisins blancs, que l'on destine à une plus ou moins longue macération, comme on le pratique pour les vins rouges (le schéma ci-dessus n'a pas valeur de méthodologie incontournable, il se rapproche de la technique adoptée par Giulio Armani, pour La Stoppa notamment). D'où une dégustation parfois surprenante et compliquée. On dit d'eux qu'ils peuvent être le piège idéal, lorsqu'on demande à quelques amis d'apprécier (et de tenter d'identifier) un de ces vins dans un verre à dégustation noir. Si ce ne sont les arômes, dont la dominante, souvent sur les agrumes confits, a de quoi surprendre, c'est surtout la finale tannique, dotée parfois d'une notable pointe saline, qui peut étonner le plus. Pas forcément dans nos canons du tasting!... D'ailleurs, il est parfois étonnant d'entendre les commentaires de certains professionnels, notamment dans la sommellerie, plus prompts à énumérer les supposés défauts de ces vins, étrangers à leur cursus, plutôt que de tenter d'imaginer qu'ils puissent avoir les qualités requises pour une présence harmonieuse sur les meilleures tables et avec une cuisine de qualité.

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Parce que, disons-le de prime abord, ces nectars, à ce point recherchés de par le Monde, sont bien plus et depuis très longtemps, qu'une vue de l'esprit de quelques vignerons illuminés ou le fruit de diverses expériences saugrenues. Il faut dire qu'au-delà des Géorgiens, qui produisent ce type de vins depuis des millénaires, dans des amphores enterrées (les qvevri), les plus grands spécialistes en Europe sont nos voisins italiens, notamment ceux qui se situent dans un triangle d'or Frioul-Vénétie-Julienne, Slovénie et Styrie autrichienne. Les Gravner, Radikon, Princic, Vodopivec, Movia, Cotar ou Muter peuvent être désignés comme les leaders dans cette contrée pas si lointaine, où les amphores portent souvent le nom de dolium (dolia au pluriel). On n'oubliera pas les Foradori, dans le Trentin, Cos et Cornelissen, chacun dans leur style en Sicile et bien sur, Giulio Armani (photo de gauche en Tronche de vin), non loin de Piacenza, en Émilie-Romagne, qui propose depuis quelques années des cuvées comme Ageno, dans le cadre de La Stoppa, d'Elena Pantaleoni, ou comme Dinavolo et la toute nouvelle Catavela.

La veille de l'ouverture des festivités angevino-saumuroises, il était justement possible de passer en revue quelques petites merveilles produites par Giulio Armani, à l'occasion du petit salon proposé par Fanny Breuil et Marie Thibault-Cabrit, à Langeais. Les amateurs ont apprécié!... Mais, les absents vont néanmoins avoir une chance de rattrapage. Et, c'est en cela que je posais la question à notre Présidente de Pluviôse et Ventôse, afin que nous soit donnée la possibilité de produire un compte-rendu de dégustation de ces vins orange à la fin mai!... En effet, à l'occasion de la 10è édition des REncontres VEndéennes autour du VIN, l'un des thèmes retenus sera dédié à ces vins d'origines diverses et variées. Aux côtés de quelques noms connus, seront présentes des cuvées made in France. Des domaines référents en la matière, d'autres résolument innovants. Des vins plus ou moins expérimentaux, dans le contexte actuel, où les essais ne manquent pas. Les durées de macération sont très variables, les amphores d'origines multiples et leur utilisation appréciée par chaque vigneron, gardant sa part d'initiative et d'adaptation au cépage et au lieu.

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Il faut dire que quelques-unes des dernières découvertes, verre en main, se sont révélées passionnantes, comme le gewurztraminer et surtout le pinot gris de Stéphane Bannwarth, alsacien d'Obermorschwihr, lors de La Dive, avec ses qvevri mises en terre dans son jardin, sans oublier le savagnin en amphore de Stéphane Tissot, ou le viognier de Philippe Viret. Passionnant, d'autant que depuis la "relance" de ce type d'élevage en France, par le Domaine Viret justement, dès 2005 (citons aussi le Clos d'un jour, du côté de Cahors, mais pour les rouges), les expériences ne manquent pas, pour notre plus grand plaisir.

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Ce retour à la terre, à l'argile passionne. Il est sans doute plus une vague qu'une vogue, mais tout le monde ne se lancera pas vers cette technique, ce matériau ou ce type d'élevage, du jour au lendemain, parce qu'une telle orientation est exigeante et qu'elle ne souffre pas l'approximation. Lors d'une rencontre récente avec un vigneron du Muscadet (qui possède également quelques amphores), un malentendu me fit comprendre de travers que Thierry Michon, à Brem sur Mer, en Fiefs Vendéens, faisait un tel essai, dans une amphore enterrée. Curieux et surpris, je lui adressais aussitôt un texto afin qu'il me confirme la chose. Cette expérience me paraissait étonnante, sachant à quel point le vigneron vendéen sait se concentrer sur ses objectifs actuels. La réponse ne tarda pas sur mon téléphone portable : "Un vin en amphore?!... D'où tiens-tu cela?... J'ai planté en franc de pied sur la Lune aussi!..." Pourtant, quelque chose me dit qu'avant longtemps, du côté de l'Ile d'Olonne...