Le pré carré des passionnés de vins bio et nature!... Ça se situe et ça se déroule entre Angers et Saumur pendant trois jours. Il arrive que le froid hivernal venu de l'Est perturbe cette période et ces rendez-vous. Enfin, tout est relatif. Mais, cette année, même pas peur!... Temps clément, voire lumineux, température des plus maniables. Parfait!... Entre deux dépressions atlantiques, soignons notre moral!...

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A Angers, le château médiéval ne pouvait résister aux assauts des professionnels (voire de quelques amateurs vite démasqués) tant il était pris à revers de toutes parts, en ce week-end d'ouverture de février. Au nord de la forteresse flanquée de tours rondes et sur l'autre rive de la Maine, les Greniers Saint Jean d'Acre ne cachaient plus une réserve de jolis canons de toutes origines. Il faut dire que, depuis quelques années, Virginie et Nicolas Joly, ainsi que Mark Angeli réunissent, dans cette remarquable bâtisse apparue à la fin du XIIè siècle, au coeur du quartier Doutre, près de cent cinquante vignerons. Et c'était là, semble-t-il, la 10è édition de ce que l'on appelait naguère un "off" du Salon des Vins de Loire, mais qui compose désormais, avec la Dive Bouteille saumuroise, un duo de manifestations vineuses parmi les plus prisées de la planète, si l'on en croit l'origine des visiteurs.

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Les Greniers, c'est surtout une occasion de voir et revoir des domaines qui ont opté pour une viticulture biologique et le plus souvent biodynamique. Et ce, depuis parfois de nombreuses années. Vous êtes donc à même de mieux comprendre, en dialoguant avec les vignerons, l'influence de la méthode sur la conduite de la vigne et sur ce qui compose les cuvées proposées. Certes, il n'est pas garanti de pouvoir s'entretenir longuement dans une telle occasion, parce que la fréquentation du salon risque de ne pas vous en donner le loisir, mais ce sera peut-être le moyen de convenir d'un rendez-vous futur. Sous la remarquable charpente des Greniers, on se laisse un peu porter par les rencontres qu'on peut faire et il n'est pas rare que quelques informations échangées au fil des verres, vous permettent de jolies découvertes. Pour tout dire, on finit par faire circuler des infos glanées çà et là, au point que, dès les premières heures, plus personne n'ignore qu'il faut absolument aller déguster à telle ou telle table.

Cette année, un nouveau venu faisait quasiment l'unanimité : le Domaine Oggau et ses treize hectares dans le Burgenland autrichien, riche d'une dizaine de cuvées, dont les étiquettes sont illustrées d'une galerie de portraits d'une famille imaginaire sur trois générations. L'accent n'est pas mis en priorité sur les cépages composant les vins (même si on sait très vite que grüner veltliner et blaufrankisch sont très présents, ainsi que le zweigelt), mais tout d'abord sur leur "typologie". Les plus jeunes visages, dessinés au crayon graphite, annoncent des vins à boire sur le fruit, aisément identifiables à leur capsule à vis. Une autre série évoque des vins matures et solides, enfin la dernière suggère des cuvées au bon potentiel de garde. L'ensemble se situe non loin de la Hongrie, sur la rive occidentale du Lac Neusiedl et n'est pas sans nous rappeler le Domaine Meinklang, de Werner et Angela Michlits, découvert lors de Renaissance des Appellations, à Bordeaux, en juin 2013, une véritable ferme située elle sur la rive est du lac où, en plus de la vigne, sont cultivés fruits et céréales, mais aussi élevées des vaches Angus. Un véritable horizon biodynamique, méthode suivie depuis longtemps dans ces parages.

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Les stars et référents du vignoble ne sont pas rares ici, mais ce qui est plutôt agréable, c'est que ces grands domaines (Deiss par exemple, pour ne citer que celui-là) côtoient quelques quasi inconnus, qui parfois, font leur premières armes dans ce genre d'occasion, avec une telle exposition. On peut citer, par exemple, Michaël Georget et son Domaine Le Temps Retrouvé, situé à Laroque des Albères, dans les Pyrénées-Orientales. Un micro-domaine, en agriculture biologique et biodynamie, vinifications du type vins naturels, traction équine pour le travail du sol. Une démarche labélisée Etika Mondo et pour les amateurs, la possibilité de découvrir quelques cuvées sincères, malgré les très faibles quantités disponibles. A découvrir in situ dès les prochaines semaines, tout comme son voisin de table, Thomas Teibert, du Domaine de l'Horizon, à Calce. Histoire d'en changer...

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Autre lieu incontournable en ce week-end, l'Hôtel des Pénitentes, sur le Boulevard Descazeaux, encore un très beau bâtiment apparu dès la fin du XVè siècle, lui aussi doté de deux belles salles et de charpentes remarquables. Il s'agissait là notamment, à l'origine, d'une communauté de femmes pénitentes, destiné à recevoir les femmes et les filles de mauvaise vie et puis plus tard, bien plus tard, un musée d'architecture ou le siège de la Société des Architectes de l'Anjou. Et parfois donc, de nos jours, un salon réunissant quelques éminents vignerons de France et de Navarre, entendez Catalogne, Lombardie et Géorgie comprises pour l'occasion. On passe aisément de la série alsacienne de Patrick Meyer au trio de cuvées proposé par Dominique Belluard, ou aux chablis de Thomas Pico, voire aux Champagne Lassaigne et aux vins de la région de Tavel d'Eric Pfifferling. Ici, le panel est des plus remarquables, au moins autant que le travail des maîtres-charpentiers d'une époque déjà lointaine. Les Villemade, Puzelat, Mosse, Gaubicher et Bonhomme savent recevoir, pour notre plus grand plaisir!...

Par moment, on se demande presque si le week-end n'intègre pas les Journées du Patrimoine. Après avoir, par un grand mouvement tournant, laissé le château sur notre droite, nous affrontons sans crainte la mitraille de canons proposés au coeur de la Collégiale Saint Martin. Une petite cinquantaine de vignerons dits Les Anonymes y sont réunis, mais pour la plupart, les amateurs (et moult professionnels) considèrent volontiers qu'ils se sont déjà fait un nom.

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Option résolument nature pour la plupart et si quelques jeunes vignerons (ou nouvellement installés) sont présents, on y croise également avec plaisir, quelques "référents" de la méthode, pour lesquels la production de vins dits nature est déjà de l'histoire ancienne et, le plus souvent tout à fait maîtrisée. Citons notamment Bernard Bellhasen, Jean-Christophe Garnier, Joël Courtault ou encore François Aubry. Ce petit salon se déroule sur une seule journée, celle du dimanche, devenant incontournable du fait des talents présents, mais aussi pour l'ambiance qui y régne. De plus, en aménageant au mieux votre timing, vous pouvez vous y rendre au moment où Emmanuel Chavassieux, artiste charcutier de la Haute-Loire de son état, vous propose ses hamburgers maison à la crépinette grillée, que le commun des visiteurs gourmands ne peut ignorer!...

Après avoir pris nos pénates à Saumur et au lendemain d'une soirée Canon'hic au coeur de la ville, avec un groupe venu d'Outre-Quiévrain, genre assoiffés de sang bonne chair et de canons qui vont avec, nous filons de bonne heure, en ce lundi, jusqu'aux Caves Ackerman. Eh oui, plus de journées de braise (et de brasero) à Brézé!... Sylvie Augereau a trouvé un nouveau lieu pour la Dive Bouteille 2014, quinzième du nom. Ce changement d'underground était très attendu par les vignerons et les visiteurs. Il faut dire que cette sorte de rapprochement entre la grand'messe des vins nature et l'un des leaders en matière de production intensive de bulles avait provoqué, dès son annonce, un pétillement de réactions. Globalement, y'a pas à dire, pari gagné!... Les caves méritent le détour et offrent un plus de confort, notamment dans les déplacements et la station debout auprès des vignerons. Si l'éclairage n'est pas forcément topissime par endroits, on évite par contre tous les flux d'air réfrigérants, comme on pouvait en avoir parfois dans les douves de Brézé et la température ambiante est tout à fait agréable.

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La Dive, c'est avant tout le plaisir de retrouver quelques vignerons de passage et parfois, les conversations se prolongent bien au-delà des arômes et des caractères de telle ou telle cuvée. C'est ce qui fait le charme de ces deux journées et lorsqu'on en passe qu'une seule sur place, on ressent inévitablement une sorte de frustration, tant il y a de domaines à (re)découvrir. C'est aussi parfois l'occasion de percevoir les difficultés rencontrées par les uns et les autres, surtout après les derniers millésimes souvent qualifiés d'ardus. Entre les mots (et les verres!), apparaît aussi l'inquiétude, parce que le doute a tôt fait de s'installer. Pour la plupart, l'année 2014 serait bien inspirée de délivrer une jolie copie, avec des volumes revenant à une normale plus confortable. En allant plus loin, l'hiver doux laisse aussi apparaître quelques craintes, notamment celle d'un gel tardif, dont les conséquences sont dans toutes les mémoires. Certains ne manquent pas de souligner qu'ils ne peuvent se permettre une autre année déficitaire...

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Au hasard de nos déambulations au coeur de la pierre, quelques jolies cuvées chez Hubert et Heidi Hausherr, venus d'Alsace avec quelques vins issus de parcelles complantées, ou encore chez Jean-Pierre Rietsch et ses délectables pinot noir. Non loin de là et dans une sorte de salle circulaire très fréquentée, le Jura, qui réserve toujours quelques surprises. Jolies découvertes avec Jean-Baptiste Ménigoz et ses Bottes Rouges, ou encore la benjamine Loreline Laborde, des Granges Paquenesses. Rappelons au passage qu'ils seront tous deux présents les 23 et 24 mars, au Château de Gevingey, pour Le Nez dans le Vert, le salon des vignerons bio de la région, où sont présents les référents d'Arbois et Côtes du Jura, ainsi que les "grands frères" (et "grandes soeurs"!) qui furent les premiers à montrer la voie aux plus jeunes. Parmi eux notamment, Etienne Thiebaud, dont le succès ne se dément pas pour les cuvées de Cavarodes. Tout près également, la (longue) série proposée par Jean-Yves Péron, de Chevaline, en Savoie, qui semble s'amuser de plus en plus à multiplier les références. Enfin, à quelques pas, Hélène et Bertrand Gautherot, les Champenois de Vouette Sorbée proposent trois remarquables vins, aux délicates nuances de rhubarbe pour Fidèle (un pinot noir sur un sol pur du kimméridgien), ou encore Blanc d'Argile (pur chardonnay) avec une rétro sur les épices douces et enfin Saignée de Sorbée complétant joliment le trio.

Beaucoup de rencontres donc, pour une journée du lundi qui attire tout un lot de fidèles soutiens toutes catégories : il y a là les importateurs venus du monde entier, les restaurateurs, les cavistes, les cavistes en ligne, mais aussi ceux ayant un statut d'agent, souvent assez discrets. Ils n'ont pas pignon sur rue, mais se débattent souvent avec sincérité et passion pour promouvoir les vins qu'ils aiment, auprès des amateurs, des restaurateurs et bars à vins.

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Si la dégustation est multiple à cette occasion, la catégorie "World" de la Dive B se développe d'année en année. Rien de plus normal sans doute, quand on sait que les Italiens et les Géorgiens viennent de plus en plus nombreux, mais, cette fois, les allées bruissaient de la question suivante : "Comment?!... Tu n'a pas goûté les pinot noir de l'Orégon?..." Nous gagnons l'espace réservé aux vins de la planète et, en fait d'Orégon, glissons vers la Californie, pour découvrir ce qui doit être le seul domaine proposant des vins naturels en Napa Valley : Dirty & Rowdy, d'Hardy Wallace, winemaker à Calistoga, à moins de deux heures de San Francisco. A ne pas manquer si vous allez dans le coin. Rien que pour la bonne humeur du vigneron!... Autre découverte, une gamme très intéressante venue d'Afrique du Sud : Lammershoek Farms (olives, poulets et bovins) and Winery dans le Swartland, pas la région viticole la plus connue du pays, mais où sont produits, de toute évidence, quelques jolis vins blancs issus de macérations, entre autres, à guère plus de cinquante kilomètres du Cap.

On a donc parfois l'impression de participer modestement à cette forme de soutien, en témoignant de toutes ces cuvées appréciées lors de ces journées et gageons que vous serez encore nombreux la semaine prochaine, lors de Vinisud et de ses offs gourmands et passionnants. Mais, l'heure d'un appui militant a sans doute sonné. En effet, dès ce lundi, Emmanuel Giboulot est convoqué par la justice pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée. Le risque de lourdes sanctions à son encontre n'a rien de minime : 30000 euros d'amende et six mois de prison!... En quelques jours, à peine quelques semaines, le vigneron de Beaune a recueilli 400000 signatures de la pétition réclamant l'abandon des poursuites. Un collectif de vignerons bourguignons s'est même formé et veut peser dans la lutte contre l'insecte ravageur. Lundi, vers 12h, vous pouvez aussi vous rendre au 13, rue Clemenceau, face au tribunal de Dijon, pour un pique-nique que l'on peut qualifier de citoyen, manifestation qui, espérons-le, se déroulera un tant soit peu dans la bonne humeur, malgré tout.

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Et du coup, vous êtes aussi conviés à un autre pique-nique, le 5 mars prochain, à Angers, pour lequel je ne peux que reproduire intégralement le message d'Olivier Cousin : "Tous Cousin le 5 mars, à Angers! Pour partager le pique-nique citadin (sorti de votre panier). Et la sentence du vigneron qui "nuit à son appellation". Puni ou blanchi, le prévenu apporte une barrique de rouge tirée pas ses fidèles chevaux. Rendez-vous à 12h30 pour chanter aux Marches du Palais... Déguisés pour les plus motivés... Puis, petit tour à la Cave St Aubin et soirée à l'Auberge du Layon, à Rabelais sur Layon." Qu'on se le dise : tous à Dijon! Et tous à Angers!...