En Vendée, on connaît mieux désormais ce vignoble océanique où les quatre secteurs mousquetaires sont désormais cinq (Mareuil, Brem sur Mer, Pissotte, Vix et Chantonnay). Mais, ce qu'on ignore souvent, y compris sur place, c'est que quelques parcelles de vigne défient le Bas-Bocage, là même ou l'élevage et les cultures céréalières diverses dominent le paysage. Pourtant, en parcourant la campagne, il n'est pas rare de tomber sur quelques arpents, souvent plantés de cépages que les uns et les autres destinent à une consommation familiale ou uniquement circonscrite à quelque fief, un terme repris depuis par les producteurs locaux, mais qui est avant tout, en droit féodal, un "bien concédé à charge d'hommage", ayant pris le sens de "territoire homogène par l'orientation et la nature du sol, convenant à une culture bien définie." Ainsi les fiefs de vigne auraient fait jadis l'objet de concessions féodales. Au passage, on peut dire qu'il serait intéressant, de nos jours, de tenter de recenser ces parcelles aussi diverses que variées. Un travail de longue haleine sans doute, mais qui pourrait nous amener sur la piste de quelques cépages rares ou disparus (cas de la folle blanche de Sigournais), certains hybrides sans doute, mais tous témoins d'un patrimoine local et d'une tradition viticole.

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Seul point commun du Domaine de l'Atrie avec ces vignes éparses que l'on découvre au détour des chemins creux et des routes vicinales, c'est sa non appartenance à l'aire définie par les Fiefs Vendéens. Néanmoins, la plantation de certaines parcelles du domaine remonte à quelques années, voire quelques décennies. Les rouges notamment comptent au moins soixante ans, les blancs étant plus jeunes, puisqu'ils ont remplacé les quelques hybrides plantés à l'origine par Michel Roblin, l'ancien propriétaire et peut-être même Albert Guillet, à l'origine de ce petit vignoble, lorsque celui-ci était travaillé au cheval.

En 2012, Julie Bernard avait repris le domaine, alors même que les vignes étaient sur le point d'être arrachées par l'ancien propriétaire, lassé de chercher un successeur. Pas un cadeau le premier millésime (pas loin d'être le plus mauvais de la décennie!), pour la jeune vigneronne qui s'improvise!... Conversion à l'agriculture biologique, difficulté avec le matériel ("Avant, je n'imaginais pas à quel point on peut tomber en panne dans l'agriculture!..." disait alors Julie), l'isolement ne facilitent pas les débuts, malgré le soutien du CAB (Coordination Agrobioligique des Pays de la Loire), dont Élise s'est également rapprochée. En 2014, sortie d'un joli millésime (dont quelques clients de La Vinopostale se réjouissent!...), avec notamment des cuvées de grolleau (gris et noir) tout à fait réussies. Deux millésimes peuvent lui permettre de se lancer, mais la native des Hauts-de-France va connaître des bas, puisque ses parcelles sont fortement impactées par les gels printaniers de 2016 et 2017. Au terme de l'été, quelque peu dégoûtée, elle loue les quatre hectares du domaine à Élise Hamant, native de la Côte Chalônnaise, prête à relever le défi.

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Si Julie s'était lancée bille en tête et semblait réaliser une sorte de rêve qui l'éloignait de ses études de lettres classiques, ainsi que de son destin tout tracé d'enseignante, auquel elle n'aspirait guère, Élise a pris le temps de se forger une certaine expérience. BAC agricole généraliste, BTS de gestion et protection de la nature en Haute-Savoie, licence, sa formation lui ouvre quelques horizons. Elle passe ainsi dix années de salariat dans le monde agricole et l'environnement, effectuant quelques saisons dans diverses branches de l'agriculture, travaillant même avec les chevaux (elle est d'ailleurs cavalière). Petit à petit, elle se dirige vers la viticulture, accueillie pendant dix-huit mois par Vincent Caillé, à Monnières, mais aussi effectuant quelques stages (fermentations et vinifications) auprès de Michaël Georget (Le Temps Retrouvé, à Laroque des Albères, dans le Roussillon), excellent connaisseur de la biodynamie et des vinifications naturelles. D'autres expériences successives, notamment auprès d'Olivier Cousin ou d'Eric Dubois, alors au Clos Cristal, sans oublier l'aide de Julie, ne manquent pas de la conforter dans son choix et son orientation.

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A l'Atrie et dans le village voisin de La Chavechère, Elise dispose donc de quatre hectares, deux pour chaque îlot. On y trouve un hectare de cabernet sauvignon et de cabernet franc, un de grolleau noir, un de chardonnay, 75 ares de gamay et 25 ares de grolleau gris. Une petite pointe de sauvignon est destinée à être arrachée, de même qu'un secteur en friche dans la seconde partie. Avec ces quatre hectares, la vigneronne propose d'ores et déjà des cuvées monocépages, avec un millésime 2018 très réussi et tout à fait expressif, pour lequel levures indigènes, interventions limitées et emploi de sulfites minimum donnent le la d'une production future intégrant avec conviction la gamme des vins naturels.

67753430_2605877749431674_8714548622802288640_nEn cette matinée, elle accueille un petit groupe d'une dizaine de personnes ayant répondu à l'invitation de la Communauté de Commune Vie et Boulogne et à la parution d'un article la concernant dans le quotidien régional Ouest-France. Elle s'exprime avec une certaine prudence devant son auditoire du jour, évitant de trop marteler ses convictions, même si Julie avait tracé la voie depuis quelques années. Elle parle volontiers de ses choix touchant le travail du sol, qu'elle souhaite intensifier quelque peu et de sa volonté d'apporter des matières organiques (apports de fumiers de bovins bio de son voisin).

Elle affiche l'ambition de parvenir à un rendement de 40 hl/ha dès que possible, n'ignorant rien des difficultés de sa prédécesseure à atteindre la moitié de ce chiffre. Mais, il y a peu de manquants dans les parcelles (à peine 4500 pieds/hectare) et cet été, la vigne apparaît saine, laissant espérer une belle et généreuse vendange. La cueillette étant manuelle, Élise va tenter de rassembler les vendangeurs dès la mi-septembre.

A la vigne, elle a choisi de chausser et déchausser une fois. Elle n'utilise que soufre et cuivre, ainsi que des purins de plantes (prèle, achillée millefeuille, valériane... dont certaines sous forme d'huiles essentielles) et des préparations biodynamiques (500 et 501) en temps utile.

Autre option importante, depuis deux hivers, elle invite un petit troupeau de brebis à brouter l'herbe de ses vignes. Sans doute, parce qu'elles sont de "superbes tondeuses", ainsi que pour leur apport de matière organique, mais aussi dans le souci d'associer le végétal et l'animal dans les parcelles. C'est sans doute une forme d'idéal pour la vigneronne, désireuse de se rapprocher d'une certaine forme de polyculture. Nul doute qu'à terme, un cheval de trait intégrera ce projet dans toute sa diversité. Enfin, comme c'était le cas pour Julie, quelques aménagements s'imposent du côté des locaux, dont la vétusté traduit leur conception ancienne et la difficulté d'utiliser une grange destinée à d'autres usages dans le passé. Mais, pour cela aussi, tout viendra en son temps, la réussite de millésimes successifs donnera un réel élan à la dynamique qu'Élise Hamant veut apporter.

C'est finalement une très bonne chose qu'Elise ait pu succéder à Julie. Ne vous attendez pas, cependant, à la retrouver dans Vigneronnes, aux Éditions Nouriturfu, qui sera très prochainement dans les meilleures librairies, ni même dans le Glou Guide 2, dont les auteurs ne manqueront pas de se préoccuper du vignoble vendéen dans leurs prochains opus respectifs, avec acuité et perspicacité, soyez en assurés et qui paraîtront dans la même quinzaine, avant même que vous n'ayez repris vos quartiers d'hiver. Après tout, y être ou pas, l'essentiel est de déboucher quelques flacons avec plaisir!... Belle fin d'été à toutes et tous!...