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La Pipette aux quatre vins
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5 mai 2016

Coups de gel dans le vignoble!...

Le gel printanier tardif, comme en cette dernière semaine d'avril, est rarement sans conséquence, il ne faut pas être grand clerc pour le comprendre!... Effets sur la vigne elle-même, qui ne sera pas fructifère pour la récolte 2016 et qui ne produira pas de bois afin de pratiquer une taille adéquate pour le millésime suivant, mais effets induits également sur la santé économique des domaines, souvent tus par les vignerons, mais qui peuvent pousser certains producteurs dans le gouffre. Faut-il le rappeler, la micro-publication La Pipette, devenue votre blog préféré, La Pipette aux quatre vins, est née un jour de printemps 1991, au lendemain même du gel noir dont avaient été victimes bon nombre de vignobles français. En effet, au cours d'une visite à St Emilion et Pomerol, particulièrement touchés cette année-là, j'avais pu mesurer le désarroi de Maryse Barre notamment, alors en charge du Château Pavie Macquin, mais aussi l'ampleur des dégâts d'une seule matinée, d'un seul lever du jour... Quelques heures, quelques jours après cet évènement climatique du printemps 2016, d'une ampleur certaine, vu le nombre de régions viticoles touchées (sans parler de celles qui venaient de subir la grêle quelques jours plus tôt!), il paraissait normal de donner la parole aux vignerons. Un grand merci à tous ceux qui ont répondu à mon message, malgré l'amertume, la colère parfois, contre les éléments nous rappelant avant tout la fragilité de l'Homme et de certaines de ses activités face à la Nature.

13124998_10208038230827135_1954199455070211488_nLe premier à répondre, le 28 avril, fut Aymeric Amiel, du Domaine des Amiel, dans le Languedoc. Il fait partie des épargnés de cette semaine de gel, mais néanmoins, il sait à quel point la météo peut être cruelle : "Ici, en Languedoc, nous n'avons pas eu de problèmes. Depuis le mois de janvier, nous sommes inquiets au sujet de potentiels gels tardifs. Il a fait doux, très doux même tout l'hiver, donc on craignait un retour de bâton une fois la végétation sortie. Pour le moment, nous sommes épargnés et espérons que ça durera. Au contraire, il fait beau, chaud, venteux, donc ça pousse vite et c'est sain. Il y a du raisin, pour le moment, tout est au beau fixe. On savoure pleinement, conscients qu'il pourrait en être tout autrement..."

Le même jour néanmoins, Gilles Ballorin, de Morey Saint Denis, en Bourgogne, nous donne d'autres échos de manière assez laconique, ce qui traduit assez bien l'état d'esprit dans lequel se trouvent les vignerons touchés : "Pour le domaine, 80% des vignes touchées, tous cépages confondus sur Marsannay et 30% sur les Fixin, Morey et Nuits St Georges, sur les appellations villages. Profite bien des 2014!"

Toujours en ce 28 avril, c'est Julien Védel, vigneron à Vouvray, mais aussi salarié de Philippe Foreau qui, dans un long message, va nous donner une tendance assez vertigineuse! En effet, il a pu obtenir quelques informations dans tout le vignoble ligérien et on prend donc là conscience de l'ampleur des dégâts : "Comme vous le savez certainement, le vignoble ligérien (mais pas que, Champagne et Bourgogne aussi) a subi deux épisodes de gel ces derniers jours. Le premier lundi de la semaine dernière, qui était assez soft, avec juste quelques bourgeons atteints chez Philippe Foreau dans une plante et les complants qui sont dans une cuvette. Le deuxième épisode d'hier matin (le 27) a été beaucoup plus préjudiciable. La Loire a morflé! Du Muscadet à Sancerre, avec des secteurs à 100% et ce malgré les bougies ou les traitements préventifs. Gel le plus important depuis 1991! Il est encore difficile à estimer à ce stade le pourcentage de perte finale, les contre bourgeons peuvent sortir, mais ils ne sont que rarement fructifères"

"Les quelques infos chez les copains font froid dans le dos : tous les Noëls de Montbenault de Richard Leroy, les Poyeux d'Antoine Sanzay (et j'imagine du Clos Rougeard), les Menetou de Pellé à 90%... Ceci restant à confirmer de vive voix par les vignerons après quelques jours. Sur Montlouis, Ludo Chanson annonce 40% et Xavier Weisskopf, qui avait déjà pris le lundi précédent, serait à 95% et, de colère, dépit et résignation, aurait menacer (un temps!) d'arrêter son activité (espérons que non!). Il faut dire qu'après le gel de 2012, le gel encore puis la grêle en 2013, l'addition comme à être lourde!"

"Venons en à Vouvray : de grandes variabilités selon les secteurs, avec Reugny et Vallée de Cousse comme souvent très touchés. Malgré les bougies, Pinon serait touché à 85%, Brunet à 50%, Michel Autran un petit 10%. Huet n'annonce pas de chiffre, mais j'ai bien peur que cela dépasse les 30%. Chez Philippe Foreau, selon les secteurs et l'âge des vignes, de 95% à quasi rien de perte, à priori 15 à 20% sur le domaine globalement. Il faut dire que nos sols étaient propres, c'est à dire sans herbe qui retient l'humidité et amplifie le gel. Ce sont là encore des jeunes vignes assez proches du sol, les complants et deux parcelles gélives qui sont touchées."

"Et moi dans tout ça? J'attendais que les dégâts soient bien visibles pour me rendre compte. Mes vieilles cocottes de 90 piges ne sont quasi pas touchées! Ouf!... Par contre, plus de la moitié de mes complants sont partiellement ou totalement grillés... Et ça, c'est les boules, vu le temps que j'ai passé à les chouchouter, ils auraient du rentrer en production cette année! En fait, le secteur de la Rue Neuve à Vernou et Noizay a été beaucoup moins touché que le reste de l'appellation. Mais bon, je ne vais pas me plaindre par rapport aux copains!"

En guise de conclusion, Julien apporte quelques autres échos : "Pas grand chose à ajouter si ce n'est que sur Bourgueil, Chinon et St Nicolas de Bourgueil, gros dégâts! Les jeunes comme Herlin ou les filles du Domaine d'Ansodelles vont avoir beaucoup de mal... Sept hectares sur seize d'ores et déjà vendangés chez les Breton et les Caslot, qui ont beaucoup de vignes dans graviers, auraient mangé très durement aussi..."

13076706_10208038231307147_5321355073310646871_nDes nouvelles du Muscadet ensuite, suite au message de Rémi Branger, du Domaine de la Pépière, à Maisdon sur Sèvre : "Quelques infos suite au gel : pour l'instant, nous estimons à 25% la perte due au gel. 7 ha, dont les bourgeons n'ont plus l'apparence que l'on souhaiterait, ont été touchés sur le domaine suite au froid du 25 avril. Le reste ne semble pas avoir été atteint. Suite aux différentes conversations, il semblerait que nous faisons partie des "chanceux"! Voici d'autres informations : les communes proches de La Chapelle Heulin sont au minimum touchées à 50% par le gel du mercredi 27. Proche de Vallet, 50% également. Clisson et Gorges, entre 80 et 90% suite au gel de lundi et mercredi. Pour notre part, nous allons nous attacher à conserver le maximum de grappes que la vigne va nous donner dans les vignes non gelées et obtenir des rameaux corrects pour la taille de l'année prochaine dans celles qui ont gelé. Voilà ce que je peux dire actuellement."

Le Centre Loire (Loir et Cher, Orléannais, Sancerrois) paye assez régulièrement un lourd tribut lors des matinées froides du printemps. Bien sur, les vignerons du secteur ne sont pas épargnés. C'est Thierry Puzelat qui dresse un premier bilan : "Effectivement, les nouvelles sont plutôt moroses. Nous avons gelé une première fois le 18 avril, les dégâts à ce stade paraissaient supportables (20 à 30% de perte), mais le gel d'hier matin (le 27), plus violent, n'a laissé que peu de bourgeons valides. Nous devons attendre encore quelques jours pour faire un état des lieux précis, mais on suppose une perte de 50 à 75% sur l'ensemble de nos vignes. Localement, chez mes collègues, le bilan est à peu de chose près le même, sauf chez les quelques-uns équipés de tours antigel et de quelques endroits privilégiés et peu gélifs. On va essayer de ne pas verser dans le catastrophisme, mais cela annonce quelques années de galère pour beaucoup d'entre nous et, en particulier, pour les plus jeunes vignerons, plus endettés."

Le vendredi 29, Xavier Caillard, désormais entre Saumurois et Anjou, nous donne aussi quelques nouvelles : "Mes contraintes personnelles font que j'en suis encore à la taille... Les bourgeons encore dans leurs bourres étaient protégés! Mais, les premières vignes taillées (premières feuilles étalées) sont très peu atteintes (pas d'impact sur la récolte). Le vignoble, pourtant exposé au levant et avec de l'herbe, a très peu souffert. Nous sommes situés à Coutures, à l'extrème ouest du Saumurois, entre Loire et Aubance et il semble que la gelée a été moins forte à cet endroit."

13087597_10208038231947163_3088290192945169661_nNouvelles du Beaujolais ensuite, avec Isabelle Perraud, à qui nous devons aussi les photos qui illustrent cet article : "Pour ce qui est de notre situation ici, à Vauxrenard, c'est mitigé. Toutes les parcelles ont été touchées plus ou moins. Difficile pour le moment de dresser un bilan, parce que la vigne n'est pas beaucoup poussée. Bruno pense que sur les parcelles les plus touchées, on est à 50% de dégât... C'est encore un coup dur. On va se servir des plantes pour redonner une impulsion à la vigne. Consoude et fleurs de pissenlits en tisane."

Le samedi 30, c'est au tour d'Alexandre Bain de nous donner son sentiment : "Le soleil a en effet brillé comme bien souvent cette semaine. Malheureusement, la fin de nuit avait été bien trop fraîche pour nos jeunes bourgeons de l'année. Les bois, baguettes étaient recouverts de givre. La seule chose que l'on ait pu sauver, ce sont les pommes de terre du jardin... en les buttant! J'estime que la perte est de l'ordre de 60% minimum à 100%. Le gel a frappé toutes nos parcelles. L'année va nous paraître bien longue, les lendemains bien difficiles."

Le même jour, nous arrive des infos opposées de la part de Sébastien Dervieux, alias Babass, à Beaulieu sur Layon, qui fait partie des épargnés : "Pour ma part, je n'ai pas été touché par le gel. La situation "haute" de mes parcelles et la ventilation ont joué en ma faveur... ce qui n'est malheureusement pas le cas de tout le monde sur les coteaux classiquement gélifs. Voilà les nouvelles de mes vignes, tu comprendras que je ne t'envoie pas de photos de bourgeons indemnes!..."

Dans un secteur proche, à St Aubin de Luigné, Catherine et Philippe Delesvaux s'en sortent au mieux également et nous informent le 2 mai : "A priori, pas trop de dégâts chez nous : les haies (plus touffues qu'en 1991!) ont protégé du vent et les mûrs de schiste ont joué les bouillottes sans doute. Tristes pour les amis qui n'ont pas eu cette chance..."

Ce n'est pas le cas de Laura Semeria, au Domaine de Montcy, en Cour Cheverny, qui nous adresse le 3 mai, un message laconique qui traduit quelque peu sa détresse : "Oui, nous avons gelé aussi, comme tout le Val de Loire..."

Pas certain que Laura trouve un quelconque réconfort, si ce n'est celui de partager un extrême désarroi, auprès d'Athénais de Béru qui, à Chablis, essaye de garder un tant soit peu le sourire, mais le 4 mai, le constat est très rude : "Le Chablisien a été très touché et plus particulièrement la colline de Béru et de Viviers à 100%! C'était l'épicentre "comme ils disent" et bien, je te confirme qu'il ne reste rien... rien de rien! Tout a grillé : combinaison d'une nuit entière à -4° plus une petite neige légère qui s'est gentiment déposée sur les vignes, plus un grand soleil le lendemain... Justement, tout le monde parle de 91! Et bien, on va pouvoir parler de 2016! Voilà pour les nouvelles du front ;-)"

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1991? La photo ci-dessous, prise au lendemain du gel noir cette année-là, à St Emilion, illustre bien l'ampleur d'une telle catastrophe. Un quart de siècle plus tard, une gelée mémorable touche de nouveau la plupart des vignobles. Bien sur, tous les vignerons et tous les domaines ne sont pas atteints de la même façon. De prime abord, la moitié sud de la France semblait épargnée, mais dans les tout derniers jours, quelques échos nous sont venus du Var et même du Bordelais (sauvé dans un premier temps, du fait de la couverture nuageuse), où de nombreux hectares ont également été touchés. Pas d'échos récents des appellations de l'Est de la France, mais il semble également que les vignobles allemand et suisse aient eu à souffrir de ces matinées réfrigérantes.

Ne nous y trompons pas, le malheur des uns ne fait pas cependant le bonheur des autres!... Il ne nous reste plus qu'à tenter d'exercer une forme de solidarité, en nous tournant dès maintenant, vers les millésimes 2014 et 2015, souvent d'ores et déjà connus pour leurs qualités. Et attendre, avec les vignerons, des jours et des années meilleurs!...

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