Sauternes dans toute sa diversité et ses paysages variés
Sauternes, c'est avant tout un paysage, que l'on peut apprécier dans toute sa variété. En observant la carte de la région, on peut parler d'un triangle d'or composé de quatre communes - Sauternes, Bommes, Fargues et Preignac - enchâssées entre la rive gauche de la Garonne, en aval de Langon et la rive droite du Ciron, rivière d'à peine une centaine de kilomètres, partenaire incontournable, presque éternel, des vignerons de Sauternes (1416 hectares en 2023), de par les brouillards provoqués par sa fraîche température pendant l'automne, du fait qu'elle s'écoule sous l'abri des arbres de ses rives (on parle de forêt galerie), histoire de provoquer l'apparition du botrytis cinerea, le véritable secret des grands vins du cru. Sur la rive gauche du Ciron, se situe la commune de Barsac et ses 333 hectares (en 2023) de vignes associées au mythe sauternais. On peut presque dire que chaque domaine a sa recette, selon sa situation par rapport à la rivière, l'exposition dominante de ses parcelles, l'aérologie des faibles pentes et la tradition transmise dans son chai. Certaines années peuvent être grandioses, quand le botrytis est présent dès la fin septembre ou octobre, du fait de la météo. Il faut pratiquer des "tries successives", offrant des niveaux de concentration progressifs (en principe). On peut parfois constater que l'influence de l'anticyclone automnal et ses vents de nord-est, favorisant une certaine proportion de passerillage, apporte de la complexité. Les grands millésimes!...
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Reste à combiner les effets des différents cépages (sémillon, sauvignon et muscadelle, celle-ci revenant quelque peu à la mode dans certains secteurs, malgré sa fragilité admise) apportant une identité propre à certains crus. Voilà quelques années ou décennies, à force d'attendre le retour du beau temps, on prenait de tels risques que le millésime était purement et simplement abandonné et non commercialisé!... Cas du Château d'Yquem en 2012, comme en 1952, 1972 et 1992... Au passage, y aurait-il une malédiction des millésimes en 2 tous les vingt ans?... On va surveiller 2032!... Mais, peut-être serait-ce la possibilité de produire plus de blancs secs, même si nombre de Grands Crus Classés rechignent à augmenter et officialiser cette tendance... Tout en soulignant, au passage, que l’œnologie moderne permet désormais de corriger ce que la nature contrarie, avec les différentes méthodes (que l'on classe dans les "techniques soustractives d'enrichissement") de concentration des moûts... Sans oublier l'enrichissement (ou chaptalisation) et la cryo-extraction, que la plupart nie de pratiquer!... On peut, au passage, relire ces informations.
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~ Clos Dorébène, Benjamin Lados ~
Nous sommes là au plus près de la Garonne, pour ce qui est de l'appellation Barsac-Sauternes, à proximité également de l'ex-RN 113, reliant naguère Bordeaux à Toulouse et Marseille et de la voie ferrée qui pourrait avoir vocation, un jour ou un autre, à être doublée de la fameuse ligne LGV, celle-là même qui hérisse le poil des habitants de la région... Ici, il n'y a guère de portails imposants symbolisant la puissance supposée des structures viticoles locales, même pas sur les étiquettes. Là, les rangs de vigne poussent nos regards jusqu'à l'horizon souvent barré par une rangée d'arbres ou quelque bosquet d'essences locales. Les ondulations de terrain sont plutôt rares dans le secteur, ou alors, il faut y regarder de près!... Mais, Benjamin Lados m'invite à traverser la petite route passant devant son portail, afin de découvrir la dernière parcelle dont il a arraché le sémillon et plantée en 2024, marselan, malbec, cabernet sauvignon et merlot issus de sélections massales.
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En fait, cette parcelle entourée d'arbres, que l'on destinerait volontiers à d'autres cultures ou au maraîchage, se situe au niveau du sol où l'on trouve trace d'une ancienne voie gallo-romaine, qui devait rejoindre Bazas. Sa composition laisse supposer un bon support pour la production de vins rouges. Elle donne de bons espoirs au vigneron. Ce dernier compte actuellement 7,50 ha en fermage et 32 parcelles!... Il est issu d'une famille implantée depuis des lustres ici, mais la création du domaine n'a été possible qu'en faisant face aux difficultés liées à la non transmission des terres familiales, au point qu'il lui fut imposé de racheter une partie de celles-ci à un grand vignoble qui en avait fait l'acquisition!... On pourrait croire parfois que l'on nait ici avec une cuillère en argent dans la bouche ("born with a silver spoon in his mooth", selon une expression anglaise du XVIIIè, traduite strictement) et même si elle pouvait être d'or dans la région, ce n'est pas le cas de tout le monde...
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Après des études à la Tour Blanche entre 1997 et 2001, Benjamin Lados a fait ses armes dans de grandes structures, en Entre-Deux-Mers, puis à St Emilion et dans les Graves, il est revenu sur "ses terres" pour créer le domaine sur des sols calcaires typiques du Barsacais, avec une roche mère plutôt proche de la surface. Ce qu'il avait pu apprendre, comprendre et observer çà et là, l'a quelque peu rassuré sur le potentiel de cette partie du Sauternais. Il a aussi vitre compris qu'il lui fallait lier les méthodes dites ancestrales à la modernité actuelle, en s'appuyant de plus sur quelques amitiés locales, celles qui comprennent les notions indispensables de solidarité, propre aux vignobles artisans et la particularité de ses vignes, comme une muscadelle de 70 ans présente à 30% dans son Sauternes.
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Bien sûr, il faut parfois redoubler d'efforts et d'imagination quand la météo et les particularités du climat océanique s'en mêlent!... Ainsi, l'épisode de gel 2017, alors 100% bio au domaine, suivi de 2018, 100% mildiou!... Comment faire pour ne pas envisager un pas de côté, au vu des enjeux?... Bien des crus célèbres, dans la région, ont procédé au même recul, certains affirmant que le bio intégral n'était pas possible en Gironde!... Faut-il, pour autant, en tirer des conclusions définitives? On peut affirmer sans crainte, que ces micro-structures sont les plus exposées au yoyo du climat local!...
De la même façon, on n'imagine pas forcément à quel point ces vignerons-artisans doivent faire preuve d'imagination au jour le jour. Ainsi, Benjamin Lados ne dispose pas d'un bâtiment viticole pour son matériel, même s'il est dans les projets les plus immédiats. De plus, loin de lui l'idée de revendiquer la production de "vins de garage", mais on peut admettre qu'il pourrait le faire, puisque c'est bien l'espace dont il dispose, à peine quelques mètres carré, accolé à la maison de ses voisins, pour les vinifications et élevages!... Pour nombre d'aspects techniques, le Bon Coin et autres sites d'échanges peuvent permettre de s'équiper à moindre coût, sans affoler sa banque et parfois, en ouvrant des portes et des options dont on ignorait tout... Il faut aussi passer du temps, entre autres, dans la définition de la gamme, la création des étiquettes, réfléchir aux tarifs proposés et... se trouver une clientèle!... Pour le Clos Dorébène, celle-ci tient à une très forte majorité de particuliers, clients fidèles et solides.
Il s'agit donc là d'un exemple de domaine bordelais né de l'initiative d'un passionné ayant construit sa route au fil des ans. Ce ne sont pas forcément les plus nombreux. D'autres tentent de s'appuyer sur un passé, une histoire familiale et parfois une histoire à construire, même si le patrimoine, vigne et bâti, a parfois traversé le temps au cœur des villages. Ils n'apparaissent pas au plus haut des palmarès, sont rarement cités, mais ils contribuent à un équilibre régional et peuvent nous surprendre, verre en main.
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~ Clos Lardit, Florian de Perre ~
Nous passons là à la dimension "domaine confidentiel"!... Florian de Perre n'est pourtant pas un inconnu pour votre blog préféré, puisqu'il y figure depuis cet article datant de 2014!... Comme le temps passe!... Ici, dans cette partie humble et discrète du vignoble sauternais, les pignons au nord des maisons, dépourvus de fenêtres, peuvent servir de panneaux d'affichage pour situer un domaine ou pour indiquer la direction à suivre pour s'y rendre. Ils deviennent un peu des éléments patrimoniaux du paysage, un peu comme un antique pigeonnier, même si les informations qu'on y trouve ne sont plus d'actualité. Il en est ainsi du Clos Lardit, ex-domaine barsacais, qui affichait naguère la production de Sauternes. Jusqu'au début des années 2000, on y produisait, sur à peine moins de quatre hectares, un Sauternes que l'on destinait au négoce, avec la liberté de choisir les lots, chaque année, selon la qualité du millésime, devant être confiés au courtier. On y gardait une liberté d'action qui permettait à ces vignobles familiaux de vivre décemment.
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Mais, les générations les plus récentes sont passées à autre chose... Heureusement, de jeunes vignerons, dont on ne peut nier l'esprit aventurier, reprennent les rênes. Ils tracent leur chemin patiemment, sont souvent soutenus par une compagne (ou un compagnon) travaillant par ailleurs, histoire de mettre du beurre dans les (é)pinards et ainsi, de construire un projet, dont il faut parfois, malgré tout, repousser les échéances. Apprendre la patience... Florian de Perre est de ceux-là. Après avoir fait l'acquisition de quelques arpents, non loin de là, du côté de Cérons, voilà une dizaine d'années, il s'est lancé, depuis peu, dans un plan de restructuration des vignes dont il dispose à côté de la maison. Il a replanté 65 ares de malbec et de cabernet en 2024, procède cette année à un surgreffage des deux cabernets et peut-être de carménère. De plus, il plante également sauvignon gris et muscadelle issus de sélections massales.
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Il a maintenant stabilisé l'emploi de maître de chai obtenu au Château Cazebonne, propriété chère à Jean-Baptiste Duquesne qui y développe depuis 2016 une gamme s'appuyant notamment sur des cépages anciens, castets, mancin, mérille entre autres. Après un passage au Château Malromé, de l'autre côté de l'eau, le vigneron de Barsac conforte son expérience et propose quelques bouteilles avec l'humilité de celui qui se méfie de ses certitudes, sachant avant toute chose que le travail en bio, ici, n'est pas une sinécure!... De l'autre côté de la route, les vignes ont été reprises, mais le repreneur a fait le choix d'un retour à une viticulture conventionnelle, avec force désherbage, au grand dam des habitants du petit village inquiets pour leurs puits, nombreux dans le secteur. Quand on sait que ces mêmes parcelles ont été recouvertes par l'eau du fleuve en crue l'hiver dernier...
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Ses vignes sur Cérons permettent à Florian de Perre de proposer des cuvées de Graves blanc et rouge avec une "typicité" et une composition constante permettant d'apprécier les millésimes pour ce qu'ils sont, qui plus est, à un tarif très abordable, entre douze et quinze euros, un peu à l'image de ce qu'on pouvait trouver naguère. Le Graves blanc, disponible en 2022 et 2023, 100% sémillon, très tendance actuelle, avec des expressions nuancées et fines, élevé pour un tiers en barriques neuves de 300 litres, fermentation malolactique faite, ne manque pas de tempérament. Le Graves rouge 2022 - 40% cabernet sauvignon, 30% merlot et 30% malbec - correspond bien à notre imaginaire mémorisé des vins de cette appellation. Enfin, le Barsac 2024, 100% sémillon également, dont c'est le premier millésime, sera mis en bouteille à la fin juin, en même temps que le Graves blanc 2025. A ce stade, il présente un joli équilibre citronné, avec 75 gr de sucres résiduels et 13,5° au compteur!... Il traduit bien la volonté de produire un "Sauternes" avec moins de sulfites et de sucres. Certainement, une jolie gamme qui doit attirer le regard des amateurs!...
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~ Clos Le Comte, Jean-Michel Lecomte ~
Il travaille seul, mais sa détermination n'a d'égale que la connaissance qu'il a acquise au fil des années et des millésimes. La crise de Sauternes, il pourrait l'évoquer longuement... Celle qui aurait pu mettre par terre tout le vignoble, du moins, celui des vignerons-artisans, si un acteur essentiel n'était apparu dans le paysage en 2015. Un de ceux que les plus jeunes écoutent dans le secteur, quant aux plus vieux, hors de question de la lui faire!... Jean-Michel Lecomte est arrivé dans la région en 1996, pour être apprenti à Barsac, au Château Simon, puis au Château Violet, à Preignac, deux exemples de propriétés à la fois familiales et historiques, puisque présentes dans le paysage depuis 150, voire 200 ans. Simultanément, en 2000, il s'installe sur une première parcelle au cœur du village. Celle-ci est désormais arrachée, peu qualitative (sol sablonneux) et contraignante au regard de la proximité des maisons, de l'éclairage public, des nouvelles lois environnementales... En 2003, il passe à mi-temps de son emploi de maître de chai, puis, en 2005, à plein-temps chez lui. Il créé une EURL (Entreprise Unipersonelle à Responsabilité Limitée), monte alors jusqu'à plus de vingt hectares, puis réduit la toile en 2021, en optant pour le régime micro-bénéfice agricole, ou micro-BA, un régime fiscal simplifié permettant de limiter la fuite en avant (augmentation des surfaces), que les vignerons subissent parfois.
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Autre aspect déterminant, la création en 2015 de la cave coopérative Sauternes Vignerons, regroupant une vingtaine de producteurs. Très vite, la fusion avec la Cave de Tutiac va contribuer à asseoir la situation des artisans du cru. Avant, tout était vinifié au domaine, puis vendu en vrac ou au négoce. Avec celui-ci, les relations n'étaient pas des plus saines : incertitudes quant au volume acheté, au prix pratiqué, à l'échéance de paiement... Depuis, Jean-Michel Lecomte vinifie un hectare de Sauternes en barriques, quatre à cinq hectares sont vendus en raisins à la Cave de Tutiac. Celle-ci rémunère les vignerons tous les trois mois sur la base de 6800 à 7000 euros le tonneau, mieux que le négoce. Conséquences : moins de travail, situation stabilisée, liberté de vinifier la quantité au-delà des 20 hl/ha "contractuels" et, éventuellement, de la garder pour faire face à un évènement climatique grave. Il faut dire qu'avant 2015, la structuration du marché était inexistante. Il y a avait alors beaucoup de petits exploitants, ainsi que des double-actifs, possédant deux ou trois hectares de Sauternes de famille et cédant le tout au négoce, qui gardait la main mise sur le marché. Depuis, l'ODG Sauternes-Barsac, accompagnant cela, a consenti à baisser le rendement de 25 à 20 hl/ha, même si le vote n'a pas fait l'unanimité chez les 140 vignerons du cru, ce qui peut paraître surprenant au regard du rendement moyen de l'appellation ces dernières années!...
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Le vigneron de Preignac a donc pu orienter ses choix vers une production originale. Quelque peu risquée, mais non dénuée d'intérêts. En 2008, il fait l'acquisition de parcelles de vieilles muscadelles, sur le plateau des Violets, non loin du Château de Malle. Depuis, il a aussi procédé à la replantation d'autres parcelles de ce cépage, souvent considéré comme le "vilain petit canard de l'AOC", selon les dires du vigneron!... Historiquement, Sauternes c'est 80% de sémillon, 15 à 18% de sauvignon et 2% de muscadelle. Voilà à peine quelques années, il fut envisagé de sortir cette dernière du décret d'appellation, ce qui ne manqua pas de données quelques sueurs froides à Jean-Michel Lecomte. Mais, la dégustation de quelques échantillons a alors sauvé le cépage d'une relégation injuste. Dans le même secteur, on trouve aussi des sémillons plantés en 1988, dont l'expression poivrée/mentholée des raisins (comme pour ceux de Malle!) est appréciée de tous les connaisseurs du cru.
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Le Clos Le Comte a donc gagné une certaine réputation grâce à sa Cuvée Émilie. Celle-ci est composée de 50% de muscadelle, 25% de sauvignon blanc et gris à parts égales et de 25% de sémillon. Très loin des standards donc, mais un assemblage qui restitue beaucoup de fraîcheur et de spontanéité. Très réussie en 2022, le 2023, aux mêmes proportions, présente un peu plus de liqueur et moins d'alcool. Doté d'un joli rôti, la cuvée révèle la gamme aromatique classique de la muscadelle : fleurs et fruits blancs d'abord, puis, selon les millésimes, l'ananas, la poire tapée, la pêche blanche, le litchi et l'abricot frais, avec quelques notes grillées. En exclusivité, j'ai le plaisir de découvrir 2025 en cours d'élevage, sur colle et avant filtration. Millésime au fort potentiel (unanimité à ce sujet dans la région!) malgré sa précocité, la matière est dense, pleine. Il arrive opportunément après 2024, bien en deçà et qui fut confié intégralement à la Cave de Tutiac.
En se rendant dans les vignes, on fait le constat que le vignoble est en lutte raisonnée, avec désherbage sous le rang et tonte de l'herbe. Le domaine était en agriculture biologique de 2019 à 2023, mais celle-ci fut abandonnée en 2024, du fait d'une obligation de pratiques bio absente de la Cave de Tutiac et des déboires subis dans les vignes, à cause de la présence, à proximité, d'un vignoble abandonné pendant quatre ans. A noter, pour finir, que les 5 à 6 hectares de Sauternes sont complétés par environ 1,5 ha de Graves sur la commune de Roaillan, afin de produire en interne Graves blanc et rouge. Un domaine dans la tradition donc, mais qui est désormais bien armé pour évoluer sereinement, le plus souvent, même quand le climat réserve aux vignerons quelques chausse-trappes dont bien des secrets restent à découvrir!...
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~ Château Sigalas-Rabaud, Laure de Lambert ~
Mettons le cap sur les coteaux et le paysage vallonné de Sauternes, du côté des Crus Classés. Dans les pentes, en faisant un tour d'horizon, on découvre les toits, émergeant des vignes, de tous ces célèbres crus : Rabaud-Promis, Lafaurie-Peyraguey, Rayne-Vigneau, à quelques encablures supplémentaires, Clos Haut-Peyraguey et Yquem. En cette journée supposée printanière, entre le 1er et le 8 mai, je suis accueilli par une canonnade quelque peu anachronique et en rien saisonnière!... Le ciel s'est chargé de sombres nuées, l'orage gronde, les éclairs jaillissent et une pluie diluvienne se met à tomber!... Les canons anti-grêle se déchaînent dans un tir de barrage assourdissant... Pour un peu, on verrait surgir la cavalerie impériale, mais c'est mon statut d'habitant de ville créée par Napoléon en 1808 qui me joue des tours, sans doute... Laure de Lambert Compeyrot, directrice générale de la propriété, incarne la sixième génération à la tête du Château Sigalas-Rabaud, depuis 1863.
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"Votre mission, si toutefois vous l'acceptez..." Un ami, partenaire de solides séances de dégustation, me lance le défi à l'annonce de mon départ pour Bordeaux. Confronté à un problème de santé passager, il doit proscrire toute consommation de vin et d'alcool de son alimentation pendant trois mois!... Après quelques essais et sa vaine quête de cuvées sans alcool, sa conviction est presque faite : "Rien de bon"!... Alors, mission impossible?...
Laure de Lambert n'est pas restée les deux pieds dans le même sabot ces dernières années, face à la crise et la mévente des liquoreux de toutes origines. Elle ne pouvait sans doute se le permettre, mais, la nécessité de s'armer de courage était son quotidien. Se contenter de ne proposer que des Sauternes traditionnels ne pouvait que mettre la propriété en danger à long terme. D'ailleurs, elle ne manque pas de s'interroger à propos de la santé financière et commerciale de certains de ses voisins... fussent-ils bien soutenus. Ces dernières années, elle a d'abord mis l'accent sur la production de blancs secs, à l'instar des cuvées alphabétiques connues dans le vignoble : R, S Y, etc... Sont donc apparues deux cuvées, dont une 100% sémillon et l'autre associant sémillon et un peu de sauvignon. Dans les instances locales officielles, elle ne manqua pas de poser la question à ses collègues et voisins : ne pourrions-nous pas songer à l'idée de créer un "Sauternes sec"?... Certains le suggéraient déjà, mais le poids de quelques dirigeants, par ailleurs producteurs de blancs secs régionaux, voire de marques bien connues (suivez mon regard!) condamna la réflexion en cours... L'étape suivant fut la création d'un Sauternes "sans soufre ajouté"!... Le 5 de Sigalas, tel est son nom!... Une cuvée qui ne manqua pas de surprendre dans la vignoble!...
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Mais, avec Laure de Lambert, nous n'étions pas au bout de nos surprises!... Constatant que sa clientèle de l'activité oenotourisme du château lui réclamait régulièrement des vins sans alcool, elle se lança dans la recherche de ce qu'on pouvait trouver de meilleur sur le marché, afin de savoir si une nouvelle voie était possible : un Sauternes sans alcool?... Sa quête fut longue et patiente. Lors de Wine Paris, début 2025, elle découvre un colombard qui a du sens. Elle déguste aussi un riesling et un eiswein très réussis. Le premier est proposé par Moderato, une start-up créée voilà cinq ans et installée en Armagnac. L'équivalent d'un lot de 6000 bouteilles est dédié aux prototypes d'abord, puis à la production. Le process est solide, avec une campagne de presse bien orchestrée, les commandes affluent. Bingo! Pas seulement commercialement, mais aussi gustativement!... La palette aromatique est très cohérente, fruits blancs, abricot. Pas de creux en bouche, reproche souvent formulé aux vins sans alcool. Finale longue, persistante, miroir du premier nez. Bien joué!... Bien sûr, il sera très difficile de convaincre les "ennemis" de ce genre de substance, mais je veux croire que certains de ces "vins désalcoolisés" pourront séduire, au moment de passer à table ou à l'apéro...
Comme on peut le voir, la palette des Sauternes s'agrandit, en quelques sortes. Il ne nous reste plus qu'à les sortir de nos caves, pour tenter quelques associations opportunes, avec les plats que nous préparons. On pourrait presque parler de futur gagnant-gagnant!...
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