30 septembre 2010

Vendanges 2010 : écoutez les références!...

Qui, plus qu'un vigneron, a besoin de chercher dans le rétro, des références à la chronologie des millésimes, pour se rassurer à propos de la qualité supposée de celui qui se profile?... On a beau être à la tête d'un célèbre Premier Grand Cru Classé de St Émilion, comme c'est le cas d'Alain Vauthier, de Château Ausone, on n'en est pas moins impatient que le bal des vendangeurs ne commence!... Et de tenter de situer les repères de l'année, de voir, en quelques informations venues de la vigne, les signes de la qualité espérée et de trouver, en même temps, les raisons d'attendre encore...

"2010 est, sur le plan climatique, une très belle année : sèche et sans chaleurs excessives. Tous les espoirs sont permis pour les très prochaines vendanges. Ne pas oublier 1988, 1989 et 1990!... Pour le moment, le potentiel est exceptionnel." Ceci le 19 septembre. Et de nous conseiller de lire le résumé climatique réalisé par l'Institut d'Oenologie de Bordeaux!...

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Pourtant, vue d'une région comme la Vendée et sans l'oeil du vigneron ou de l'homme (la femme!) de la terre, l'impression est mitigée. Beaucoup pensent avoir cherché l'été, pendant toute la période dédiée au grand air, en gardant le sentiment de ne pas en avoir profité comme d'autres fois : peu de jours de chaleur, une certaine instabilité, très peu de pluie cependant et des températures plutôt fraîches, en août notamment.

Pour ce qui est du Bordelais, quelques précisions nous sont apportées (le 15 septembre) par Philippe Cohen, du Château Vieux Taillefer : "Un phénomène de coulure est venu perturber l'homogénéité des grappes. Nous avons eu, à St Émilion, un été plutôt clément, mais sec. Pas la moindre goutte d'eau en juillet et en août, des baies petites mais une vendange très saine. Peu de traitements, un rendement faible, mais de grande qualité. Les températures enregistrées tout l'été ont été stables, pas de phénomène caniculaire, malgré la sécheresse. Les deux jours de pluie, début septembre, ont été salutaires et ont permis d'avoir des grappes plus charnues. Le millésime est plus que prometteur. Un rapport pellicule/jus intéressant, car les baies sont petites, avec une concentration naturelle de bon augure. Début prévisible des vendanges : fin septembre et début octobre, pour la nouvelle parcelle de vieux merlots de St Christophe des Bardes, sur un beau terroir calcaire. Quant au cabernet franc, si la météo le permet, mi octobre. Nous éviterons, comme toujours, cette surmaturité qui uniformise les vins... Nous privilégierons l'équilibre et une belle acidité, gage de qualité. La clé résidera dans une vinification souple, sans sur-extraction brutale, lente mais pas forcément longue. L'ajout d'un pourcentage de rafle bien aoûtée et mûre peut être un atout supplémentaire. A Vieux Taillefer, 2010 au moins aussi beau que 2009?... Les dix prochains jours décisifs pour passer de très beau à exceptionnel!..."

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Son de cloche quelque peu différent venant de Champagne!... Benoit Tarlant, auteur de la photo ci-dessus, au moment de lancer les vendanges (18 septembre), nous résume l'été, dans la vallée de la Marne : "La saison 2010 s'est très bien déroulée, le mildiou et l'oïdium nous ayant laissés tranquilles cette année!... On pouvait dons augurer d'une belle année, grâce à un vignoble en pleine forme!... Début août, on se serait presque plaint de la sécheresse!... En tout cas, les raisins se sont formés avec cette dynamique de manque d'eau. Et puis voilà, un changement au 15 août : 130 mm d'eau en deux jours, bien absorbés par le sol (pluie discontinue, pas d'orage) et les grains se sont mis à gonfler subitement. Un renversement radical, qui a été fatal pour une partie d'entre eux. En milieu de grappes, ils se sont fendus, notamment pour les cépages à la peau sensible, comme le pinot meunier et le pinot noir. Pour amplifier cette humidité, une belle pluie au 27 août, avec des températures de 25°C, les champignons à omelettes sortaient dans les rangs de vigne, mais le botrytis sur les raisins aussi!..."

"Donc, après l'espoir d'une superbe récolte, vient le temps de l'angoisse... Même si, à présent, les nuits sont fraîches (3° ce matin), les raisins sont touchés et le tri va devoir être drastique à la vigne!... Les maturités et acidités sont là pourtant. Ici, pas de batteuse à raisin, mais des équipes de cueilleurs à soutenir. A présent, même les chardonnay, qui n'avaient pas connus la même sensibilité, du fait d'une peau plus dure, commencent à tourner. Il ne va pas falloir traîner!... Bref, un pessimisme mesuré, car on a potentiellement de quoi trier, mais c'est sûr qu'on était parti avec d'autres espoirs. Ainsi vont les années!... Nous allons commencer par les pinot meunier, pour la Vigne d'Or. Et pour la peine, j'ai choisi ce jour-là pour sortir le millésime 2002. On va le fêter ce début de vendanges!..."

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Selon Jacques de Chancel (le 15 septembre), du Domaine de l'Ausseil, "petites vendanges en Roussillon, dues aux intempéries de printemps (coups de vent et pluies), ainsi que, localement, grêle en juin , dans le Fenouillèdes. Les rendements sont très faibles en rouge (souvent inférieurs à 10 hl/ha), les jus sont jolis, avec de la fraîcheur. Ce ne sera sans doute pas une année avec de fortes structures. Il faut savoir jouer avec les tannins, les degrés facilement élevés et la fraîcheur des vins. Les blancs, ramassés assez vite, ont un équilibre frais et aromatique."

Le 17 septembre, Bruno Duchêne, de Banyuls, précise que pour lui, "les vendanges sont terminées et que même les vinifications touchent à leur fin!... Les jus ont l'air bons, voir très bons, pour certains. Mais, le hic, c'est le volume!... La mini tempête du 4 mai a fait beaucoup de dégâts : un tiers en moins!... Déjà que les volumes n'étaient pas très conséquents... Mais bon, je vais régler le problème en achetant quelques citernes dans le Bordelais!..."

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Passons en Loire, avec quelques nouvelles (du 19 septembre) de Marc Ollivier, du Domaine de la Pépière, à Maisdon sur Sèvre, en Muscadet : "Déjà une semaine que la cueillette a débuté!... Il fait un temps magnifique, dans la continuité de cet été très sec. Heureusement, 15 mm de pluie ont arrosé la vigne dans la semaine précédant la récolte. Pour l'instant, les moûts en cave sont magnifiques! Juste un petit bémol sur l'acidité, un peu basse à mon goût, sur certaines cuvées. Les richesses en sucre sont légèrement supérieures à l'année passée, la moyenne de la première semaine est supérieure à 11,5°. Les rendements sont assez faibles, aux alentours de 45 hl/ha, du fait de la sécheresse et de l'éclaircissage fait en juillet : sur 7,5 ha, nous avons enlevé la moitié des grappes!... Sont déjà rentrées en cave, la majeure partie des cuvées de Pépière, le Clos des Briords et les granites de Château-Thébaud. Reste à venir, les derniers Pépière, au dessus du village, les Gras Moutons et le Clisson."

"J'ai une très grosse équipe de vendangeurs (45 personnes). Toute la différence entre 2009 et 2010 est là : 2009, où la récolte a pu se faire sur trois semaines et où les derniers moûts étaient encore aux alentours de 5 g/l d'acidité et 2010 où nous avons trouvé les 5 g/l dans les premiers jus rentrés, d'où la nécessité de vendanger très rapidement. L'idéal aurait sans doute été de terminer les vendanges maintenant, mais pour des raisons très obscures, le ban des vendanges a été fixé au 9 septembre. En comparaison des années précédentes, j'aurai du commencer le 16 ou le 17 (toujours au minimum une semaine après le ban), ce qui fait que certains secteurs très précoces ont vendangé au dessous de 4 g/l d'acidité. Où est la typicité du Muscadet avec de tels équilibres?... Il semble y avoir une volonté commune de la profession et de l'INAO de faire évoluer notre vin vers une pâle copie des modèles du sud... Finalement, ces deux millésimes me semblent la copie conforme de 1989 et 1990. Cette constatation me semble très rassurante pour l'évolution du 2010!..."

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Quelques mots de Xavier Amat, de Saumur, qui annonce (le 23 septembre) le début des vendanges pour le 3 octobre : "C'est très beau, pour le moment!... Sébastien [Bobinet] va commencer la semaine prochaine. Il a acheté des gamay, grolleau et côt en Touraine et, pour ses vignes, ce sera entre le 4 et le 12. C'est très beau également!..."

Petit tour en Anjou ensuite, avec Clément Baraut, qui précise que les vendanges du Domaine Patrick Baudouin débutent le 27 septembre. "La campagne 2010 s'est déroulée sous les meilleurs auspices possibles. Le cumul des précipitations, entre mai et août, doit être parmi les plus bas des vingts dernières années, pour notre zone de l'embouchure du Layon!... Les sorties de grappes ont été correctes, la floraison a été rapide et régulière, sauf une parcelle de cabernet franc, où nous récolterons 10 à 15 hl/ha, du fait d'une coulure sévère. Bilan de la campagne : cinq traitements sur les chenin, pour un cumul de cuivre métal de 600 g/ha et six traitements sur les cabernet, pour 650 g/ha de cuivre métal. Juin et juillet ont été chauds et secs. Août tout aussi sec, mais plus frais et nuageux. Septembre a été aussi assez frais, pour les nuits et les matinées. Cela devrait nous fournir des moûts aromatiques et relativement riches en acide tartrique. Intéressant, pour nous, en bio!... Les chenin sont actuellement entre 12 et 13,5%/vol, sans altération de l'état sanitaire. Nous commencerons par la récolte de la cuvée Effusion. Les grolleau et cabernet poursuivent leur maturation, les peaux et les pépins étant insuffisamment mûrs. Suite au prochain épisode!..."

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Des nouvelles du Valais nous arrivent également (le 29 septembre), par Steve Bettschen, qui collabore avec Marie-Thérèse Chappaz, de Fully : "La saison a surtout été marquée par un mois de juillet chaud et très sec. Et les pluies du mois de mai, relativement fréquentes mais peu abondantes, n'ont pas su ressourcer les réserves hydriques. Ces pluies fréquentes, bien que faibles, n'ont parfois pas été séchées tout de suite (peu de vent à ces moments) et ce, à des instants stratégiques. Les attaques de mildiou ont donc été assez soutenues. L'oïdium a pris le relais en juillet. Un mois de juillet très sec et chaud a engendré, dans certaines parcelles, les blocages de maturation. Il a fallu mettre en place quelques arrosages. Pendant le mois d'août, il a plu régulièrement, mais encore une fois assez peu. La fraîcheur du mois a ralenti les maturités, mais selon Marie-Thérèse, on est plutôt dans une année normale, donc un peu plus tardive que 2009 ou 2007, mais moins que 2008. Les premiers raisins rentrés en cave donnent la tendance suivante : peau épaisse, belle acidité soutenue et fraîche, beaucoup de couleur, bonne maturité des pépins. Au final, les vins devraient allier puissance, concentration, charge tannique et fraîcheur. En conclusion, on peut dire qu'en Valais, au niveau des producteurs, on est très enthousiastes!..."

Un grand merci à ces vignerons, pour ces quelques confidences, qui vont permettre aux amateurs de spéculer librement sur les qualités du millésime 2010 et développer des stratégies d'achats multidirectionnels, sans aucun doute!... En attendant le printemps, pour goûter tous ces nectars!...

Vous pouvez aussi glaner d'autres informations, en fouillant dans les moteurs de recherche, puisque nombre de vignerons évoquent les vendanges sur leur site ou leur blog. Comme par exemple Iris, du Domaine de Lisson, en Haut-Languedoc, qui ne manque pas de le faire avec la poésie qui sied à cette période magique!...

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Une dernière image et quelques mots du Chili, d'où quelques rapports de vendanges nous sont parvenus. Avec le recul qu'il se doit, puisque la cueillette date d'un semestre, hémisphère sud oblige!... Une année chilienne très particulière, puisque c'est celle du Bicentenaire de l'Indépendance du pays, qui a également subi un violent tremblement de terre de 8,8 degrés, le 27 février dernier.

Année particulière aussi, pour ce qui est du climat : des températures plus basses qu'à l'accoutumée, du printemps à la fin de l'été. Il a fallu parfois patienter pour obtenir de belles maturités sur le malbec, la syrah ou le cabernet sauvignon et, qui plus est, le carmenère, récolté début mai. Finalement, c'est la fraîcheur qui surprend le plus les vignerons chiliens. Les blancs secs s'annoncent superbes, avec une acidité naturelle comme jamais. Les rouges sur les fruits frais et munis d'une bonne complexité.

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De récentes nouvelles des Antipodes (19 novembre), grâce à l'amical concours de Sophie McLernon, qui évoque les vendanges 2010 pour Astrolabe et Durvillea Wines, dans la région de Marlborough, en Nouvelle-Zélande, bien connue notamment, pour ses sauvignon, avec en plus, pinot grigio et pinot noir dans ces deux domaines. "En 2010, the ideal harvest!... Après une floraison "cool" et une agréable saison estivale, les vendanges se sont déroulées un peu plus tard que de coutume, mais sans pluie d'automne, si bien que nous avons pu obtenir une pleine maturité et le développement de beaux arômes. Les vins blancs, Sauvignon Blanc, Pinot Gris, Riesling et Chardonnay, montrent une merveilleuse gamme d'arômes fruités, une excellente structure acide équilibrée, avec de belles persistances et du corps. Le Pinot Noir semble très fort, puissant. Avec cette bonne maturité, les tannins sont mûrs, les arômes fruités sur la cerise noire, les baies forestières ou la prune. Nous avons donc l'espoir d'un beau développement de ces vins au cours de l'élevage en barriques." Un millésime néo-zélandais à ne pas manquer, donc!... See you in Vinexpo 2011!...

A suivre, sur la planète vendanges 2010!...

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19 septembre 2010

Luca maggiore à Barolo!...

Retour en Piémont cet été, comme convenu avec Luca Roagna, de Barbaresco. Nous ne sommes pas sur les rives du Lago Maggiore, mais sur la rive droite du Tanaro, autre affluent du Pô. Là, dans ce petit village des Langhe, qui compte moins d'habitants que d'hectares de vigne, le jeune vigneron de Pajè, plein d'enthousiasme et de détermination, nous invite a découvrir le nouveau millésime 2009, mais aussi la nouvelle cantina du domaine, à Castiglione Falletto, non loin et au coeur de Barolo.

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Un vrai plaisir de retrouver ce paysage vallonné, où la vigne ne laisse que peu de place aux constructions diverses ou aux routes étroites. Il ne doit pas être très facile de trouver ici, l'espace nécessaire à un terrain de football!... Le village est regroupé autour de ses deux églises (dont une abrite l'Enoteca Regionale!) et de l'imposante tour médiévale, au pied de laquelle, Luca se souvient de ses jeux d'enfants : combien de fois l'a-t-il prise d'assaut, cette tour, à la tête des barbares, à moins qu'il ne fut, certains jours, ce général autrichien qui repoussa une première fois les Français de Bonaparte, en 1799, avant Marengo et réclama, pour fêter la victoire, du nebbiolo de Barbaresco!...

En cette fin d'après-midi, il est un peu tard pour nous rendre à Castiglione Falletto. Mais, finalement, nous disposons du temps voulu pour découvrir quelques cuves du millésime 2009. Soyons clairs : le vigneron de Pajè est très confiant. Les vins ont tous un très beau fruit et des tannins solides, mais d'ores et déjà élégants. De belles cuvées à prévoir!...

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Nous avions confié à Luca la charge de nous trouver le gîte et le couvert dans la région... Et, on peut affirmer sans crainte, que le jeune homme a du goût!... Le Torri, rue Roma, sous la protection du château médiéval de Castiglione Falletto, dans le genre auberge, c'est, à proprement parlé... une belle auberge!... Elle fait partie d'une sorte de triptyque, avec l'hôtel et le restaurant voisins. Pour tout dire, l'albergo de l'adorable Renata Ferrero a tout pour être un remarquable camp de base, pour tous ceux qui veulent sillonner les Langhe!... Y compris la vue imprenable sur Novello, Barolo, La Morra, Verduno, pour les instants de contemplation, même matinaux!...

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"Il nous faut trouver une jolie table typique, non?... Je n'y suis jamais allé, mais je crois que j'ai quelque chose qui va vous plaire!..." nous dit Luca, amusé. Un appel téléphonique, quelques kilomètres dans les collines et les bourgades de la région plus tard, nous voilà, à la tombée de la nuit, à Roddino. Une porte donnant sur la rue, juste éclairée par un lampion : Osteria da Gemma. Je sens que j'aime déjà!... Luca nous rappelle que les Langhe, avant d'être une région regroupant quelques merveilles viti-vinicoles, sont d'abord connues comme "destination gastronomico-touristique"!... C'est une sorte de Périgord à la piémontaise!... D'ailleurs, la ville principale toute proche, Alba, est mondialement réputée pour ses truffes blanches et sa grande féria, en octobre.

Ne disposant pas d'un reporter photo accrédité "mets et vins", comme sur certains blogs très affûtés en la matière et constatant la défaillance momentanée de la batterie de mon appareil, je ne peux vous montrer les images quasi insupportables de ces agapes, mais seulement évoquer le menu en quelques mots. D'abord le lieu : derrière la porte, un petit escalier de quelques marches, puis une petite salle où se trouve le bar. De cet endroit, on accède à d'autres petites salles. Les tables, souvent de deux ou quatre personnes, sont adroitement distribuées. Ici, pas d'étoiles, pas de toques, pas de cartes!... Tout le monde mange la même chose!... Le menu est quasiment immuable, seulement adapté avec les saisons. Et c'est tout le temps complet!... Le midi, on trouve aussi bien les gens qui travaillent dans la région, que les visiteurs de passage.

Chose importante : il vaut mieux venir là avec la faim et surtout, ne pas se ruer inconsidérément sur les premiers succulents antipasti, sinon, vous jetterez l'éponge avant la fin, et ce serait dommage!... Côté vin, une bouteille de dolcetto maison fait souvent l'affaire!... Tout commence donc par un peu de salami, dont le délicieux salame cotto. Attention! Juste une ou deux tranches!... Même s'il arrive entier sur la table!... Ensuite, une recette de tartare (délicieuse!) est servie avec une salade russe. Puis, l'incontournable vitello tonnato précède juste de quelques instants deux plats de pâtes, fusilli ou capellini, ainsi que tortellini farcies. Slurp!... Ça va mieux, non?... A suivre, deux plats de viandes, lapin et veau, joliment cuisinés. Quelques légumes... Tout va bien?... Reste la cerise... et les gâteaux : quatre desserts, dont meringue, pâtisserie au chocolat, flan caramel et un carpaccio d'ananas!... C'est à peine s'il reste de la place pour le café!... Fut-il italien!... Ça, c'est du régime, ou je ne m'y connais pas!... "T'as pas pris un peu de poids, toi?... Non, je suis passé en Italie pendant les vacances!..."

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Vous n'allez pas le croire!... En fait, le lendemain matin, nous étions en pleine forme, pour découvrir, en compagnie de Luca Roagna, l'état d'avancement des travaux de la nouvelle cantina du domaine. Celle-ci va s'inscrire au mieux dans le paysage et sera pourvue de toutes les avancées actuelles, en matière de développement durable : photovoltaïque, gestion de l'eau, revêtement végétal... Le chantier avance plus vite désormais, sous l'impulsion d'un éminent architecte transalpin, Giorgio Agù, ami d'enfance d'Alfredo Roagna, ce dernier, passionné et vigilant au bon déroulement des opérations. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'affaire est désormais bien engagée et va valoir le détour!...

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Si le coeur historique du domaine se situe bien à Barbaresco, les Roagna sont propriétaires de ce cru de La Rocca e la Pira depuis la fin des années 80, au moment de la "dépression" des grands vins de la région. On peine à le croire de nos jours, mais certains millésimes, disponibles ces années là, étaient devenus très abordables, au point que les amateurs italiens purent en acheter quelques bouteilles (comme le rappelait Giulio Armani la veille!...), alors qu'ils les considéraient un peu comme nos 1er GCC bordelais de nos jours.

Alfredo l'ignorait alors, mais en faisant l'acquisition de ces dix hectares (dont presque huit de vignes, qui devrait désormais devenir "cru monopole" La Pira) et de cette grande maison typique, dont une partie date du XVIè siècle, il ne faisait que jeter les fondations de la vie pleine de passion de son fils Luca, représentant de la cinquième génération des vignerons de Pajè.

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Le statut de "cave historique", dont bénéficie le domaine, a permis aux Roagna de vinifier le Barolo au coeur de Barbaresco, aspect de la réglementation locale en principe incontournable. Mais Luca avoue désormais sans peine que ses futurs Barolo devraient franchir un nouveau palier, puisque la vendange n'aura plus ces vingt-cinq kilomètres à franchir (naguère en tracteur!), avant de rejoindre le cuvier.

L'autre point important ayant motivé la construction de ces confortables installations, c'est que les vignerons se sentaient souvent à l'étroit, tant au cuvier que dans la cave d'élevage. Celle de Pajè avait été imaginée et construite pour une génération, la nouvelle permet d'entrer de plein pied dans le nouveau millénaire!...

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Bien sur, au delà du bâti, ce que Luca Roagna veut mettre en valeur et en évidence, c'est le terroir de Barolo. Et puisqu'il a fallu creuser la colline, autant montrer ces marnes bleues ou ce calcaire qui se délite, si caractéristique du cru!... D'ailleurs, plutôt que cacher la paroi dans le fond de la vaste salle d'accueil, il a décidé de la laisser visible, afin que les futurs visiteurs puissent tenter d'identifier les strates de roches, qui composent le sous-sol de Castiglione Falletto. Génial, non?...

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La vigne de La Rocca e la Pira bénéficie d'une exposition optimale, plein sud. C'est ici que l'on trouve les pieds de nebbiolo les plus vieux du domaine, puisque, les plus jeunes, destinés au riserva, ont été plantés en 1937. Certains ont même 90, voire 100 ans!... C'est ici également que l'on peut découvrir quelques exemples d'utilisation du marcottage, pour remplacer les manquants, solution efficace dans ce coteau, du fait d'un sol composé d'éboulis de pierre délitée, qui rend la terre presque "sableuse". Comme on peut le constater, il se passe nombre d'années, avant que le jeune rameau ne soit coupé de la vigne mère et ne vole de ses propres racines!... Toujours cette recherche insatiable de l'expression du terroir!...

Les rendements naturels sont très faibles. Les friches, en pied de coteau, contribuent à isoler quelque peu le cru des "mauvais traitements"!... Il faut dire que Luca se connaît peu de congénères, tant à Barolo qu'à Barbaresco, inscrits dans la même démarche. Dans la vigne, la nature s'exprime. On peut y découvrir une foultitude d'herbes aromatiques. La "micro-faune" présente (comme cette superbe mante religieuse!) symbolise la teneur de la biodiversité locale. Et puis, le vigneron nous prend à témoins, en nous montrant une superbe grappe de nebbiolo : "Pourquoi multiplier les traitements, quand le raisin arrive à maturité avec cette qualité?..."

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Le temps d'un dernier casse-croûte en terrasse, à Barbaresco, de glisser quelques flacons dans le coffre, de prendre note de quelque autre adresse à ne pas manquer dans la région et nous devons reprendre la route des Alpes. Pas de doute, les Langhe viticoles ne peuvent laisser personne indifférent!...

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14 septembre 2010

Et au milieu coule la Trebbia!...

Au cours des ultimes semaines de la Seconde Guerre Mondiale, en 1945, Ernest Hemingway, Prix Nobel de littérature en 1954 et auteur de quelques immenses classiques (Pour qui sonne le glas, Le vieil homme et la mer...) n'en finit pas de bourlinguer en Europe, comme correspondant de guerre de l'U.S. Army. Après la Normandie, la Libération de Paris ou les Ardennes, il est en Italie. Un jour, se dirigeant vers Piacenza, il passe par le Val Trebbia, le Val Aveto et note sur son agenda : "Aujourd'hui, je suis passé dans la plus belle vallée du monde!" L'histoire précise même (à moins que ce ne fut la légende?...), que quelques années plus tard, il y est revenu, avec sa quatrième épouse, Mary Welsh, dans une superbe Buick cabriolet azzuro, pour s'adonner notamment, à de longues parties de pêche, une de ses passions favorites.

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Je ne sais si nous avons les yeux d'Ernest et de Mary, en ces journées d'été (pas la Buick en tout cas, je vous rassure!), lorsque nous contemplons le paysage qui s'offre à nous. La rivière Trebbia coule du sud au nord, pour grossir le Pô, à quelques dizaines de kilomètres. Le grand fleuve italien serpente paisiblement dans une plaine immense, largement agricole et maraîchère, mais si vous prenez les petites routes qui grimpent dans les collines, vous sentez immédiatement qu'un autre monde s'ouvre à vous. Un sentiment sans doute alimenté par l'attente de pouvoir découvrir un vignoble et des vignerons in situ, après l'impression laissée par quelques cuvées, lors d'un "off" de Vinexpo, très recommandable d'ailleurs, au Château de Cujac : Haut les vins!...

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- La Stoppa, Elena Pantaleoni, à Rivergaro -

Dans les premières pentes de ces collines émiliennes (nous sommes ici, en fait, à l'extrémité ouest de la province Emilie-Romagne, aux confins de la Lombardie et du Piémont), il est assez aisé de trouver ce domaine, surtout parce qu'ils sont plutôt rares dans la région!... Sur la petite route, venant de Niviano, vous trouverez d'abord une ferme dédiée à l'élevage de bovins, appartenant au frère d'Elena, puis les premières vignes de La Stoppa. La maison, très remarquable, date pour partie du XVè. Elle est entourée de 52 ha, dont 30 environ de vigne. La propriété fut, naguère, celle d'un avocat, Maître Ageno, passionné de vigne et de vin et largement amateur de cépages et de vins français. On trouve encore quelques flacons hors d'âge, étiquetés Pino, Bordeaux, voire Bordeux bianco!...

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En 1973, le domaine est acheté par la famille Pantaleoni. Quelques années plus tard, en 1997, après des études de langues, Elena voit sa mère, Angela, quitter l'Europe pour le Chili et, se retroussant les manches, décide de reprendre la propriété. Depuis lors, La Stoppa avance à petit pas, dans le sens d'une modernisation, mais en ne reniant rien de ce qui fait l'histoire et l'âme du domaine. Elena Pantaleoni, alliant réflexion quant à l'équilibre économique et sensibilité, se fait fort de trouver une dynamique, qui porte le domaine dans le bon sens.

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Bien aidée en cela par Giulio Armani, présent à La Stoppa depuis trente ans, elle fait peu à peu des choix déterminants, pour que le vignoble gagne en cohérence. Il faut dire que la propriété est, jusqu'à ce jour, un véritable conservatoire de cépages!... Il y a de tout!... Du bonarda au gewurztraminer et du cabernet à la malvasia di candia aromatica!... D'ailleurs, une bonne partie du cabernet a été arrachée, remplacée par quelques cépages locaux, barbera et croatina (appelée ici bonarda), par exemple.

Rappelons que nous sommes ici chez des partisans des vins naturels. Culture biologique, cela va de soi, mais aussi utilisation très limitée du soufre et recherche de l'expression optimale d'un terroir, souvent argilo-limoneux, mais très pauvre pour toute autre culture et situé à 250 m d'altitude environ. Les rendements des vignes, souvent âgées, sont résolument contenus.

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Parmi les cuvées de La Stoppa, Vigna del Volta attire particulièrement l'attention, par la méthode choisie. Et il se trouve que nous sommes justement présents pour le premier jour des vendanges!... En fait, il s'agit d'un passito, comme il en existe d'ailleurs, dans la plupart des vignobles italiens. Une très forte proportion de malvasia di candia aromatica, associée à un peu de muscat, la compose. Le raisin est ramassé dans des cagettes de 5 kg environ, dès les premiers jours de septembre. Puis, sur un espace prévu à cet effet, les dites cagettes sont déposées sur une toile plastique blanche et restent au soleil toute la journée. Elles sont recouvertes chaque soir. Au bout de quelques jours (entre six et quinze, selon les millésimes et la concentration des raisins), la vendange est pressée dans des petits pressoirs verticaux, puis élevée en barriques pendant environ dix mois. Au final, une cuvée très "stoppienne", qui a beaucoup de succès!... Et un nectar, pour des instants de méditation, lorsque le soir tombe et que le Mont Rose apparaît à l'horizon!... Magique!...

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Parmi les cuvées dégustées sur place, accompagnant la cuisine locale (houlala, les tortelli farcis!...) d'Elena, qui nous invita gentiment à sa table pour l'occasion, notons La Stoppa 2002 (merlot, cabernet sauvignon et autres cépages bordelais), solide et droite, puis Macchiona 2006, 50% barbera et 50% bonarda, en IGT Emilia, qui s'annonce comme le fer de lance du domaine pour les prochaines années. Une belle structure et une jolie persistance, pour une expression pure, authentique. A noter que nous avons également pu apprécier (le lendemain) une Macchiona 1986 en pleine forme, dont la qualité principale (et non des moindres!) était de montrer une réelle filiation avec la version 2006!... Déterminant!... Enfin, une cuvée surprise, un assemblage de grenache, syrah et mourvèdre, dans le millésime 2000, surnommé PMR par Giulio, Pour Ma Retraite!... Là encore, une jolie expression, pure et droite.

Du coté des blancs, Ageno 2007, déjà vu çà et là, est d'une originalité évidente, surtout pour tout amateur venu de France!... Un blanc sec, assemblage de malvasia, trebbiano et ortrugo, dont la vinification - une macération longue sur les peaux, pendant trente jours minimum - nous amène vers une expression souvent perçue comme déroutante. Une belle matière, un soupçon de tannins en fin de bouche destinent cette cuvée à la gastronomie et à l'association avec nombre de fromages à pâtes pressées, par exemple. Enfin, Vigna del Volta 2001, sur des notes délicatement miellées et florales, est plein de délicatesse et d'onctuosité. Notons aussi le petit piège tendu par Elena, au cours du repas : un étonnant Sauvignon blanc 1987, en forme, démonstration évidente de la tenue des vins de La Stoppa!... Il nous restait donc à découvrir Denavolo, petite localité de la commune de Travo et ses jolies surprises!...

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- Dinavolo, Giulio Armani, à Travo -

Tout commence par une soirée grillades à l'italienne, sous un ciel étoilé. Du genre de celles que l'on aurait du mal à refuser, au risque de le regretter toute la nuit et les jours suivants!... Quelques amis, des côtes de boeuf sur la braise, de la bonne humeur, cuisine de pays, vins divers, grappa et tutti quanti!... Ciao Giulio, Chiara, Alessandro, Joanna et Alberto!...Après une nuit réparatrice à Mandrola, petit village agricole de l'autre côté de la colline, nous retrouvons Giulio Armani dans son jardin secret : Denavolo.

D'abord, un village, une bourgade. Giulio y embrasse chaque jour un paysage, où se cachent ses racines. Puis, une petite maison, pleine de charme et des bâtiments remarquables, en pleine restauration. Dans quelques mois, tous les vins du domaine seront vinifiés et élevés ici, au rez-de-chaussée d'un loft superbe!...

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Giulio Armani est un homme très occupé!... Le temps lui manque, pour continuer tant bien que mal les travaux. Sa charge de régisseur de La Stoppa n'est pas la moindre de ses occupations. On dit qu'il est aussi conseil pour quelque domaine toscan. Mais, depuis 2005, il propose également un blanc sec, issu de longue macération, Dinavolo, qu'il vinifie en achetant les raisins d'un de ses voisins. A partir du millésime 2009, il propose même deux cuvées distinctes : Dinavolino, issue des vignes les plus jeunes, en bas de coteau et donc, Dinavolo, sorte de sélection. Nous sommes dans les Colli Piacentini, dans une zone appelée Trebbianino Val Trebbia.

Après avoir fait le tour du petit village, nous nous dirigeons par un chemin très... toyotesque, vers les nouvelles parcelles de Giulio, à 450, voire 500 m d'altitude, dans un secteur tout à fait préservé. Là, la terre possède une plus forte proportion de calcaire.

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L'avenir du domaine prend forme ici. Deux hectares plantés en 2009 et bientôt, peut-être deux autres, sur des terres pauvres, exposées sud-ouest ou sud-est, où l'herbe peine à pousser vraiment. En redescendant, nous nous arrêtons pour découvrir un autre superbe coteau : un hectare, planté lui en 2008.

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Giulio Armani est ici chez lui, dans son décor. Une partie du temps dont il dispose, il le passe ici, à observer, à apprendre ses parcelles. Des instants privilégiés, à estimer le potentiel de ce vignoble. Ainsi, il constate que certains raisins font le régal des animaux du secteur!... Si les oiseaux se posent sur le premier fil et picorent au-dessus d'eux, il est clair que les grappes les plus basses sont appréciées depuis le sol... Il va falloir enquêter!...

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Malgré les difficultés, le profil exigeant du coteau, il pense qu'il va travailler les sols, parce que cette terre plus légère, plus granuleuse le permet. Et aussi, parce qu'il sera sans doute utile de remonter la terre, de temps en temps. Pour ce qui est des cépages, on a le droit de ne planter là, que les variétés autorisées dans l'appellation : ortrugo, malvasia di candia aromatica, trebbiano, un peu de sauvignon et aussi de la marsanne, appelée ici, parfois, champagne!...

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Lors de notre passage à La Stoppa, nous avons pu voir ou revoir les cuvées de Giulio Armani. Dinavolino 2009, le petit dernier, s'inscrit dans la logique du domaine. Longue macération de huit mois, une robe orangée, une jolie expression sur l'abricot frais. Beaucoup de présence, mais un côté joueur, qui met les sens en éveil. Puis Dinavolo 2008 (11 mois de macération), Dinavolo 2007 (5 mois) et Dinavolo 2006 (12 mois, déjà vu lors de REVEVIN 2010) se succèdent, comme des notes dans la gamme : un sol, un mi, un do... Une fidélité au millésime se dessine. Forte parfois, cantabile ma non troppo!... Il faut voir ces cuvées à table, avec parfois une structure et un équilibre étonnants. On les attend dans un registre moelleux, mais ils sont secs et la touche tannique et saline, en fin de bouche, leur donne une dimension assez déroutante, pour les Français que nous sommes!...

Pourtant, il s'agit sans doute là d'une région, d'un vignoble au potentiel évident. Pas aussi connu que les nebbiolesques Barolo et Barbaresco, ou que la Toscane protéiforme, mais qui est inscrit dans le respect d'une identité locale et la mise en valeur de grands terroirs. Ici, les vignerons ne sont pas en quête d'un quelconque savoir extérieur, venu et inspiré par telle ou telle faculté d'oenologie. Ils regardent d'ailleurs, parfois, les us et coutumes de leurs voisins, les choix, les modes, avec tantôt de la perplexité, tantôt une part de scepticisme. Comme l'option, par exemple, des macérations carboniques pour des vins bio et natures, voulant mettre en évidence les caractères et l'authenticité d'un terroir... Un débat qui s'ouvre?... Mais, une région d'Italie à ne pas manquer!...      

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03 mai 2010

Domaine de Juchepie : Grands Crus en Anjou (suite)

Voici un domaine pour lequel on convient d'un rendez-vous et l'on se dit qu'en deux heures, nous aurons bien fait le tour du sujet!... Des chenins, secs, moelleux et liquoreux certes, mais que des chenins!... C'est sans compter la qualité de l'accueil d'Eddy et Myleine Oosterlinck et l'intérêt de découvrir un ensemble passionnant, quelque part entre Montbenault et le village de Faye d'Anjou. Un domaine qui fait désormais partie des référents de la région et qui réserve quelques surprises!... Notamment, un avenir potentiellement "Grand Cru", avec des parcelles superbes, dont certaines sont encore en friche et d'autres, que le vigneron de Juchepie prépare jalousement, en vue d'une prochaine plantation. La pie a fait son nid, juchée. La voici prête pour l'envol!...

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Les vins du domaine interpellent, depuis quelques millésimes déjà, les amateurs qui ont eu l'occasion de les découvrir, par leur personnalité. Et l'on se dit forcément que de telles cuvées émanent d'un vigneron qui n'en manque pas!... L'exemple même d'homme qui ne fait guère étalage de ses certitudes, mais qui sait ce qu'il veut, à l'aube de la soixantaine... Quelqu'un également, qui goûte le présent, semble s'étonner de la beauté de la nature qui l'entoure, parle d'harmonie sans la nommer et qui, au demeurant, se projette dans l'avenir, sans échafauder de plan sur la comète, certain que la vie ne vous mène pas forcément à l'étape suivante sans détour ou chemin de traverse.

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Eddy et Myleine Oosterlinck se sont installés en Anjou en 1985. Quincaillier en Belgique, dans la région de Gand, en Flandres, le futur vigneron (qui ne le sait pas encore!) cherche alors un pied à terre dans la région. Le couple pense d'abord à une de ces maisons en pierre, dans un petit village du Layon... Puis, un jour, ils découvrent celle qu'ils habitent aujourd'hui, sur la hauteur, avec son incomparable panorama, un des plus beaux du coin!... Banco!... L'aventure commence!...

Jusqu'à l'aube du nouveau millénaire, quinze années passent ainsi, à faire la navette régulièrement entre Flandres et Anjou. Lors de la négociation pour leur nouvelle résidence, Eddy Oosterlinck insiste pour disposer de quelques arpents de vigne, près de la maison. Très vite, il va s'attacher à rassembler quelques parcelles sur le coteau qui descend jusqu'à la rivière, puis moult friches, pour réunir un ensemble de 21 ha, dont 13 d'un seul tenant, à proximité. Les deux autres îlots sont situés sur les deux mamelons qui dominent la vallée du Layon, avec cinquante ares plantés sur les cinq du secteur des Churelles et d'autres à venir sur les trois de la Pierre Gaudry.

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Avec donc 6,5 ha de vignes, du chenin pour l'essentiel, le premier millésime du domaine remonte à 1989. Bien sûr, il faut apprendre ce terroir et son potentiel. Nous sommes là dans une sorte de cuvette, peu profonde, inclinée vers le sud-sud-ouest et seulement ouverte du côté ouest. Un réservoir à brumes automnales, très favorable au botrytis!...

Sur la partie haute du vignoble, le sol est plus lourd qu'à Savennières, par exemple, même si le sous-sol semble identique. En surface, on distingue des schistes verts et pourpre. Dans le haut de la parcelle, il n'y a pas plus de vingt à trentre centimètres de sol avant la roche mère!... Nous sommes là, à la quasi extrémité d'une sorte de langue, qui prolonge le coteau de Bonnezeaux. En descendant vers la rivière, le sol est aussi composé de spilite et de rhyolite. Les pentes, plus prononcées, s'inscrivent dans une sorte de pointe venant de l'Ouest, dont la structure est proche de celle dite de Chaume.

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N'ignorant rien de l'actualité de La Pipette aux quatre vins, Eddy Oosterlinck nous permet de découvrir sa cabane de vigne, version terrasses sur le Layon!... Elle n'est pas des plus simples à trouver, puisqu'elle se situe au coeur de trois hectares de friches, qui sont à l'abandon depuis au minimum cinquante ans!... Nous sommes là dans le secteur de la Pierre Gaudry. Mais, le vigneron de Juchepie lui préfère l'appellation officieuse de Queue du Renard. En nous faufilant dans la végétation (il est aisé de deviner la taille des pins et des chênes sauvages!), des espaces sans ronces ni herbes diverses, nous laissent deviner la trace des anciens rangs de vigne, sous la forme de petits monticules parallèles, dans le sens de la pente.

Plus bas, aux alentours de la cabane séculaire, le coteau est plutôt formé de petites terrasses façon Côte Rôtie, ou parchets façon Valais. Vous avez dit "Grand Cru"?... Eddy n'est pas certain, à ce jour, de mener à bien lui-même et seul sa renaissance, mais il a bon espoir de planter de la vigne dans ce secteur avant longtemps.

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Non loin de là, un peu plus à l'est, dans le secteur des Churelles, un autre coteau pentu d'un hectare est déjà défriché. Avec vue imprenable sur le Layon!... Dans l'esprit, la parcelle ressemble un peu à la Pierre Bécherelle, d'Éric Morgat (le TGV en moins!). Le sol est d'une richesse... palpable!... Du moins, en terme de minéraux. Après une patiente préparation, le chenin devrait y faire son apparition en 2012, pour une première récolte espérée en 2015. L'avenir est en marche, à Faye d'Anjou!...

Le domaine est en agriculture biologique depuis 1994 et certifié depuis 1999. Une démarche pleine de conviction, qui pousse Juchepie dans le sens du progrès, souligné par bon nombre d'observateurs et moult 29042010_020amateurs. Alors qu'une "réforme" va permettre l'apparition du "bio industriel", Eddy Oosterlinck garde la tête froide et le recul nécessaire, pour analyser quelques errements de la mouvance bio. Sans exprimer de certitude, il pense ainsi, qu'insister sur le fait que l'agriculture biologique ne pollue pas les sols et l'environnement est quelque peu insuffisant. Selon lui, il aurait été bon, au cours de ces dernières années, de souligner à quel point il est important de disposer de sols vivants et de consentir une baisse significative des rendements!... Car désormais, un label, qui se veut rassurant, va apparaître sur les contre-étiquettes, au mépris de ces aspects là de la viticulture de qualité!... Et flouter ainsi la démarche des vignerons "bio et nature", embarqués depuis quelques années (et pour certains, de nombreuses années!) sur une route pas toujours bien carrossée et souvent peu rémunératrice.

La production du domaine est en moyenne, bon an mal an, de 12000 bouteilles. Certains chenins sont vénérables, puisque datant d'une plantation de 1911. Il se peut même que quelques pieds datent de 1890, soit juste au lendemain de la crise du phylloxéra!... Comme durant la période des ébourgeonnages, ce sont des grappes d'amateurs venus de Belgique, qui vendangent au domaine!... Une vendange résolument artisanale, puisque le millésime peut réclamer de six à huit passages, les tries, dans les parcelles!... Eddy Oosterlinck a coutume de dire qu'il fait deux tiers de blancs secs avec un tiers des grappes et un tiers de moelleux et liquoreux avec deux tiers des raisins.

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Nous reviendrons plus longuement, très bientôt, sur la phase dégustation des nectars du domaine, puisque Eddy et Myleine Oosterlinck nous font l'amitié de participer aux REncontres VEndéennes autour du VIN, sous le patio du Chai Carlina, le dimanche 16 mai prochain, avec une séance qui permettra notamment de comparer des cuvées botrytisées et d'autres plutôt issues de passerillage. Un plaisir que de le voir succéder ainsi aux Poirel, Leroy, Delesvaux, Baudouin et autre Ménard, pour évoquer les douceurs du Layon!... Et pour lui, se remettre dans la peau d'un amateur, au contact des ReVeVineurs voyageurs!... Amateur passionné qu'il fut aussi en son temps, rassemblant quelques nectars étonnants de toutes origines... Et peut-être pourrons-nous aussi découvrir ses rouges?... Un rien cachottier, Eddy!... Sa cuvée de cabernet franc existe, je l'ai rencontrée!...

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26 avril 2010

Escapade champêtre en Anjou

Le printemps s'est installé avec la nouvelle lune de la mi-avril... Va-t-elle le porter un mois durant et donner envie à la suivante d'en faire autant?... Tout le monde l'espère et ainsi, éprouver le besoin de parcourir les vignes sous un franc soleil, avec les vignerons, qui chasseront par la même occasion les peurs indicibles du gel tardif ou de la grêle de printemps. Croisons les doigts avec eux!...

A Martigné-Briand, qui voit son château en ruines renaître, grâce à une restauration quasi titanesque, nous sommes presque à la limite de l'Anjou Noir et de ses schistes avec l'Anjou Blanc et son tuffeau. Comme partout dans la région, la nature explose. Les haies se perlent de blanc. C'est le moment de mémoriser quelques arômes de fleur d'aubépine, de sureau, de prunellier et tant d'autres arbustes!...

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Pour cette matinée printanière, j'avais rendez-vous avec Sylvain Martinez. Pas le plus connu des vignerons angevins, mais un réel espoir, sensible, déterminé, à l'écoute de ses aînés, comme Olivier Cousin, chez qui il travaille depuis quelques années. A l'occasion de Renaissance des Appellations, à la veille du dernier Salon des Vins de Loire, à Angers, il avait été, pour nombre d'entre nous, la révélation de la journée!... Deux cuvées : Goutte d'O, issue d'un hectare de chenin cédé par Olivier Cousin et Corbeau, un grolleau noir des plus séducteurs, venant d'une parcelle de quelques rangs, sur un sol de tuffeau, à Chemellier, au-dessus de la grange du graveur Jules Mougin, au lieu-dit La Motte!...

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Mais, une autre des raisons de ma visite à Martigné, c'est aussi que Sylvain Martinez est un conducteur avisé!... De chevaux, s'entend!... Cette semaine, au Domaine Cousin-Leduc, séquence décavaillonage!... Une activité qui remplace aisément des séances "forme sèche", en salle de musculation!... Paysan-vigneron, c'est bon pour la santé!...

Ce travail du sol n'est pas une nouveauté au domaine. Il faut dire qu'Olivier Cousin est un peu référent en la matière. En Val de Loire, on vient aussi bien de Sancerre et Pouilly Fumé que de Vendée, pour s'inspirer de la méthode. Décavaillonner, c'est plutôt physique, mais c'est aussi une question de feeling. "Il faut sentir la chose... Pas question de travailler, dégoulinant, jusqu'à épuisement!..." dit Olivier.

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Ce matin, c'est Roméo qui s'y colle!... Un percheron de cinq ans qui tente de retarder l'échéance, un peu comme un lycéen qui traîne dans les escaliers, au moment de rentrer en cours de maths!... "Décavaillonner, ce n'est pas très compliqué!.." dit Sylvain. "En fait, le travail de l'hiver est déterminant. Si la roue peut s'inscrire dans la trace, tout devient presque facile!..."

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Au fil des minutes, Roméo enchaîne les longueurs sans trop rechigner. En fait, Olivier Cousin explique qu'il attelle ses chevaux régulièrement et ainsi, il les commande. Ici, l'animal et l'homme collaborent. Et le cheval sait bien que là, le fouet ne claque pas, comme dans d'autres circonstances. "Allez Roméo, en avant!..."

Parfois, les visiteurs estiment, à l'oeil, que le labour est plutôt profond, mais en fait, le soc glisse sur la couche d'argile, qu'il ne faut surtout pas remettre en surface. Si la pluie survient alors, il peut être difficile de rentrer dans le bas des parcelles!... Guère plus de dix centimètres de terre sont retournés, mais c'est la présence d'herbe qui donne cette impression de volume. De temps à autre, un cep fragilisé, ou malade, souffre du passage de la décavaillonneuse. Mais, cela ne fait que révéler qu'il fallait le remplacer.

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Plus haut, dans cette superbe parcelle au coeur du village, les deux autres chevaux du domaine ne sont pas en RTT!... Après être passés dans une parcelle destinée aux pommes de terre (rappelons que nous sommes ici dans une ferme!), Joker, onze ans, qui conduit parfois plus les stagiaires que l'inverse, passe une sorte de herse, pour égaliser le sol et arracher les herbes tenaces, le chiendent.

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Derrière, Olivier a pris place sur un rouleau de sa fabrication, qui écrase l'herbe restante en la coupant, ce qui va accélérer son séchage, suivi d'un cercle métallique qui contribue à casser les plus grosses mottes de terre. C'est très artisanal mais efficace. Il faut dire que la méthode implique une bonne dose d'ingéniosité et un sens pratique novateur.

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Bien sûr, nous ne sommes pas là dans la cour du Château Pontet-Canet!... Qui figure d'ailleurs en couverture de Sabots Magazine ce mois-ci, revue dont le contenu n'échappe guère, ni à Olivier Cousin, ni à Sylvain Martinez. D'ailleurs, la démarche du grand cru médocain interpelle quelque peu les deux vignerons angevins, qui se disent curieux de découvrir dans les meilleurs délais la "méthode bordelaise"!...

Le temps de partager un agréable pique-nique sous les arbres fruitiers couverts de fleurs blanches et de vider quelques flacons de vins d'Anjou et d'ailleurs et il me fallait laisser les paysans-vignerons de Martigné-Briand à leurs occupations champêtres. C'est qu'il reste quelques rangs et toutes les vignes à attacher!... Juste le temps, pour les chevaux, de s'abreuver quelque peu...

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12 novembre 2009

Les vendanges 2009, en Fiefs Vendéens

Alors qu'une très grande majorité des vignerons de France et de Navarre avait de quoi se réjouir des conditions de vendanges et des qualités intrinsèques de ce millésime 2009, il était intéressant, à plus d'un titre, de consulter les vignerons vendéens sur le sujet. Et d'évoquer avec eux l'avenir du vignoble des Fiefs Vendéens... Des fieffés fiefs, qui ne voient pas le bout du tunnel, dans la course à l'AOC!...

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Faut-il le rappeler, les vins des Fiefs Vendéens sont toujours à ce jour, le cul (de bouteille) entre deux chaises!... Il font donc partie des futurs bannis des classifications, puisque les VDQS (Vins Délimités de Qualité Supérieure), ou AO-VDQS, doivent disparaître des tablettes avec la réforme des AOC, qui vont en profiter pour devenir des AOP (Appellation d'Origine Protégée). Mais, au fait, ces appellations ne l'étaient-elles pas déjà?... Cette disparition se solde par une obligation : postuler à l'AOC (ou AOP) ou admettre d'être "rétrogradé" en IGP (Indication Géographique de Provenance, ou Protégée), appelée à succéder aux Vins de Pays, également condamnés.

Ces VDQS maudits ne sont plus, semble-t-il, que dix-sept de nos jours en France : huit en Loire, huit dans le Sud-Ouest et un en... Lorraine. Bien sur, pour ceux-ci, la procédure pour être promu en AOC semble une évidence, mais l'on sait depuis peu, que certains responsables de syndicats viticoles, comme celui du Gros-Plant du Pays Nantais notamment, se sont prononcés pour un passage en IGP, du fait des limitations de rendements éxigées par l'AOP, de la déclassification de certaines zones et, au final, des craintes éprouvées en matière d'équilibre économique local.

En Vendée, nous sommes là sur des aires délimitées, dites Fiefs du Cardinal en 1963 (jadis, Richelieu, qui fût évêque de Luçon, dans le Sud-Vendée, "diocèse le plus crotté du royaume" selon ses dires, avant d'en découdre avec les Mousquetaires du Roi, fit don de ses vignes à la population misèreuse...). Déjà à cette époque, pas une véritable promotion!... En 1984, ces Fiefs obtiennent le VDQS Fiefs Vendéens. En route pour l'AOC!... But, long is the road!... Après moult tergiversations, une avancée semble décisive en 2008, avec le passionnant travail sur les terroirs, réalisé par un groupe de géologues angevins, faisant suite à celui de l'INAO, qui a laissé la plupart des vignerons quelque peu perplexes... Compilation des résultats, édition et présentation des rapports, le temps passe... Il semble que l'AOC sera acquise pour les vendanges... 2010. Mais aujourd'hui, rien n'est moins sur!... Une réunion importante (décisive?) qui devait se tenir en novembre 2009 ne semble plus figurer sur l'agenda!...

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Alors, que se passe-t-il?... Manque d'appuis politiques?... Déconsidération d'un vignoble qui, de l'extérieur, est souvent "classé" comme pourvoyeur de boissons fraîches, destinées à la clientèle estivale, notamment avec les rosés?... Dossier mal ficelé, mal boutiqué, comme on dit ici?... Manque d'enthousiasme des premiers concernés, les vignerons, qui pour certains, ont un peu le sentiment que le scénario s'est littéralement englué, à force de vouloir satisfaire un peu tout le monde, ou du moins de tenter de faire le moins de mécontents possibles, surtout au niveau des acteurs principaux?...

Le problème semble être que certaines orientations ont peut-être pris la forme de non-décisions. Devait-on absolument conserver l'assemblage de cabernet et de pinot noir, au titre de l'originalité?... Pourquoi ne pas admettre dans le décret, la production de mono-cépages, comme ces cuvées issues de pure négrette, qui seront parfois les vedettes locales (voire au-delà) de ce millésime 2009?... D'autres régions ont opté pour un calendrier, avec des étapes successives, afin "d'améliorer" le statut et l'image de leur vignoble, même au risque de faire quelques erreurs, vite corrigées, souvent très naturellement.

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Autre aspect des choses, était-il opportun de continuer de s'appuyer sur cette notion, un rien vieillotte, de Fiefs Vendéens, (appellation qualifiée "d'improbable" dans l'article récent d'un mensuel, consacré à Thierry Michon) au titre de la dispersion du vignoble?... N'était-ce pas là l'occasion de mettre sur pieds une AOC Vendée?...

Ce que l'on devine de la situation actuelle, c'est notamment une disparité assez grande d'un secteur, d'un fief à l'autre. Ainsi, dans la zone de Mareuil et Rosnay, nombre de vignerons, en caves particulières, ont disparu, ces dernières années. On les compte maintenant sur les doigts d'une main et trois d'entre eux sont quasiment en position dominante, préparant ainsi leur passage en AOC... et s'armant pour une concurrence future sévère. C'est un peu dommageable au titre de la diversité!... Quant à la bio-diversité, dans certains secteurs, aie, aie, aie!...

Pour les autres fiefs, mis à part celui de Brem, qui fait face et s'organise dans la foulée de Thierry Michon, du Domaine St Nicolas et Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, pour une meilleure promotion et, à la fois, pour une plus grande conservation du vignoble de la zone, la situation n'est pas simple. A Pissotte, on ne compte qu'un seul vigneron, Xavier Coirier. A Vix, ils ne sont que deux, avec des orientations très différentes : le Domaine de la Chaignée, lié aux célèbres Pépinières Mercier, installées dans ce village, sur la route de La Rochelle et Christian Chabirand, de Prieuré La Chaume, en conversion bio et non prétendant, dit-on, à l'AOC. Enfin, du côté de Chantonnay, un seul domaine également, celui des Orion Père et Fils, le Domaine de la Barbinière, qui postule à l'AOC, alors qu'il ne pouvait prétendre au VDQS jusqu'à maintenant. Quelques vignerons isolés également du côté de Talmont-St Hilaire, voire de Beaulieu sous la Roche et d'autres, au nord du département, que l'on peut rapprocher de la zone du Muscadet.

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Après avoir dressé cette sorte d'état des lieux, soulevant de multiples interrogations, allons voir comment ces vignerons vendéens ont vécu ce millésime 2009?... Pour la plupart, il s'inscrit résolument au niveau des exceptionnels!... Ils savent aussi tous qu'il faut laisser "bouillir" et être sérieux jusqu'au bout. Un soupçon d'inquiétude peut apparaître chez certains "bons" : ce n'est pas un millésime où le vigneron fait la différence et donc, il y aura sur le marché des vins "très corrects" à petit prix, issus d'une viticulture conventionnelle et productiviste. Un bol d'air pour ceux-là, après deux, voire trois millésimes délicats et pour ceux-ci, la nécessité de pousser jusqu'à l'excellence!...

C'est Jérémie Mourat qui nous communique un semblant de rapport de millésime, pour le Château Marie du Fou et le tout nouveau Clos Saint André : mois d'août chaud et ensoleillé, avec des pluies le 3 (20 mm) et les 18 et 19 (5 mm). Septembre très chaud et ensoleillé (31° à l'ombre le 9!). Le ban des vendanges est fixé au 10 septembre. Début de la cueillette des pinot noirs destinés à Marie du Fou le 16. 14,1% potentiel!... C'est pas tous les ans!... Au Clos Saint André, début les 25 et 26 sur les chardonnay. 12,9% potentiel. Ils10112009 sont pressés en grappes entières et fermenteront dans des oeufs Nomblot. Le 17 090807_010septembre, de la pluie (13,5 mm), celle qui va déstresser l'Anjou!... Ce sera la seule journée pluvieuse de septembre!.. Historique!...

Premier tri de chenin au Clos Saint André, le 12 octobre. Pressurage en grappes entières. 13,2% potentiel, acidité 4,9. Ce tri, Jérémie le veut sur le fruit et il ira aussi dans un oeuf en béton. Le second tri de chenin du Clos a lieu le 19 octobre. 14,5% potentiel, sans botrytis, avec un joli passerillage dû aux vents de nord-est des dernières semaines. Ce tri sera dirigé vers un foudre de 35 hl de Seguin-Moreau. "Et le 20 octobre, il pleut!... Mais, on le savait (merci Météo-France!...) et on a fini!..."

Le jeune vigneron de Mareuil sait qu'il est encore tôt pour tirer des plans sur la comète. Mais, il retrouve des matières qui lui rappellent la chair des 2005, avec sans doute plus de fond. Les rouges sont très colorés, les tannins très mûrs. Les chenin, quant à eux, allient le plus souvent richesse et fraîcheur. Un constat que l'on fait aisément en dégustant quelques échantillons prélevés sur cuves, lors d'un passage récent au domaine, malgré que les fermentations soient souvent en cours. Mention spéciale pour la négrette, très expressive et un chenin botrytisé, vinifié en sec, qui pourrait faire une remarquable cuvée d'exception!...

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Quelques échos de la côte ensuite et de Brem notamment : Samuel Mégnan a surtout apprécié (et ses vendangeurs avec lui!) d'avoir beaucoup moins de tri à faire dans les vignes, du fait du bon état sanitaire des raisins et de l'homogénéité des maturités. Quantité et qualité des jus sont au rendez-vous!... Les cabernets ont été ramassés juste avant les pluies, avec déjà un beau fruit et une belle couleur. Un tri de chenin botrytisé a montré 20% potentiel, avec 1h30 de vendange pour 5h de tri!... Souvenirs, souvenirs!...

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Cap au Sud-Vendée, avec quelques échos en provenance de Vix. C'est là que se situe le Prieuré la Chaume, de Christian Chabirand. Un millésime 2009 qui a fini par rassurer complètement le vigneron, au terme d'une première année de conversion bio : "A la vigne et sur le plan sanitaire, une année plutôt exceptionnelle sur La Chaume!... En fait, RAS!... Pas plus de mildiou sur feuillage que sur grappe, même pas en fin de printemps, comme cela fut le cas sur certaines zones vendéennes, pas d'oïdium non plus. Des sorties sans gel et une floraison régulière." Au final, une excellente maturité, avec des raisins très sains, gorgés de fruit et de sucre. Des rendements supérieurs aux prévisions (30 hl/ha au lieu des 25 attendus).

"A la cave, des mouts rentrés dans des conditions idéales, avec un tri manuel qui n'a rien à voir avec les années passées. Ils partent instantanément en fermentation, mais ces dernières s'avèrent très lentes et la crainte d'un arrêt de fermentation est notre préoccupation du moment (le 22/10)!... La richesse en sucre et donc en alcool potentiel, y est sans doute pour quelque chose. Finalement, une seule maladie déclarée : de la pourriture noble sur un peu de chenin... De quoi s'amuser un peu!..."

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C'est dans un petit village du bocage vendéen, St Philibert du Pont Charrault, que se situe le Domaine de la Barbinière. Un domaine qui propose des Vins de Pays de Vendée depuis plus de vingt ans, en s'appuyant sur la logique des Fiefs Vendéens, au point que, dès le début des démarches en vue de l'obtention de l'AOC, l'idée d'un nouveau fief à Chantonnay, fut admise de tous, ou presque... A la Barbinière, il y a Philippe, le père, qui a toujours joué le jeu de la conquête de l'AOC!... Sera-t-il récompensé de son abnégation et de sa constance?... Il y a désormais, en plus, les deux fils, Alban, aux manettes côté vignes et Vincent, option cave. Les trois s'accordent à dire qu'ils n'avaient jamais ramassé une si belle vendange!... "Les degrés sont très élevés, les acidités sont basses sur les rouges et correctes sur les blancs. La maturité des pellicules est superbe, ce qui se traduit pour l'instant, par des couleurs intenses. La vendange manuelle a permis d'attendre la pleine maturité phénolique, même si quelques grains commençaient à pourrir... Le fruit est très présent. Tout cela laisse espérer de beaux vins. Reste à réussir les vinifications, qui peuvent parfois être délicates, avec de tels degrés."

Un tour du cuvier tend à démontrer le potentiel du millésime!... Les cépages, séparés pour la plupart jusqu'à maintenant, sont souvent à leur meilleur, avec notamment, un superbe gamay issu du secteur du Charpe et des cabernets purs, denses et massifs, aux expressions nettes et franches. Voilà qui laisse augurer de belles cuvées!...

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Il nous reste le "petit dernier" des Fiefs!... Le Domaine des Jumeaux, de Jean-Marc Tard, à Chaillé sous les Ormeaux, dans le secteur de Mareuil. Voilà encore peu de temps, Jean-Marc n'était pas vigneron, ou alors le dimanche. Il était caviste, aux Sables d'Olonne. Il avait bien quelques arpents de chenin, du côté du Querry-Pigeon, sur la commune de Talmont-St Hilaire, mais c'était très anecdotique et seulement connu de quelques initiés. Et puis, un jour, il s'est mis en quête d'un vignoble, comme pour réaliser, concrétiser un rêve, nourri par quelques millésimes de Chemin du Querry.

Après quelques mois, il se met sur les rangs d'un domaine de plus de neuf hectares, planté de pinot noir, gamay, cabernet et négrette. Il en devient finalement l'acquéreur et décide, au préalable, de le convertir à l'agriculture biologique!... Un défi!... Et qui plus est, un résultat qui déclenche, à mots couverts, l'admiration de ses confrères et voisins mareuillais. Il faut dire que transformer les parcelles comme il l'a fait en quelques semaines, au printemps dernier, par un travail soigné des sols, a de quoi surprendre. Et rappeler à certains, au passage, quels sont les tenants et aboutissants du métier de vigneron!...

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De son vignoble, Jean-Marc Tard a fait un jardin, tiré au cordeau!... Et que l'on ne nous dise pas désormais, en Vendée et ailleurs, que ce n'est pas possible!... D'ailleurs, on peut se demander, si son travail et son enthousiasme n'ont pas fait là, la démonstration de ce que devrait être le vignoble vendéen, celui qui veut s'inscrire dans une démarche de progrès, dans le cadre d'un passage en AOC. La question mérite d'être posée : pourquoi ne pas inscrire les parcelles de la future appellation dans la logique suivante : travail des sols obligatoire, pas de désherbage chimique, pas d'utilisation de produits de synthèses, ni de systémiques sur les vignes. Après tout, d'autres appellations, comme Savennières par exemple, ont pris de telles orientations!...

La Vendée n'est pas démunie pour choisir de telles options. A mi-chemin de La Roche sur Yon et de Mareuil sur Lay, oeuvre une association, Longs Crins, qui propose des prestations dans la vigne, les vergers, les jardins, au moyen de la traction animale. C'est elle qui intervient désormais au Clos Saint André, de Jérémie Mourat. Lorsqu'on sait que le lycée agricole yonnais, le Lycée Nature, s'inscrit tout entier dans une démarche bio et que la préfecture vendéenne dispose également d'un haras national, on imagine assez facilement les liens qui pourraient se tisser et, pourquoi pas, voir une petite économie locale dédiée au vignoble vendéen se mettre en place. Comment peut-on encore prétendre qu'il s'agit là d'orientations rétrogrades?...

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Pour ce qui est de leur millésime 2009, Jean-Marc Tard et le Domaine des Jumeaux ne pouvaient espérer meilleurs augures!... Une année sans difficulté particulière, des vendanges confortables, des jus qui se positionnent comme des référents, au moment même où le vigneron a le plus besoin de jauger ses parcelles et de situer l'expression des différents cépages, sur leur sol respectif. Pensez-donc, un premier millésime!...

Au domaine, la cueillette commence le 21 septembre par les gamay. La crainte d'être débordé, avec un mois de septembre chaud et ensoleillé, incite le vigneron de Chaillé à se lancer, mais les degrés oscillent entre 11 et 12% potentiel. "J'aurais du attendre une semaine de plus!..." La fin de la première période est consacrée au pinot noir de la Citadelle. Pour l'instant, les rendements atteignent 38 hl/ha!... Dès le lundi suivant, le pinot noir des Rochettes est ramassé à 13,5°. Une belle qualité de raisins, sur une très belle parcelle.

Le samedi 3 octobre, vendanges au Querry, pour le premier tri de chenin : 14,5° au mustimètre!... Seules les grappes botrytisées sont ramassées. Il faudra attendre dix-sept autres jours pour attaquer la dernière ligne droite : les deux parcelles de négrette remplissent les caisses, 13,5 et 13,8°!... Merci Dame Nature!... Les jours suivants, quelques averses surviennent. La négrette est à l'abri, elle qui n'aime guère la pluie! C'est au tour des cabernets franc et sauvignon de la Citadelle et du Moulin. Les maturités sont superbes!...

Avec le recul de quelques semaines, les jus se montrent très intéressants : un gamay sur des arômes très nets de framboise fraîche. Une négrette tout à fait gourmande et des cabernets aux tannins souples, ronds et frais. Les chenins ne manquent pas d'intérêt non plus, même s'ils n'ont pas encore digéré tous leurs sucres. Pour Jean-Marc Tard, "2009, de la vigne à la cave, c'est une année de joie et d'émotion!..."

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Avec un tel potentiel, on a envie de croire et d'espérer en l'avenir des vins de Vendée!... Il est clair que l'occasion est belle, cette année, de faire la démonstration d'un savoir-faire, en même temps que de montrer une forme d'attachement à la tradition viticole locale. Certes, les vignerons sont de moins en moins nombreux dans le département, mais, quelque part, ils sont les survivants, les héritiers de tous ceux que comptait la Vendée, naguère. Après tout, voilà à peine plus de vingt ans, il s'agissait là du troisième département français, pour le nombre de déclarants de récolte!... Alors, misons avec les vignerons, sur un bel essor, plutôt que sur un tour de vis!... Et pour apprécier de jolies cuvées, rendez-vous en 2010!...

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02 novembre 2009

Suspicion d'addiction au Roussillon (2)

Après une nuit réparatrice au Fitoun, à Paziols, dans la montagne audoise, afin de digérer comme il se doit la cuisine catalane du Rêve d'Angèle (oh la la!... ces joues de porc au Banyuls!...), nous reprenons la route de la côte, par le chemin des écoliers du GPS, en passant, non pas par Estagel, mais par Tuchan et Vingrau.

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La matinée offre une lumière horizontale, voilée et à chaque virage, chaque lacet, les passagers du minibus écarquillent leurs yeux, sur un paysage à couper le souffle!... Le conducteur en fait autant, si bien que nous profitons d'un promontoire, façon table d'orientation, pour faire une courte pause. N'est-ce pas là, le Château d'Aguilar?...

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Côté mer, le ciel est dégagé. Nous allons avoir une superbe journée. En passant, juste un petit salut au Clos des Fées, d'Hervé Bizeul. La route descend en serpentant jusqu'à une sorte de grande porte, qui ouvre sur la plaine et le Crest de Rivesaltes. Un camp militaire, un aéroport, une traversée de Perpignan sans encombre, nous laissons la Chaîne des Albères (les Montagnes Bleues) à main droite. A peine quelques minutes encore et nous voilà sur la Côte Vermeille!... Le souffle d'un pays qui n'en manque pas!... Collioure, Port-Vendres, Banyuls et aujourd'hui, le grand bleu, du sol au plafond!...

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- Bruno Duchêne -

Nous avons rendez-vous avec un des animateurs les plus actifs de la région. Un de ceux qui savent le mieux, à quel point il est important de fédérer la viticulture et les vignerons des P-O, qui parlent le même langage et qui, surtout, ont des sensibilités proches. Bruno Duchêne habite une rue étroite, à quelques dizaines de mètres de la plage de Banyuls, déserte en cette matinée de samedi, malgré une température qui dépasse les 20°, à 10 heures!... Très vite, le vigneron nous propose de prendre la route des vignes et de la montagne. Un vignoble à grand spectacle!... Ouvrez les yeux à 180°!...

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Bruno Duchêne, originaire du Loir-et-Cher, est arrivé à Banyuls avec le nouveau millénaire. Quel meilleur moment pour un changement de cap?... Pour les années 2000, ce sera le Cap Béar, comme un défi au souffle de la tempête qu'on y mesure parfois. Les débuts ne sont pas évidents. Trouver des vignes ne s'avère pas aussi facile que cela. Il va devoir patienter jusqu'en 2002, pour trouver quelques îlots, çà et là, dans la montagne.

Nous sommes dans l'un de ceux-ci, à 300 m d'altltude. Il y a là, deux hectares d'un seul tenant, dont 70 ares de vieilles vignes de grenache blanc (Vall Pompo en catalan). Tous les blancs sont produits dans ces parcelles plantées d'échalas, depuis 2004, suite à un mémorable coup de vent, qui avait tout détruit.

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Cette technique a aussi l'avantage de faciliter le travail du cheval, qui se repère mieux, lors des labours. Certaines parties sont faites à la main. Il faut aussi entretenir les terrasses et parfois les agouilles, dans certains secteurs.

Les blancs ne dépassent pas 10% de la production du domaine, qui compte à peine plus de 4 ha désormais, donnant la part belle aux grenaches (au total 10 à 12 000 bouteilles). Pour Bruno Duchêne, il n'est pas possible de conduire ici, en bio, plus d'un hectare par personne. Si bien que, deux hectares sont tirés au cordeau et que deux autres sont entretenus tant bien que mal. Certains espaces de vignes servent un peu de zone tampon, avec les parcelles des voisins. De plus, la nature, du genre galopante par ici, protège quelque peu cette vigne, dite du Corral.

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Le reste du vignoble est situé, pour un hectare, dans le secteur de la chapelle Notre Dame de la Salette et pour une surface équivalente, sur les chemins de l'Espagne, toute proche. Des rouges issus de grenache, mais que des secs. Jusqu'en 2007, Bruno Duchêne proposait également des VDN, jusqu'à ce qu'un troupeau de vaches sauvages ne lui dévorent ses vignes, au mois de juin!... En cette matinée automnale, les traces laissées récemment par des hordes de sangliers, dans certaines parcelles, l'intriguent quelque peu... Jusqu'à maintenant, ils étaient aisément contenus dans la montagne et les espaces sauvages, du fait d'une ouverture de la chasse assez précoce. Mais, il est clair que certains s'aventurent désormais sur le GR 10 et lorsqu'on sait les dégâts qu'ils sont capables de faire...

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Derniers regards alentour. En regagnant la cave, nous évoquons le vignoble de la région, qui compte de plus en plus de vignes abandonnées, sans parler de la pression immobilière!... Sur 2000 hectares et quatre communes (Collioure, Port-Vendres, Banyuls et Cerbère, du nord au sud), sur lesquels on produit 30% de Banyuls et 70% de Collioure, un total de 1800 est destiné à la coopérative, mais celle-ci est de moins ne moins rémunératrice... Abandonnées les vignes, mais pas arrachées, d'où quelques installations récentes, qui en appellent d'autres, pour peu que les efforts consentis à la vigne, soient éminemment et quotidiennement compensés, par la contemplation de magnifiques paysages et la dégustation de quelques nectars!...

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Justement, après cette promenade très apéritive, il est temps d'apprécier les cuvées 2008 disponibles au domaine. Non sans déguster au passage une succulente sobrasada (soubressade in french!), spécialité de Majorque, aux Baléares.

La clé, le style Duchêne, c'est que les rouges sont tous issus de 85% de grenache et 15% de carignan, mais que, pour les grenaches, on trouve 10% de blanc, 45% de gris et 45% de noir. On commence par La Luna, en Vin de Pays de la Côte Vermeille, le vin de soif de la maison, issu de plusieurs parcelles de 30 à 40 ans en moyenne et d'une macération semi-carbonique : raisins foulés à l'encuvage, puis vendange entière. Pigeage et remontage selon l'inspiration de l'année... Vinifiée et élevée en cuves de 26 hl. Volontairement plus "light", avec une mise en bouteilles en mars, elle rencontre un vif succès. Il faut dire qu'en fait, c'est de la bombe!... Du fruit et une belle pureté. Ça se picole, en attendant (juste un peu!) les suivantes!...

Comme Corral Nou, en AOC Collioure. On garde cette trame, d'une grande élégance. Un plus de complexité, du fait des vignes plus vieilles (60 à 80 ans en moyenne) sans doute, mais surtout pas d'extraction excessive. Le principe de vinification reste le même. Cette fois, l'élevage se fait en barriques jusqu'en mai. Un vin libre, aérien, tonique. Depuis deux ans, une partie de cette vigne est bichonnée à la main, pour en sélectionner la quintessence, la cuvée L'Anodine.

On franchit une autre marche avec La Pascole, assemblage de deux parcelles de vieux grenaches (50-90 ans), en Collioure également. La cuvée suit le même parcours que la précédente. Là, c'est toute la Catalogne qui chante!... Les flabiols, les tamboris!... Même les cigales dansent la Sardane!... Intensité du fruit, soupçon d'épices, de poivre. Parfums de la garrigue, portés par la tramontane... La bouche est suave et délicatement structurée. Mais, comment faire pour en garder un peu, de ces vins, issus d'un excellent millésime?...

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Nous terminons par une lampée de blanc 2009, en cuve. Un jus destiné à la cuvée Vall Pompo, dont la version 2007, avait scotché un certain nombre d'entre nous à St Jean de Monts, en mai dernier. Une certitude : Bruno Duchêne est un redoutable récidiviste!... Fraîcheur et intensité fruitée. Et il va y en avoir si peu!... Issu d'une vigne de grenache blanc de 2002, labourée au cheval, motoculteur et treuil (made in Switzerland!). Pressurage direct, puis les deux tiers sont élevés sous bois jusqu'en mai.

A regret, il nous faut quitter Banyuls... Un dernier coup d'oeil à la plage... La route nous amène sur le lieu de notre dernier rendez-vous du week-end. Ultime, mais non moins remarquable!...

- Domaine Danjou-Banessy -

Nous mettons le cap sur Espira de l'Agly, non loin de Rivesaltes. Ce Domaine Danjou-Banessy est, dit-on, très connu dans la région. C'est surtout un domaine familial très ancien qui, jusqu'à maintenant, s'est appuyé sur une clientèle régionale, friande notamment des muscats, des rancios ou des ambrés du cru. Jusqu'au début des années 2000, les générations se succèdent. Les petits derniers, Benoît et Sébastien, font leurs études supérieures de lettres. Licence, maîtrise... et à l'heure du choix, Benoît Danjou se dit qu'il ne se voit pas enseignant, ni journaliste. C'est décidé, il sera vigneron!...

Absent lors de notre passage, c'est son frère Sébastien qui nous reçoit. Et ce dernier, professeur d'anglais à ses heures, mais surtout passionné par la vigne et le vin, nous affirme que c'est le meilleur choix que son aîné pouvait faire, tant il possède un feeling des vinifications, des élevages, qui tire les cuvées du domaine vers le haut, avec le millésime 2008 notamment. Et on peut penser que les sommets sont promis à ce domaine, qui commence à s'ouvrir au monde!... Nombre de nouveaux venus dans la région le savent désormais : les fiers catalans d'Espira sont prêts à relever le défi!...

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Un peu courts au niveau du timing et n'ignorant rien de la dégustation qui nous attend là, nous optons pour un tour de cave et des cuvées disponibles prochainement, de ce fameux millésime 2008. Pourtant, la découverte des terroirs du domaine, du fait de leur variété, doit se révéler très instructif. Et les frères Danjou leur vouent une attentive passion de tous les instants, en s'appuyant sur la biodynamie!... Comme tous les domaines visités, au cours de ces deux journées, avec des approches nuancées. Rendez-vous est pris, pour une future visite.

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Crédit : Domaine Danjou-Banessy

Nous commençons la série par le Blanc 2008, en Vin de Pays des Côtes Catalanes. Un duo grenache blanc et grenache gris, sur des schistes décomposés. Très belle expression mûre et dense. L'archétype de ce que peut donner cet assemblage, dans la région. La cuvée Vieilles Vignes 2008, toujours en VdP, a le potentiel pour devenir le porte-étendard du domaine!... Il s'agit là de carignan gris de 80 ans, à verser au patrimoine de l'UnesCôtes-Catalanes!... Les Danjou sont pratiquement les derniers à disposer d'une telle parcelle et inutile de préciser que tout est fait pour que ce soit une cuvée d'exception. Pari gagné!... Je me demande s'il est raisonnable d'insister!... Du fait de sa rareté!... Ah, si les grandes tables de notre beau pays savaient ça!...

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Passons aux rouges, en commençant par le 2007, en Côtes-du-Roussillon, avec un assemblage à majorité grenache et syrah, plus 5% de mourvèdre et 5% de carignan. Un peu comme pour les blancs, une cuvée classique de l'appellation, mûre et puissante, dotée d'une belle persistance. Le 2008 vient ensuite, avec un plus de mourvèdre et un supplément d'âme, en même temps que de fraîcheur, comme une ouverture harmonieuse vers la cuvée Adam 2008, en Vin de Pays des Côtes Catalanes elle aussi. Un grenache énorme, sur des schistes, avec un soupçon de carignan (2-3%) et même du tannat (!) et autres cépages non identifiés!... En tout cas, nous identifions très bien le niveau de notre plaisir!... 14° ht annoncés, avec un équilibre époustouflant, une minéralité sidérale et une fraîcheur bluffante!... Le souvenir d'un grand Bandol 1999 hors normes ressurgit... Un hymne à la cuisine catalane!... Superbe!...

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Avant de reprendre la route, il nous restait un petit tour, verre en main, des merveilles de la cave. Celles qui seront bientôt disponibles, après quelques années de sommeil. Pour le grand plaisir des amateurs passionnés, les frères Danjou ont décidé d'emmener Cendrillon au bal, version muscat sous voile, rancio sec et ambré vénérable!... Ça va décoiffer!... Après le Muscat de Rivesaltes 2008 et ses arômes extravagants de citronnelle, Sébastien Danjou plonge sa pipette dans une sorte de baril de muscat sous voile. Étonnant!... Puis, viennent un VDN rancio 1980 et un ambré 1975. Les papilles s'embrument délicieusement!... Place aux rancio secs : le premier n'a que trois ou quatre ans, le second est millésimé 1990. Du grand art!... Et en même temps, le travail du temps et le fruit d'une sorte de hasard...

En quelques heures, ici et ailleurs, chacun a pu mesurer ce qui fait la trame du métier de vigneron : la passion, le respect de la terre et de la matière, comme une alchimie, dont on se transmet les grands principes et qui laisse la place à l'initiative et à l'intuition. Arômes, saveurs, douceur du jour, gageons que le groupe de voyageurs vendéens, sur l'autoroute du retour, voyait ses rêves animés par ces rencontres exaltantes. Pas de doute, le Roussillon, ça nous gagne!...

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28 octobre 2009

Suspicion d'addiction au Roussillon (1)

Allez savoir vraiment ce qui vous attire dans certaines contrées!... Pour ma part et pour ce qui est du Roussillon, est-ce l'incomparable carignan gris, à moins qu'il ne s'agisse du lledoner pelut?... Voire le soufle léger de la tramontane, lorsqu'elle se veut souriante et tiède?... Ou encore, l'inimitable décor des vignes du pays, lorsqu'il s'habille, en octobre, du drapeau sanc e or?...

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A y réfléchir vraiment, ce sont peut-être les hommes, les vignerons du cru, qui méritent plus que tout, que l'on vienne à leur rencontre, pour les écouter parler de leur terre vivante, de leurs vignes tourmentées par le vent, de ces cépages endémiques, que quelques inconscients arrachent à tour de bras. Ces hommes, ils ne sont pas forcément catalans d'origine, loin s'en faut, mais, ils sont devenus les meilleurs ambassadeurs de la Vallée de l'Agly, des Montagnes Bleues des Albères ou des schistes vertigineux de Banyuls et Collioure. D'autres, dans les Aspres, ou sur la route du Capcir, relèvent le défi lancé par ces passionnés venus d'ailleurs, se souvenant des mains et du sourire d'un grand-père, voire d'un arrière grand-père et proposent à leur tour, quelques merveilles que chacun devine essentielles, pour les générations futures. Des muscats superbes, des rancios à tomber, des ambrés de légende!...

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Cette escapade, sous l'égide de Vigne'Horizons, était intitulée : "Tout Calce, etc..." Et tout d'abord, bien sur, parce que la première journée était consacrée à ce petit village, à vingt minutes de Perpignan, sorte d'université d'été des quatre saisons, où quelques talents ont décidé de s'investir. A l'évidence, il n'était pas possible de rencontrer tous les vignerons qui comptent, dans la viticulture catalane, exerçant leur art, sur cette mosaïque de terroirs. Ainsi, la découverte (contrariée par les circonstances) du Domaine de l'Horizon, de Thomas Teibert, le dernier arrivé par la D18, se fera dès le prochain passage. De même, une rencontre avec Gérard et Lionel Gauby ou Olivier Pithon s'impose d'elle-même. Nous reviendrons à Calce!...

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- Domaine Jean-Philippe Padié -

Lorsque la vigne et le vin lui en laissent le loisir, Jean-Phi Padié apprécie de recevoir quelques visiteurs. Non qu'il fasse oeuvre de communication de manière ostantatoire, mais plutôt sans doute, parce que parler des sensations qu'il reçoit de sa terre ou des émotions que lui procure une cuvée, dans certaines circonstances, est au moins aussi important, que de solliciter des avis flatteurs ou de prendre connaissance de palmarès et de notes dithyrambiques. Non qu'il néglige certains aspects de son activité globale (il n'y a qu'à voir la qualité du site du domaine!...), mais bien, parce que la dimension humaine de son métier de vigneron est pour lui, à la fois une évidence et une source d'équilibre.

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Pédagogue, mais jamais donneur de leçons, didactique, mais surtout pas dogmatique, il aime et apprécie ce temps passé dans les vignes, à exposer sa méthode. Les succès rencontrés par certaines de ses cuvées, çà et là, pourraient laisser croire qu'il compte déjà quelques certitudes, mais en fait, chaque année, il fait évoluer ses choix, s'adapte, reste à l'écoute du millésime et n'hésite pas à se lancer dans quelques essais. Pour les effets de la standardisation, vous repasserez!...

Ne négligeant rien et pour apporter une sorte de supplément d'âme à notre séjour à Calce, Jean-Philippe Padié s'est préoccupé de nous fournir quelques données géologiques (même en proie aux affres d'une imprimante récalcitrante!), au travers d'un document fort intéressant, complété d'un descriptif indispensable des cuvées disponibles au domaine.

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Source : Atlas des paysages du Languedoc-Roussillon

Cette notion de mosaïque de terroirs, il suffit de parcourir la garrigue et les chemins de la commune, pour qu'elle devienne vite une évidence. Du calcaire affleurant dans l'argile du Clos du Moucheron aux marnes noires de Coum Majou, en passant par la parcelle dite des Trois Couleurs, la variété des sols suggère la nuance et la complexité des cuvées. Encore faut-il mener à bien cette alchimie, mais on devine la passion de l'écrire, ou de la mettre en musique.

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A l'issue de ce tour de (vignes)horizons, quelques minutes consacrées aux vins en cours d'élevage, tant du millésime 2009, que de quelques 2008 et cela, dans le cuvier, situé sur la petite place, qui fait également office de chai à barriques. A peine quelques pas de plus, et nous gagnons le caveau, où nous allons pouvoir apprécier quelques cuvées disponibles.

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Nous commençons la série par les rouges (blancs sur rouges...) et par Calice 2008, un pur carignan sur argiles rouges (terra rosa), vinifié en macération semi-carbonique et élevé dix mois en cuve inox. Un vin de plaisir, mais non dépourvu de caractère, avec une expression franche et droite. Vient ensuite Petit Taureau 2006. Une cuvée, comme une sorte d'hommage à Claude Nougaro, 50% carignan sur marnes calcaires, 30% syrah sur schistes, 10% grenache noir sur argilo-calcaire et 10% mourvèdre sur schistes. Macération traditionnelle de deux à trois semaines (qui tend à être plus réduite désormais) et un élevage en cuve béton (80%) et vieux demi-muids (20%) pendant un an, puis un an de plus, assemblé en cuve. Du caractère, un vin tonique et ferme... Boxe!... Le troisième rouge, c'est Ciel Liquide 2005, une sélection de vieilles vignes de grenache noir et de carignan, issus de divers sols de marnes, argilo-calcaires et schistes (zones convexes uniquement), plus un peu de syrah et de mourvèdre sur schistes. Macération traditionnelle de trois à quatre semaines, élevage d'un an en demi-muids de deux ou trois vins, puis un an et demi en cuve béton. Beaucoup d'ampleur et de volume. Tension et franchise d'expression, avec des arômes délicats de chocolat, qui se mêlent à des notes florales et épicées.

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La transition se fait en douceur, avec Ad Libitum 2008, un rosé de pressurage pur mourvèdre sur schistes. Une exception qui a vu le jour du fait d'une qualité estimée insuffisante par le vigneron, de la vendange de ce cépage. Fermentation et élevage de dix mois en vieilles barriques de 350 litres. Un vrai rosé de gastronomie!... Passage aux blancs, avec tout d'abord, Fleur de Cailloux 2008, composé d'un tiers de grenache blanc sur argilo-calcaire, d'un tiers de grenache gris sur marne calcaire et d'un dernier tiers de maccabeu sur marnes schisteuses et marnes calcaires. Fermentations et élevage de huit mois sur lie, sans soutirage ni bâtonnage, pour deux tiers en vieilles barriques de 300 litres et un tiers en cuve inox. Une cuvée qui porte bien son nom!... Très belle expression tendue et ferme, qui ne peut laisser indifférent.

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Enfin, last but not least, Milouise 2008, sélection de vieilles vignes de grenache gris et blanc, issus de plusieurs secteurs, dans le même esprit que Ciel Liquide. Fermentations et élevage de douze mois, sans soutirage ni bâtonnage, en vieux demi-muids. La minéralité se prolonge avec une franche note saline, qui intensifie la persistence et l'onctuosité du breuvage. Mais, comment faire pour en garder?... Nous avons à peine le temps d'avaler une ou deux gorgées de Llan-a, une cuvée façon Jura cap au sud, qui suggère le Comté de belle origine, que nous devons tous pousser la porte du Presbytère, restaurant local qui ne permet guère d'expier ses fautes, où nous retrouvons Tom Lubbe et quelques Portugais de passage, qui allaient nous permettre de deviser longuement, autour de quelques très beaux flacons et d'un joli menu : velouté de potiron, daube de sanglier aux petits légumes et nougat glacé. Et en apothéose, deux Porto de chez Niepoort, qu'il était difficile de départager!... "Lequel préférez-vous?... Les deux!..."

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- Domaine Matassa, Tom Lubbe -

Voici un vigneron, grand voyageur à ses heures, qui connaît la chance d'être là, à Calce. Né en Afrique du Sud, mais ayant grandit en Nouvelle-Zélande, il regagne son pays d'origine en 1996, où il commence à vinifier, çà et là. C'est peu de temps après qu'il découvre les vins de la Muntada, de Gérard Gauby. Ce dernier vient de faire l'acquisition du Domaine Le Soula, dans le Fenouillède proche, sur le granite, à 500 m d'altitude. Or, Tom Lubbe vient de monter un petit domaine avec sa soeur, sur la côte ouest sud-africaine, sur un terroir identique et à une altitude proche. Les effets d'une forme calcienne de rétro-mondialisation!... Tout le monde s'accorde sur le fait que l'expérience de Tom chez lui, peut être transposée dans la région. Sa grande sensibilité au terroir, ce qu'il exprime de sa volonté de mettre dans le vin, ce que la terre peut donner, a de quoi séduire Gérard Gauby, qui lui fait confiance et il vinifie ainsi quatre millésimes, moyennant quelques aller-retour aériens!...

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Il croise à cette époque Olivier Pithon et Jean-Philippe Padié, mais aussi la plus jeune soeur de Gérard Gauby, Nathalie, qui va devenir sa compagne. En 2002, il commence avec quelques ares de vignes, dans la montagne, le Clos Matassa, puis il prend l'option de créer le nouveau Domaine Matassa. Sur le bord de la D18, un espace peu ragoûtant a des allures de décharge publique, où l'on trouve pêle-mêle, un morceau de bus rouillé, un vieux frigo et divers détritus!... Mais, le chemin mène aussi à près de quatre hectares de vieilles vignes et à une petite ruine en pierres. Au début de 2004, le sol n'est que poussière et cailloux. Les schistes verticaux gris-bleus ou bruns ont permis de planter carignan, mais aussi grenache gris, presque centenaire aujourd'hui, sur un hectare et du muscat d'Alexandrie sur une surface équivalente, sans oublier un remarquable lledoner pelut. Au début, il a fallu tailler à la tronçonneuse!... Les rendements ne dépassaient guère 4 hl/ha... Aujourd'hui, ils atteignent 18 à 20 hl/ha, ce qui rapproche du rendement moyen dans le département, au XIXè siècle!...

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Malgré la réputation de sécheresse du secteur (230 mm de pluie à Calce en 2008, mais on soupçonne la présence de réserves souterraines d'origine pyrénéenne!), les coteaux ont été labourés au cheval ou au chenillard. Désormais, on constate le retour d'une bonne vie organique. Les vers de terre réapparaissent en même temps que la lavande sauvage. Mais, aux yeux de Tom, c'est surtout un bien meilleur rapport argile/matière organique/pierre qui le conforte dans ses choix et lui donne de grands espoirs.

Pour Tom Lubbe, les projets ne manquent pas!... Il y a tellement à faire dans ce pays!... Au total, il dispose désormais d'une quinzaine d'hectares, dans des secteurs différents, plus trois autres de muscat qu'il destine à la coopérative. Une activité de négoce s'appuyant sur le Domaine de Majas, Three Trees, est apparue, avec la collaboration de Louis/Dressner Selections. Un contrat sur la base d'un muscat bio, devrait se concrétiser avec un grand nom de supermarchés britanniques. Un dynamisme qui doit asseoir un équilibre pérenne. La sincérité, l'enthousiasme, surtout pas de sectarisme et encore moins de combats d'arrière-garde... On retrouve cela dans le choix de ne proposer aucun vin en AOC. Pour lui, l'appellation Vin de Pays des Côtes Catalanes est très positive et porteuse. Elle bénéficie d'une bonne résonance à l'étranger et sur le marché, avec la proximité de Barcelone. Clair, engagé et pour le moins, pragmatique!...

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Ne restait plus qu'à continuer la conversation autour de quelques flacons. Des cuves et des barriques tout d'abord, pour prendre connaissance des vins en cours d'élevage. Si on admet aisément tout ce qui rapproche les vignerons du groupe de Calce (terroir, authenticité...), on devine aussi ce qui les sépare. Là où Jean-Phi Padié nous parle de cuves béton, Tom Lubbe nous dit préférer l'inox, pour des questions de maîtrise des températures en cours d'élevage, d'inertie thermique. Quand le premier se déclare non-interventioniste, pour les malos notamment, le second fait en sorte que les fermentations se déroulent dans les meilleurs délais, afin que les vins soient secs, pour la durée de l'élevage. Sensibilités nuancées et pourtant, pour l'un comme pour l'autre, des cuvées enthousiasmantes, au final.

Nous commençons par les blancs et le premier est salué par les amateurs de passage. Il s'agit de la Cuvée Nougé 2008, composée de muscat petit grain sur schistes (80%), de muscat d'Alexandrie, de maccabeu et d'un peu de viognier (3%). Fermentation et élevage en cuve. Fraîcheur et distinction, pour un vin que l'on attend sur une expression variétale et qui présente plutôt des notes délicatement fruitées, bien soutenues par le minéral. Et l'on se dit qu'un poisson lui conviendrait à merveille!... On ne peut alors être surpris d'apprendre que cette cuvée connait un vif succès au Japon, pour les sushis!... "C'est la roche qui donne le style, pas le cépage!..." Autres accords forcément envisageables : les artichauts, les épinards ou les asperges sauvages venant de la même terre!...

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Vinrent ensuite une cuvée peu connue, Tataouine 2008 et la cuvée Marguerite 2008, muscat petit grain et viognier sur schiste. Fermentation et élevage en barriques de 228 litres. Là encore, beaucoup de nuance et une persistance fine et délicate. Matassa Blanc 2007, 70% grenache gris et 30% maccabeu sur marne et schiste se révèle complexe et intense. Fermentation et élevage en demi-muid.

Les rouges pour conclure, Matassa Rouge 2006, pur carignan sur granite, à 600 m d'altitude, élevé vingt mois en demi-muid, séveux et tendu, puis la cuvée Romanissa 2006, grenache noir (70%), carignan (15%), mourvèdre (10%) et cabernet sauvignon (5%) sur schiste, élevé également vingt mois en demi-muid, plein et d'une buvabilité étonnante.

La nuit tombant, il nous fallait prendre congé de Tom et de Calce, pour gagner Paziols, non loin de là, aux confins de l'Aude, afin de profiter d'une nuit réparatrice, non sans faire honneur à la cuisine catalane du Rêve d'Angèle!... C'est fou comme, certains jours, il est impossible d'être raisonnable... A suivre!...

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12 octobre 2009

Fabienne Cottagnoud, Cave des Tilleuls, à Vetroz (VS)

On dit parfois d'elle, encaveuse à Vétroz, que c'est la passionaria, voire la vestale de l'amigne!... Que n'a-t-on écrit à son propos?... Passionaria, je ne sais guère, mais passionnée, c'est certain!... Cela transparaît dès nos premiers échanges, à La Tour Blanche, lors de la dégustation des Liquoreux du Monde, la veille de l'ouverture de Vinexpo, à Bordeaux, si bien que nous convenons d'un rendez-vous, in situ, à la Cave des Tilleuls, au coeur du Valais, pour les tous premiers jours de septembre.

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Passionnée certes, Fabienne Cottagnoud, chez qui on devine un caractère bien trempé, mêlant l'âme valaisanne et les origines italiennes. Résolument engagée au coeur du vignoble de Vétroz - toujours aussi agréable à parcourir, cela dit en passant - elle est une de ces vigneronnes mousquetaires (qui sont désormais bien plus que quatre!), à défendre ardemment la cause vineuse du Haut-Pays.

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Lors de notre passage à la Cave des Tilleuls, c'était la mise en bouteilles de toutes les cuvées élevées en barriques et ce, dans le but de les rendre disponibles lors de Vinea, incontournable rendez-vous du premier week-end de septembre, à Sierre, non loin de là. L'effervescence donc, orchestrée dans le calme par Marc-Henri (Marcus, pour les intimes!...), ce qui permit à Fabienne de nous consacrer gentiment le temps voulu à échanger et à déguster.

Le domaine compte environ 4,5 ha de coteaux, dans le genre fortes pentes, cela va de soi dans le secteur!... Les parchets (nom des parcelles de vignes, façon terrasse, en Suisse, dont on peut admirer quelques superbes clichés sur le remarquable site de Régis Colombo) sont plantés de chasselas, d'amigne, de petite arvine et de malvoisie, ou pinot gris, pour les cépages blancs, ainsi que de pinot noir, gamay, humagne rouge et carminoir pour les rouges. Seuls les deux premiers blancs et les deux premiers rouges entrent dans l'appellation Vétroz Grands Crus.

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Tout en devisant aimablement, Fabienne s'interroge sur l'ordre des vins dans cette dégustation. Elle nous donne les grandes lignes de ses choix. "J'aime faire des vins de garde, notamment en rouge..." Même si elle a suivi une formation des plus classiques - école d'agriculture pendant trois ans, puis Changins, sans pour autant faire le diplôme d'ingénieur-oenologue - elle travaille désormais avec le calendrier lunaire. Elle est clairement proche de la démarche de Vitival, association qui regroupe nombre de vignerons en production intégrée. Une conversion en agriculture biologique est restée dans les cartons, ou du moins dans un tiroir, dont elle avait malencontreusement perdu la clé, le jour du premier contrôle!...

Sincère, elle avoue avoir ressenti une certaine peur, lorsqu'au moment de préparer Vinea 2008, elle ne "retrouvait" pas ses rouges 2007, élevés sous bois neuf. Sans doute, n'avaient-ils pas alors la structure escomptée... Erreur d'appréciation?... Volonté de proposer des cuvées correspondant mieux aux standards anglo-saxons?... Le doute fût-il aussi augmenté à la lecture de quelques commentaires tranchés, au lendemain du week-end de Sierre?... Fabienne estime que ses vins "reviennent" désormais, mais sa conviction n'est sans doute pas encore tout à fait consolidée...

"C'est parfois difficile de déguster les rouges avec les Français!... Avec nos collègues, on se dit parfois qu'il vaudrait mieux éviter de faire déguster ces vins à nos voisins!... A leurs yeux parfois, ils sont moins réputés que ceux issus des grandes régions françaises et leurs références sont telles, que leur jugement est parfois sévère!..."

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Mais, c'est qu'elle ne rigole pas, Fabienne!... Faut-il n'y voir là qu'une résurgence d'un supposé complexe d'infériorité helvétique?... Pas certain de connaître la réponse... En tout cas, en cette après-midi estivale, il nous restait une série de cuvées à découvrir.

- Pinot Noir 2008 :
Agréable constitution, pour ce vin issu de parcelles situées de l'autre côté de la route, dans une zone plus argileuse. Expression sur la retenue (mise au printemps) et fin de bouche qui se resserre assez vigoureusement.

- Gamay 2008 :
"Dans un pur style valaisan!..." selon la vigneronne. Couleur légère et volume médium. Évoque franchement 06092009_005une dôle classique. Là, je suis d'accord, nous n'avons guère le loisir de croiser souvent ce type de gamay en France!...

- Pinot Noir 2007 :
Élevage d'un an en barriques neuves... Il parait évident que la structure des jus, à l'origine, ne devait pas avoir le corps et le volume pour subir un tel élevage... C'est un peu inquiétant pour la suite, mais peut-être faut-il bousculer nos repères, face à la dictature du fruit?...

- Humagne rouge 2007 :
Une structure assez légère et des tannins marqués. L'originalité du cépage va-t-elle reprendre le dessus?...

- Carminoir 2007 :
Couleur, un net plus de matière, une expression sur le fruit séduisante. Une jolie surprise que ce vin issu d'un cépage local, fruit du croisement quasi dichotomique, du cabernet sauvignon et du pinot noir. Longueur cohérente et assez dense.

- Fendant 2008 :
Un chasselas doré, gras et long, que l'on destinera sans difficulté à la gastronomie. Élégance et distinction.

- Petite Arvine 2007 :
Une arvine sèche... ou presque!... Peu marquée par le bois à ce stade, elle propose de délicats arômes06092009_014 d'agrumes confits, voire d'ananas... Du volume et ce qu'il faut de tension.

Viennent ensuite, deux Amigne 2007 de Vétroz Grand Cru (deux abeilles), aux expressions très nuancées. La première compte 14 gr de SR et la seconde 20 gr, mais les sensations sont assez tranchées. Pures et droites, elles sont joliment structurées et d'un équilibre plutôt plaisant.

Enfin, très belle impression avec la cuvée Grain Noble ConfidenCiel 2006, une amigne flétrie intense, pure et droite. L'étendard de la cave et sans doute, une des plus haute référence valaisanne en la matière!...

A noter également que Fabienne Cottagnoud propose une Amigne Jaune de Vétroz, élevée pendant cinq années en barriques, sous voile, qui se veut plutôt dans un style Jerez (amontillado), que vin jaune du Jura.

Il est parfois curieux de constater que, quelqu'un que l'on nous présente comme une forte personnalité, de prime abord, ne tarde pas, au fil d'une conversation, à se montrer plus en proie aux doutes et aux questionnements de toutes sortes, qu'il n'y parait aux travers d'échanges de salons des vins et autres festivités mondaines annuelles. La vigneronne-leader de Vétroz connaît de francs succès avec ses amigne, notamment ses Grains Nobles mais, restant fidèle à un style assez traditionnel pour ses rouges, elle a peut-être vu quelques avis se raidir, au moment où les cuvées pleines de rondeur, de tannins soyeux, qui débarquent sur le marché, deviennent chaque jour plus conquérantes. Et l'on se demande alors, si elle n'admet pas finalement fort bien, que chacun butine, qui un gamay beaujolais "new-age", qui un pinot noir "syrahique", en cédant langoureusement au plaisir de la chair?... C'est un risque à courir!... Il semble que Fabienne Cottagnoud ne soit pas vigneronne à céder aux modes qui se succèdent. Après tout, si ce n'est pas là, faire preuve de personnalité!... Ce serait à désespérer des Valaisannes!... 

Posté par PhilR à 23:34 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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03 octobre 2009

Vendanges bordelaises : Château Cornélie 2009, Corne-librrre!

Quelle histoire!... Lorsque Patrick Grisard, vigneron en Haut-Médoc, du côté de St Sauveur et Cissac-Médoc, entreprend d'écrire quelques phrases à ses clients, il n'imagine pas alors ce que cela va déclencher...

Septembre court, le raisin mûrit, mais la possibilité d'organiser comme il se doit et de financer les vendanges 2009 du Château Cornélie n'est pas assurée. Quelques factures, établies dans le courant de l'année, n'ont toujours pas été honorées... Des messages (in the bottle!...) partent donc dans de multiples directions, pour proposer une offre spéciale et très ponctuelle, sur les stocks disponibles. Rien d'exceptionnel, quelque chose d'assez banal, en matière d'offre promotionnelle.

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L'un de ces messages arrive sous les yeux d'un membre de la communauté des forumers de lapassionduvin.com, alias LPV. A peine quelques instants et un nouveau post déboule dans la liste : "Il faut sauver le soldat Cornélie!"

Il ne s'agit pas d'un remake médocain du célèbre film de Spielberg, mais, à la grande surprise du vigneron, les réponses vont affluer!... Plusieurs milliers de connexions en une nuit!... Des connexions et des commandes groupées qui s'organisent un peu partout. Fulgurant!... Un vrai buzz!... Le vigneron en reste coi et un tel élan spontané le trouble quelque peu. Il n'est pas sans ignorer que nombre de vignerons connaissent bien des difficultés, liées à la météo, notamment cette année. Il est clair que le fait de participer à quelques débats de LPV, de temps en temps, en toute simplicité, sans se poser en donneur de leçons ou en détenteur de la vérité, lui a valu une certaine sympathie, voire une sympathie certaine, qui se traduit par toutes ces réactions instantanées.

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Patrick Grisard a juste le temps de se retourner. Sa banquière préférée lui saute au cou!... Feu vert pour les vendanges!... Mais, désormais, il va falloir mobiliser les volontés... Qu'à cela ne tienne!... D'autres LPViens, membres d'un club de passionnés, amateurs de voyages dans le vignoble, du Cercle de Maigremont, sont prêts à faire le déplacement, pour couper le raisin. Ils sont Normands, de Rouen ou du Havre?... Pas de problème, les routes sont belles et le temps est clair!... C'est l'Opération Cornélie'd beef!... Quelques régionaux (ou extra-régionaux) rejoignent les voyageurs.

Et, c'est ainsi que tout le monde se retrouve un samedi matin, au bout des rangs de merlot, sécateur et panier en mains. Ambiance garantie, inutile de le préciser!...

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Le vigneron de St Sauveur et Cissac sait ce qu'il veut!... Il mesure également la chance qu'il a de pouvoir disposer, depuis bientôt cinq ans, de 5,5 ha dans le Médoc. Il n'est pas médocain pour autant, avec ce que cela suppose de... difficultés d'intégration. Du moins aux yeux de certains, notamment ceux qui lui vident sa cuve de fioul, lui crèvent les pneus de son tracteur ou lui en cassent son pare brise!... Ambiance!... Bienvenue en Médoc!... Toc, toc!...

Natif de Gabarnac, non loin de Ste Croix du Mont et Loupiac, il considère cette passion pour la vigne et le vin comme une sorte de rêve de gosse. Ses grands-parents lui inculquent l'essentiel et depuis, il a inscrit sur sa bannière : "Respecte ton pied de vigne et il te respectera... en te le rendant bien!"

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Avant Cornélie et son présent marqué déjà de quelques batailles, Patrick Grisard suit un parcours assez classique : deux années en Entre-Deux-Mers, puis chef d'équipe pendant dix ans à Yquem, pour de bonnes bases. Direction le Médoc ensuite, avec dix-huit mois dans un cru bourgeois, où il comprend vite que la qualité est loin d'être la préoccupation première de certains!... Il est ensuite recruté comme régisseur du Château Sénéjac, autre bourgeois du Pian-Médoc.

Au Château Cornélie, nous sommes plus, pour le moment, sur la trame d'un "cru paysan", voire d'un "cru artisan", selon les classifications datant d'avant même 1855. Mais, ce n'est pas l'objectif majeur du vigneron, que d'intégrer un quelconque classement. Il s'est porté acquéreur cette année, d'un peu plus de deux hectares, sur Cissac-Médoc et c'est là, qu'il lui tarde de construire un chai sur mesure et de planter quelques arpents supplémentaires. Il faut dire que disposer, comme c'est le cas actuellement, d'un chai situé à une vingtaine de kilomètres des vignes n'est pas sans poser quelques problèmes de logistique et d'organisation, pendant cette période des vendanges!...

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Lors de ce premier week-end de cueillette, les merlots étaient à l'honneur, mais au soir de ce premier dimanche et après le passage des vendangeurs voyageurs, 20% du merlot était en cuve, ce qui laisse présager de l'ampleur de la tache, alors que le cabernet sauvignon, légèrement majoritaire sur le domaine, reste tout entier au programme des prochaines semaines!...

Au passage, la qualité des raisins du jour laisse supposer une évolution très positive. Après les premières années d'observation et d'adaptation, suite à la reprise d'un vignoble conduit de façon très... traditionnelle et quelque peu productiviste!... Désormais, les parcelles sont en conversion vers une agriculture biologique, en s'appuyant sur les principes de la biodynamie. D'ailleurs, ce dimanche après-midi et le lundi matin suivant, aucune action n'était programmée, noeud lunaire oblige!...

Patrick Grisard aura donc peut-être le loisir, pendant ce temps, de s'occuper de quelques expéditions, mais ce n'est pas sur!... Il reste encore beaucoup à faire, pour que ces vendanges 2009 soient une pleine réussite. D'ailleurs, si vous passez par le Médoc, lors des prochains jours et qu'il vous prend l'envie de couper quelques raisins, pas impossible qu'il se fasse une joie de vous recevoir!... Corne-librre!...

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